La Ville de Montréal et le ministère de la Santé et des Services sociaux ont réquisitionné lundi le Stade de soccer de Montréal, avenue Papineau, pour y accueillir à partir de dimanche le nombre croissant de sans-abri atteints de la COVID-19, a appris La Presse.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

Ces installations temporaires, érigées dans l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, au nord de l’autoroute 40, viendront soulager celles de l’ancien hôpital Royal Victoria, dont les 63 lits en « zone rouge » réservés à la clientèle itinérante infectée sont maintenant occupés à 100 %.

« Il ne s’agit pas d’un hôpital de fortune, mais d’un centre pour permettre aux personnes itinérantes atteintes de COVID-19, mais qui sont asymptomatiques ou qui ont des symptômes légers, de s’isoler », insiste Pascal Mathieu, porte-parole de la Croix-Rouge.

« Si ces personnes avaient un domicile, elles resteraient chez elles », ajoute Jason Champagne, directeur du volet santé mentale et dépendance au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Le but de ce centre est d’éviter que ces personnes en infectent d’autres dans les ressources d’aide. »

Bien que des infirmières et des ambulanciers de l’Ambulance Saint-Jean assureront une présence sur les lieux, « les personnes qui nécessiteraient des soins hospitaliers seront réorientées vers les hôpitaux montréalais », précise M. Champagne. Celles qui sont aux prises avec des dépendances à l’alcool ou aux drogues et qui montreraient des signes de sevrage importants seront, quant à elles, redirigées vers l’ancien hôpital Royal Victoria, où des ressources spécialisées sont déjà disponibles.

Une trentaine de travailleurs s’affairaient mercredi matin à recouvrir le gazon synthétique du Stade de soccer de Montréal d’un plancher rigide, sous la supervision d’un employé de la Croix-Rouge. Du matériel d’urgence appartenant au ministère de la Sécurité publique ainsi que des boîtes d’équipement de la Croix-Rouge étaient déployés à l’aide de chariots élévateurs.


PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Une trentaine de travailleurs s’affairaient mercredi matin à couvrir le gazon synthétique du Stade de soccer de Montréal d’un plancher rigide.

De grandes tentes, où seront installées les chambres pour assurer une certaine intimité, ont également été érigées dans un des coins du terrain de soccer, a pu constater La Presse.

« Ça fait quelques jours qu’on travaille sur ce projet. En termes de logistique, c’est assez complexe », a indiqué un travailleur de la Croix-Rouge croisé sur place.

La Ville de Montréal et la direction de la Santé publique prévoient ouvrir 70 lits dès dimanche, un nombre qui devrait augmenter à 150 au cours des prochains jours.

« Ça va se remplir très vite. On a intérêt à se dépêcher », affirme Pascal Mathieu.

Vague d’éclosions

L’ouverture du centre, prévue pour dimanche, survient alors que la population itinérante est frappée par une importante vague de contagion à la COVID-19.

Plus d’une centaine de cas ont été détectés parmi les sans-abri depuis le début de décembre, en plus d’une soixantaine de cas confirmés parmi les travailleurs œuvrant auprès de la communauté, indiquait récemment la Direction régionale de santé publique de Montréal.

La création de ces places d’isolement sera immédiatement suivie d’une vaste campagne de dépistage dans les ressources d’aide en itinérance.

La campagne de dépistage massive va débuter dès que ces places sont disponibles, afin de freiner la propagation parmi les personnes itinérantes.

Jason Champagne, directeur du volet santé mentale et dépendance au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal

Une campagne de vaccination des personnes itinérantes a également été entamée la semaine dernière, mais elle pourrait prendre plusieurs semaines avant de donner des résultats. Environ 250 personnes itinérantes et intervenants ont reçu le vaccin jusqu’à maintenant.

« Nous ne sommes pas à l’abri d’une éclosion qui pourrait toucher 50 personnes demain matin. Il faut une certaine flexibilité, et c’est ce qui manque à l’heure actuelle », affirme le PDG de la Mission Bon Accueil, Sam Watts.

Navettes et agents de sécurité

Les personnes déclarées positives au cours des prochains jours seront vraisemblablement transportées au Stade de soccer par un service de navette, mais ce détail n’avait pas encore été ficelé en fin de journée mercredi.

La présence d’agents de sécurité a également été prévue pour éviter que les personnes sortent de leur isolement et aillent faire des marches à l’extérieur. « Nous allons encourager les gens à rester et à s’isoler, mais nous ne sommes pas un service de police non plus », avertit M. Mathieu.

Les responsables disent s’attendre à ce que la vaste majorité des résidants respectent les consignes d’isolement. « Si une personne refuse d’aller en isolement, des ordonnances d’isolement pourraient être émises par la Direction régionale de santé publique », précise M. Champagne. Le cas échéant, cette personne serait redirigée vers un hôpital en mesure de gérer la situation.

Peu de ces ordonnances ont été émises à ce jour. Les itinérants, comme le reste de la population, ont à cœur de se protéger et de protéger les autres.

Jason Champagne, directeur du volet santé mentale et dépendance au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal

La réquisition du stade a été annoncée lundi après-midi à l’Association régionale de soccer Concordia, qui y accueille 214 élèves du secondaire dans le cadre d’un programme de sport-études. L’organisme a dû déménager d’urgence ses équipements au centre Claude-Robillard, situé à quelques centaines de mètres du stade. Les entraînements s’y dérouleront jusqu’à nouvel ordre.

« Nous comprenons la situation et nous allons faire avec, a commenté le directeur général de l’Association, Stéphane Clementoni. C’est une situation exceptionnelle. »

Nouveau refuge au centre Pierre-Charbonneau

Le cabinet de la mairesse Valérie Plante a par ailleurs indiqué mardi que les refuges pour sans-abri étaient remplis à 95 %.

Québec et Montréal ont annoncé en fin de journée mercredi l’ajout de 112 lits pour sans-abri au centre Pierre-Charbonneau, situé dans le Parc olympique. La Presse a pu constater mercredi l’installation de plusieurs cubicules avec lit de camp et table au milieu de la surface de jeu du grand gymnase. Le centre sera ouvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Québec et Montréal ont aussi annoncé en fin de journée mercredi l’ajout de 112 lits pour sans-abri au centre Pierre-Charbonneau.

Le premier ministre François Legault avait signalé, mardi, son souhait d’accroître le nombre de places disponibles dans les refuges, à la suite du décès de Raphaël André. Ce sans-abri innu est mort dans une toilette chimique, le week-end dernier, alors qu’il tentait vraisemblablement de se cacher des policiers lors du couvre-feu.

Son corps gelé a été découvert à deux pas du refuge qu’il avait l’habitude de fréquenter. L’endroit avait été fermé le 11 janvier à la suite d’une éclosion qui a touché des usagers et 8 des 25 employés.

Le premier ministre a toutefois refusé de modifier le décret sanitaire pour exempter les personnes itinérantes du couvre-feu, comme le demande la mairesse, de crainte que d’autres personnes ne se disent sans-abri pour contourner les règles.