Que se passera-t-il après le 8 février ? Québec pourrait alléger les mesures dans certaines régions, mais probablement pas dans la grande région de Montréal.

Mis à jour le 26 janv. 2021
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse
Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

Assouplir ou pas les mesures ? Alors que le nombre de cas de COVID-19 continue de baisser au Québec, la question est sur toutes les lèvres. Si Québec envisage de le faire dans certaines régions dès le 8 février, il est déjà acquis que le Grand Montréal sera exclu. Des experts, eux, pressent le gouvernement d’anticiper les déplacements interrégionaux avec des mesures fortes.

« On peut se le permettre dans certaines régions, mais il faudra s’assurer de minimiser les mouvements de population avec des mesures strictes. Si c’est le cas, c’est un risque probablement dosé », prévient l’épidémiologiste Hélène Carabin, soulignant que si les infections repartaient à la hausse dans un secteur en particulier, il faudrait réagir vite.

Des annonces plus précises se feront la semaine prochaine. Chose certaine : le relâchement se fera prudemment, a averti le directeur national de santé publique du Québec, Horacio Arruda. « On est encore en guerre. C’est encore une situation fragile. Je ne voudrais pas que les gens interprètent qu’à partir du 8 février, ça revient, enwaye, enwaye, enwaye… Ce n’est pas ça », illustre-t-il.

Les régions potentiellement concernées par ce relâchement n’ont pas été nommées, mais plusieurs secteurs pourraient être visés.

La Gaspésie, par exemple, n’a recensé que trois cas dans les sept derniers jours et la Côte-Nord, quatre. La propagation semble aussi avoir nettement ralenti dans le Bas-Saint-Laurent et en Abitibi-Témiscamingue, ou encore au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Pour Mme Carabin, le succès de ces assouplissements dépendra d’abord de la population. « Au final, le gouvernement ne peut pas contrôler tout le monde, tout le temps. C’est à nous, en tant que société, de nous protéger les uns les autres », dit la professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM).

Sur le plan politique, l’annonce du gouvernement Legault incarnera pour nombre de Québécois une bouffée d’air frais, croit l’experte. « Diminuer ne serait-ce qu’un peu les restrictions, ça permet aux gens de respirer un peu. Il faut aussi qu’on ait un peu d’espoir. Tout le monde a un petit nuage noir au-dessus de la tête, tout le monde est tanné », poursuit Mme Carabin.

À Montréal, réduire les mesures serait vraiment risqué pour l’instant, surtout avec les nouveaux variants en circulation. On n’a pas encore assez d’informations pour prendre une décision éclairée.

Hélène Carabin, épidémiologiste à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Avec 1040 patients hospitalisés, la région de Montréal demeure en effet la plus touchée par la pandémie et ne doit pas s’attendre à un allègement de sitôt, prévient M. Legault. « Il va falloir que ça baisse plus que ça », dit-il.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, affirme que les blocs opératoires des hôpitaux montréalais ne fonctionnent encore qu’à 50 % de leur capacité, à cause du délestage. « Montréal n’est pas à la même place qu’à Québec et n’est pas à la même place qu’au Saguenay », affirme-t-il.

La cheffe libérale Dominique Anglade se dit satisfaite que le gouvernement mette de côté « l’approche mur à mur » et entende assouplir les restrictions sanitaires dans certaines régions. Elle l’avait réclamé dans les derniers jours. « Il faut tous qu’on soit solidaire, mais on doit également prendre en considération qu’en Gaspésie, ils ont présentement neuf cas actifs. Il faut une approche régionale », a-t-elle affirmé lors d’un point de presse au terme d’une réunion virtuelle de son caucus pour préparer la reprise des travaux de l’Assemblée nationale, reprise qui est toujours en négociation entre les partis.

Mme Anglade appelle le gouvernement à « considérer les différentes avenues », y compris la fin du couvre-feu et la réouverture des restaurants dans les régions où la COVID-19 est peu présente.

Gare à « l’effet yo-yo »

Spécialiste des maladies infectieuses à l’Hôpital général juif, le DMatthew Oughton craint un assouplissement trop précoce des mesures. « La question est toujours de savoir comment on empêche les gens de zones à risque de voyager vers des zones moins risquées. On l’a vu il y a quelques mois ; les gens sont toujours tentés d’aller dans les restaurants, par exemple, quand ils rouvrent quelque part », soutient-il.

« Si on assouplit les restrictions trop tôt, on court toujours ce risque de l’effet yo-yo, où la transmission reprend du terrain et on retourne au problème initial. Ce serait plus prudent de contrôler la maladie dans toute la province d’abord, d’amener les chiffres au plus bas, puis ensuite d’assouplir », ajoute M. Oughton.

Dans un scénario idéal, on assouplirait en assurant un suivi soutenu des déplacements, en demandant aux gens d’où ils viennent et pourquoi. Mais ça demande beaucoup de ressources. Et ce n’est pas une vente facile.

Le Dr Matthew Oughton, spécialiste des maladies infectieuses à l’Hôpital général juif

À l’Université du Québec à Montréal (UQAM), le virologue Denis Archambault seconde. « S’il n’y a pas de barrages routiers, le danger est là. On peut facilement repartir un cycle d’infections si on tolère encore trop de déplacements, argue-t-il. Il faut vraiment que les régions où il y a assouplissements se transforment en bulles, tant et aussi longtemps que ce n’est pas réglé partout. C’est la seule manière d’être certain de freiner la transmission », ajoute-t-il.

Tendance à la baisse

Pendant ce temps, le Québec a déploré mardi 56 morts supplémentaires et 1166 nouveaux cas, portant à 62 la moyenne quotidienne des décès calculée sur une semaine. C’est à nouveau à Montréal que le bilan est le plus lourd. On rapporte ainsi 20 morts dans l’île.

Les décès sont également nombreux dans la Capitale-Nationale, où l’on en compte 10. Si la région de Québec observe un nombre de cas en baisse, elle continue d’afficher le plus haut taux de décès par 100 000 habitants de la province.

Les 1166 nouveaux cas s’inscrivent dans la tendance à la baisse observée depuis deux semaines. Sur une semaine, la moyenne quotidienne de nouveaux cas s’établit à 1466. On dénombre présentement 1324 personnes hospitalisées, soit trois de plus que lundi, dont 217 se trouvent aux soins intensifs.

Québec a administré 4164 doses de vaccin lundi. Jusqu’ici, 224 879 personnes ont reçu une première dose, soit 2,54 % de la population. N’ayant reçu aucune nouvelle dose et n’en attendant aucune cette semaine, la province ne dispose plus que de 13 000 doses.

– Avec Pierre-André Normandin, La Presse

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