L’immunité naturelle acquise après avoir souffert de la COVID-19 peut durer plusieurs mois, a démontré cette semaine une étude publiée dans Nature. Au moins six mois, ont observé des chercheurs américains. Et probablement même plus, renchérissent d’autres chercheurs qui suivent des cohortes de personnes qui ont surmonté la maladie.

Judith Lachapelle Judith Lachapelle
La Presse

L’Organisation mondiale de la santé a d’ailleurs déclaré, au début du mois, que chez les personnes qui s’étaient rétablies, la vaccination ne devait pas être considérée comme « prioritaire ».

Alors, dans un contexte où l’approvisionnement des vaccins est limité au Québec, les personnes qui ont eu la COVID-19 devraient-elles laisser leur dose à quelqu’un d’autre qui ne dispose d’aucune immunité face à la maladie ?

Non, croient les experts consultés par La Presse.

Dans une situation où il serait facile de confirmer qui a eu la maladie et à quel moment, il pourrait être préférable de privilégier la vaccination de personnes qui n’ont aucune protection, croit le DQuoc Nguyen, gériatre au CHUM. « Mais dans les faits, c’est très difficile de savoir qui a eu la maladie et depuis combien de temps. »

Le DGaston De Serres, qui siège au Comité sur l’immunisation de l’Institut national de santé publique, évalue qu’il est « peut-être moins important » de vacciner tout de suite les personnes qui ont développé une infection dans les trois derniers mois.

Mais si quelqu’un a attrapé la COVID-19 au printemps dernier, on suggère qu’elle soit vaccinée. C’est possible que ces personnes-là aient encore une bonne protection, mais pour toutes sortes de considérations logistiques, elles vont le recevoir quand même.

DGaston De Serres, qui siège au Comité sur l’immunisation de l’Institut national de santé publique

« Les vaccins de Pfizer ne sont pas faciles à déplacer, il faut distribuer plusieurs vaccins à un même endroit », rappelle le DGaston De Serres. « Si quelqu’un ne se fait pas vacciner maintenant, mais qu’il doit se faire vacciner dans deux mois, c’est compliqué [à gérer]. » Pour le DNguyen, l’urgence de la situation ne permet pas de courir de risques. « Dans les CHSLD, en raison des contraintes logistiques, on a choisi de considérer que tout le monde devait être vacciné. »

Protégé naturellement… à quel point ?

Si les données scientifiques commencent à nous en apprendre davantage sur la durée et la vigueur de l’immunité acquise après avoir eu la COVID-19, plusieurs éléments encore inconnus incitent le DNguyen à favoriser la vaccination chez toutes les personnes âgées, qu’elles aient contracté le virus ou pas. La réponse immunitaire varie notamment en fonction de l’âge de l’individu. Avec les personnes âgées qui ont guéri de la COVID-19, « c’est plus difficile de déterminer la réponse immunitaire qui va s’ensuivre », dit le DQuoc Nguyen. « C’est différent avec l’immunité avec la vaccination, où la dose est connue et la réponse immunitaire est bien caractérisée. »

« Mais je connais des travailleurs de la santé qui se disent : “J’ai eu la COVID, je n’ai peut-être pas besoin d’être dans les premiers à être vaccinés puisque j’ai une immunité naturelle” », dit le DNguyen.

Dans une étude publiée cette semaine dans le British Journal of Medicine, des chercheurs qui suivent des cohortes de travailleurs de la santé britanniques ont déterminé que 83 % de ceux qui avaient été infectés par le coronavirus bénéficiaient d’une immunité naturelle. « Il reste quand même 17 % qui n’en ont pas », observe le virologue Andrés Finzi, de l’Université de Montréal.

Comment fait-on pour savoir si notre protection naturelle est suffisante ou pas ? On ne peut pas le savoir.

Andrés Finzi, virologue de l’Université de Montréal

D’où la recommandation, dit M. Finzi, de ne courir aucun risque et de se faire vacciner lorsque l’occasion se présente.

Il n’y a pas de contre-indication non plus à recevoir le vaccin lorsqu’on a eu la COVID-19, assure Andrés Finzi. Est-ce que le vaccin permet d’étendre la durée et l’efficacité de l’immunité naturelle ? « C’est une excellente question à laquelle nous n’avons pas encore la réponse », dit le virologue, qui a lui-même observé des patients guéris de la COVID-19 en tout début de pandémie qui bénéficient toujours d’une immunité après huit mois. Le chercheur mène d’ailleurs un projet qui compare la réponse vaccinale entre les personnes vaccinées qui avaient déjà contracté la maladie et celles qui ne l’ont pas eue.

– Avec Alice Girard-Bossé, La Presse