Une vaste étude lancée en mars dernier par l’Institut de cardiologie de Montréal annonce une « percée majeure » dans le traitement de la COVID-19. Ses résultats montrent que la colchicine, un anti-inflammatoire, est efficace pour traiter la maladie et prévenir des complications. Il s’agit du premier médicament oral dont l’efficacité a été prouvée pour traiter des patients avant leur admission à l’hôpital.

Antoine Trussart
Antoine Trussart La Presse

« On vient de fournir à la planète un espoir ! s’exclame au bout du fil le DJean-Claude Tardif, chercheur principal de l’étude COLCORONA et directeur du centre de recherche de l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM). On a finalement un premier traitement qui peut aider les patients atteints de la COVID-19 avant leur admission à l’hôpital pour prévenir les hospitalisations, prévenir les intubations et prévenir les décès. »

Chez 4159 patients qui présentaient un facteur de risque de complications et dont le diagnostic de COVID-19 avait été validé par un test PCR, la colchicine a entraîné une baisse des hospitalisations de 25 %, une baisse du besoin de ventilation de 50 % et une diminution des décès de 44 % par rapport au groupe témoin. « C’est une percée majeure », déclare le DTardif.

« On a voulu communiquer rapidement nos résultats qui peuvent sauver des vies et des hospitalisations dès demain, ajoute-t-il. On vient d’offrir le premier traitement pour les gens pris avec la COVID-19 et qui sont inquiets à la maison. »

La colchicine agit pour prévenir la « tempête inflammatoire majeure » qui affecte les poumons des malades de la COVID-19 et qui risque d’envoyer les patients à l’hôpital, explique le DTardif.

« La prescription de la colchicine aux patients pourrait contribuer à atténuer les problèmes d’engorgement des hôpitaux et à réduire les coûts liés aux systèmes de santé des gouvernements d’ici comme ailleurs », peut-on lire dans le communiqué de l’ICM publié tard vendredi soir.

Le chercheur insiste sur le fait qu’il n’existe aucun lien entre la colchicine et la chloroquine (ou l’hydroxychloroquine), un médicament qui a fait grand bruit l’an dernier et dont les bienfaits pour traiter la COVID-19 n’ont jamais été démontrés par une étude solide.

Le gouvernement du Québec, les autorités de santé publique et le corps médical doivent maintenant décider de la suite des choses pour la mise en œuvre du traitement de la COVID-19 par la colchicine, poursuit Jean-Claude Tardif.

Pour les patients à risque de complications

L’étude a été lancée en mars dernier par le DTardif à l’ICM, avec l’aide d’une équipe panquébécoise. Sur près de 4500 participants, 3000 étaient au Québec. Les autres se trouvaient aux États-Unis, au Brésil, en Espagne et en Afrique du Sud.

Les participants devaient avoir reçu un diagnostic de COVID-19, avoir plus de 40 ans et présenter au moins un risque de complications, comme un surpoids, un diabète, de l’hypertension, une maladie cardiaque, de l’asthme ou un âge avancé.

Comme médecin praticien, je ne doute pas que je prescrirais la colchicine pour prévenir les complications chez un patient qui est particulièrement à risque d’en avoir.

Le DJean-Claude Tardif, directeur du centre de recherche de l’Institut de cardiologie de Montréal

La colchicine est un anti-inflammatoire souvent utilisé en cardiologie. Elle a été découverte au XIXsiècle et initialement utilisée contre la goutte. Entre autres avantages, elle est peu coûteuse et a peu d’effets secondaires. Le DTardif l’étudie depuis plusieurs années dans le traitement des cardiopathies et a montré qu’elle réduisait de plus du quart le risque de récidive chez des cardiaques.

« Véritable tour de force »

Le projet COLCORONA était une étude randomisée à double insu et contrôlée avec placebo, ce qui assure le plus haut niveau de certitude en recherche scientifique.

Cela signifie qu’un groupe de patients a reçu de la colchicine et qu’un autre groupe, le groupe témoin, a reçu un placebo. Ni les patients ni les chercheurs ne savaient qui recevait quoi au moment de l’étude, ce qui assure la fiabilité des résultats.

« C’est un véritable tour de force », affirme M. Tardif. Il s’agit de la plus grande étude au monde à s’être intéressée aux malades atteints de la COVID-19 avant qu’ils ne soient hospitalisés, selon lui.

Le traitement consiste à prendre un comprimé de colchicine deux fois par jour pendant les trois premiers jours suivant le diagnostic et une fois par jour pendant les 27 jours suivants.

Sur les 4488 participants, 4159 ont reçu un diagnostic à la COVID-19 confirmé par un test nasopharyngé. Les résultats sont les plus probants chez ces 4159 patients. Quant aux 329 autres participants, ils ont reçu un diagnostic de coronavirus sur la base de leurs symptômes au tout début de la pandémie, à un moment où les tests n’étaient pas encore facilement disponibles. Les résultats dans ce plus petit groupe de patients sont moins clairs que chez ceux dont le diagnostic a été confirmé par un test PCR.

L’étude a été financée par le gouvernement du Québec, les National Institutes of Health (NIH) des États-Unis, la philanthrope montréalaise Sophie Desmarais et la fondation de Bill et Melinda Gates.

— Avec Mathieu Perreault, La Presse