Si les mesures de confinement et le couvre-feu semblent « porter leurs fruits » à Montréal, alors qu’on observe une baisse du nombre d’infections, des inquiétudes demeurent au sein de la population itinérante, dans les milieux de soins pour aînés et dans les hôpitaux, prévient la directrice régionale de santé publique, la Dre Mylène Drouin. Les prochaines semaines seront en effet cruciales pour la métropole.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Montréal est encore dans une situation critique. On a probablement encore quelques semaines à faire des efforts », a martelé la Dre Drouin, lors d’une conférence de presse vendredi. « Ça progresse, mais on a quand même beaucoup de milieux avec de petites éclosions », a-t-elle ajouté.

Son équipe appelle les autorités à « rester aux aguets » des effets collatéraux des mesures de confinement, alors que 192 personnes itinérantes et 82 travailleurs ont été déclarés positifs à la COVID-19 depuis décembre. Huit milieux combattent une éclosion et 13 recensent « au moins un cas ». « L’enjeu et la complexité, c’est la mobilité des personnes. Si elles sont dans un refuge le soir, elles peuvent être dans un centre le jour ou une halte-chaleur », soulève la Dre Drouin, insistant sur l’importance du dépistage.

Dans le réseau, des foyers d’éclosion touchent 49 CHSLD, 44 résidences privées pour aînés (RPA) et 28 ressources intermédiaires. On compte plus de 400 éclosions dans la métropole, dont 179 dans des milieux de travail, 140 dans le réseau de la santé et 23 dans le milieu scolaire, dont une « plus importante » dans une résidence universitaire. Dans les milieux de garde, 35 foyers sont aussi actifs.

La présidente et directrice générale du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Sonia Bélanger, a indiqué qu’environ 500 personnes en situation d’itinérance ont été vaccinées. Jusqu’à 1150 doses seront réservées à cette population. On promet aussi des « ressources dédiées » pour les personnes autochtones.

Un ralentissement à prévoir du côté des vaccins

Comme partout au Québec, la campagne de vaccination montréalaise sera touchée par les retards de livraison annoncés plus tôt par Pfizer. Aucune dose ne sera reçue de ce fabricant la semaine prochaine. « On aura un petit ralentissement. Toutefois, il nous reste des doses de cette semaine qui n’ont pas encore été administrées », a fait savoir Mme Bélanger, se disant « à la merci » du géant américain.

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Malgré une « légère diminution » d’une quarantaine de patients hospitalisés dans la dernière semaine à Montréal, le réseau de la santé demeure sous pression, d’après Mme Bélanger. On recense tout près de 700 hospitalisations, dont 112 aux soins intensifs. « Ce n’est pas terminé dans les hôpitaux. La tension est toujours très présente », a-t-elle illustré.

La Santé publique veut par ailleurs « intensifier la recherche des cas » dans les quartiers chauds, notamment Saint-Léonard–Saint-Michel, Ahuntsic–Montréal-Nord, le Nord-de-l’Île–Saint-Laurent et Rivière-des-Prairies–Anjou–Montréal-Est. Ces secteurs comptent plus de 450 cas actifs pour 100 000 habitants.

« Ce sont vraiment des quartiers où on regarde constamment les taux de positivité. Quand ils sont élevés, ça veut dire qu’on a encore des gens à trouver », a dit la Dre Drouin. Elle entend « utiliser la rentrée scolaire » pour faire passer des messages aux parents et aux différentes communautés.

Optimistes, mais prudents

Coprésidente de la Communauté de pratique des médecins en CHSLD (CPMC), la Dre Sophie Zhang rappelle que des projets sont en cours pour « diminuer les transferts hospitaliers » et augmenter la couverture médicale dans certaines résidences.

« En CHSLD, on a une structure de soins très serrée, mais dans les RPA, après 16 h le vendredi, ce sont principalement des préposés. Plusieurs patients COVID se ramassent donc à l’hôpital. Des projets se mettent en place actuellement pour que des équipes de médecins et d’infirmières puissent se rendre directement dans les résidences. Je pense qu’on verra les fruits de tout ça éventuellement », explique-t-elle.

Pour Mme Zhang, la tendance à la baisse des indicateurs est « encourageante », mais elle ne règle pas les nombreux problèmes déjà présents dans le réseau de la santé.

« Il faut être optimiste, mais on ne peut pas relâcher. Le manque de personnel, par exemple, risque de nous affecter encore très longtemps », lâche-t-elle. Un millier d’employés du réseau sont toujours absents du travail en raison de la COVID-19.

Confusion sur les tests rapides

Mardi, le premier ministre François Legault avait indiqué qu’il envisageait de soumettre à des tests les personnes asymptomatiques dans les quartiers chauds de Montréal. Questionnée à ce sujet, la Dre Drouin a toutefois contredit cette position.

« On ne changera pas notre stratégie », a-t-elle insisté, en soulignant que la priorité demeurait de tester les personnes à risque.

Les gens qui sont invités à être testés sont les symptomatiques, ceux en contact avec un cas ou encore ceux en contexte d’éclosion.

Dre Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique

Si Québec soutient que des tests rapides et aléatoires pourraient rapidement être déployés dans ces secteurs, la Santé publique demeure prudente. « On a plus de faux positifs avec des tests rapides, donc il faut les utiliser dans un contexte où on est sûr qu’ils performent. Ce sera auprès de gens qui ont des symptômes », a insisté la Dre Drouin.

Un bilan, une poursuite

Le Québec a rapporté vendredi 88 décès supplémentaires liés au virus, dont 37 sont dus à un rattrapage dans la compilation des données. De ce nombre, 31 décès sont survenus sur l’île de Montréal. La Capitale-Nationale et la Montérégie déplorent quant à elles 12 décès supplémentaires et l’Estrie, sept. Le Saguenay–Lac-Saint-Jean et la région de la Mauricie et du Centre-du-Québec recensent cinq morts chacun. Les régions de Laval, Lanaudière et Laurentides en rapportent quatre et Chaudière-Appalaches, trois.

Le nombre de personnes hospitalisées a diminué de 27, pour un total de 1426. Parmi elles, 212 se trouvent toujours aux soins intensifs, soit quatre de moins par rapport à la veille.

Mercredi, 40 738 tests de dépistage ont été réalisés. Et jeudi, 14 417 doses de vaccin ont été administrées dans la province. Le Québec a ainsi franchi la barre des 200 000 Québécois vaccinés jusqu’ici (200 627 au total). Environ 2,35 % de la population a reçu une première dose de vaccin.

Devant le refus de Québec d’assouplir ses mesures en vigueur dans la province, un organisme s’est par ailleurs tourné vers les tribunaux, vendredi, pour obtenir une exemption au couvre-feu pour les personnes itinérantes. Une demande de sursis a été déposée à la Cour supérieure et la cause sera débattue devant un juge lundi. « Le maintien du couvre-feu à l’encontre de ces personnes est inutile, arbitraire, disproportionné et cruel. Il cause des préjudices graves et irréparables qui ne sont pas justifiables dans le cadre d’une société libre et démocratique », soutient la Clinique juridique itinérante dans sa demande à la Cour.

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