Infecté pendant les Fêtes alors que le Québec connaissait une flambée des cas de COVID-19, un travailleur de la santé du nord de Montréal est mort des suites de complications liées à la maladie. Au moment où le bilan du Québec s’améliore, François Legault estime que la province « est sur la bonne voie », mais il est trop tôt pour dire que la bataille est gagnée.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Une cérémonie doit se tenir vendredi après-midi, devant le CLSC de Saint-Laurent, à la mémoire de Jean-Rigaud Fontaine, auxiliaire aux services de santé et sociaux qui est décédé il y a quelques jours. Il travaillait au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal depuis 24 ans.

Père de deux filles, l’homme de 72 ans avait reçu un diagnostic positif de la COVID-19 à la fin de décembre, avant d’être hospitalisé dans les jours qui ont suivi. Après deux préposés aux bénéficiaires l’été dernier, il s’agit du troisième décès à survenir au sein de l’organisation.

« Tout le monde est sous le choc, on ne s’habitue jamais à des nouvelles comme ça », soupire le président du Syndicat des travailleurs du CIUSSS, Alexandre Paquet.

Ça soulève aussi des questions sur les mesures de protection aux soignants à domicile. Depuis le début, on trouve qu’ils manquent d’encadrement.

Alexandre Paquet, président du Syndicat des travailleurs du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal

Son départ causera forcément un grand vide au sein des employés. « C’était toujours le premier arrivé le matin, et il était vraiment apprécié de tous. C’est un monsieur qui aurait pu prendre sa retraite depuis longtemps, explique la porte-parole du CIUSSS, Marie-Hélène Giguère. Tout le monde est très ébranlé. »

Sur la bonne voie, mais…

Bien que le Québec soit sur « la bonne voie » dans sa lutte contre la COVID-19, François Legault ne nie pas « qu’on a encore beaucoup de chemin à parcourir » avant d’endiguer la pandémie. La province enregistre un bilan à la baisse depuis une dizaine de jours, signe que le couvre-feu fonctionne, s’est réjoui le premier ministre.

Il a, cependant, rapidement tempéré les attentes : « Même si les chiffres s’améliorent, on ne pourra pas tout rouvrir dans les prochaines semaines », a-t-il lancé, demandant de nouveau aux Québécois d’« être patients ».

Le Québec a rapporté jeudi 65 décès supplémentaires et 1624 nouveaux cas de COVID-19. La moyenne quotidienne des décès calculée sur une semaine atteint maintenant 56 morts. Celle des nouveaux cas quotidiens est de 1719 par jour. C’est Montréal qui affiche le nombre de morts le plus élevé, avec 20 décès enregistrés, suivi de la Capitale-Nationale et de la Montérégie, qui déplorent chacune 9 décès.

Avant d’alléger les restrictions, donc, il faudra constater une amélioration au chapitre des hospitalisations – il y en avait 1453 jeudi (- 14) –, qui mettent le réseau sous pression.

C’est beaucoup trop élevé pour qu’on puisse d’abord arrêter de faire du délestage […] et même commencer à faire du rattrapage.

François Legault, premier ministre du Québec

L’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS) a indiqué jeudi qu’il anticipait « pour la première fois depuis trois mois » une diminution du nombre de patients hospitalisés. « Il faut demeurer prudent avec ces données, car une [hausse] des cas pourrait modifier ces projections », a noté le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé.

Le nombre d’hospitalisations anticipées a diminué de 23 % par rapport à la semaine précédente (636 contre 823). Cela s’explique par le fait que les nouveaux cas confirmés entre le 11 et le 17 janvier sont en forte baisse (12 638 contre 17 296, soit - 27 %), et ce, dans toutes les régions et tous les groupes d’âge.

Ces prévisions incluent le Grand Montréal, où le risque de dépassement des capacités hospitalières est « peu probable ». « Toutefois, considérant que 80 % des lits réguliers et 70 % des lits de soins intensifs désignés sont déjà occupés par des patients COVID, des débordements ne peuvent être exclus dans certains hôpitaux », précise-t-il.

Le gouvernement Legault a d’ailleurs cité les cas de « Montréal et Laval », où il serait hasardeux d’envisager la levée du confinement le 8 février prochain en raison de la situation dans les hôpitaux. Au sujet des scénarios probables au-delà du 8 février, « on ne peut rien exclure », a prévenu le premier ministre.

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) s’attend d’ailleurs à une remontée des infections dans le Grand Montréal après le 8 février, au terme des nouvelles restrictions sanitaires annoncées le 8 janvier. Ses projections de l’évolution de la pandémie viennent expliquer les propos selon lesquelles le couvre-feu risque d’être prolongé et qu’un relâchement des consignes est difficilement envisageable. L’INSPQ montre une baisse des nouvelles infections, des hospitalisations et des décès dans la région métropolitaine jusqu’au 8 février mais tous ces indicateurs repartent à la hausse après, dans un scénario optimiste comme dans un scénario pessimiste. Dans les autres régions, la situation serait au contraire stable ou continuerait de s’améliorer un peu après le 8 février, selon les projections.

Québec a confirmé vouloir revenir à son système de code de couleurs afin d’éviter d’imposer des restrictions généralisées sur tout le territoire. Mais on pourrait voir apparaître « un nouveau code orange ou rouge » pour colmater certaines brèches observées dans les mesures appliquées l’automne dernier, a indiqué M. Dubé.

La quarantaine à l’hôtel

M. Legault a réitéré son souhait de voir Ottawa interdire tous les voyages non essentiels à l’étranger, mais s’est avancé sur l’idée d’imposer une quarantaine à l’hôtel, aux frais des voyageurs, pour ceux qui rentrent au pays, comme le fait la Nouvelle-Zélande. Il a ouvert la porte à la collaboration de la Sûreté du Québec.

« J’entends M. Trudeau nous dire : constitutionnellement, ce n’est peut-être pas évident de pouvoir interdire les vols. Je n’entrerai pas dans ce débat-là, mais l’alternative [choisie par la Nouvelle-Zélande], on serait ouverts », a précisé le premier ministre.

Pour les experts sondés par La Presse, c’est une idée qui devrait être adoptée dès que possible pour mieux contenir la transmission. « Cette façon d’isoler les infections est très efficace. À Singapour, par exemple, ils font déjà des tests rapides à l’aéroport et envoient tous les cas positifs dans des hôtels ou des dortoirs », raisonne l’épidémiologiste Nimâ Machouf.

La professeure à l’École de santé publique de Montréal (ESPUM) Roxane Borgès Da Silva appuie. « Dans la mesure où on n’a pas de contrôle des frontières, c’est le seul moyen qu’on a au Québec. Tous les pays qui l’ont fait contrôlent bien leur pandémie. Après, il faudra surtout s’assurer que la surveillance soit très stricte », dit-elle.

— Avec la collaboration de Tommy Chouinard, La Presse

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