Le ministre fédéral des Services aux Autochtones, Marc Miller, a critiqué mercredi le refus du gouvernement Legault d’exempter les itinérants du couvre-feu, dans la foulée du décès de Raphaël André, un Innu retrouvé mort dimanche dans une toilette chimique du centre-ville de Montréal.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« J’aurais voulu voir plus de flexibilité de la part du premier ministre du Québec. Je me range directement avec la position prise par la mairesse Plante à ce niveau », a indiqué l’élu du gouvernement Trudeau lors d’une mêlée de presse, en laissant entendre que le drame « aurait pu être évité ».

M. Miller a du même coup offert ses condoléances aux proches de Raphaël André, dont le corps gelé a été retrouvé tout près du refuge La Porte ouverte, fermé en raison d’une éclosion. Plus tôt, La Presse avait rapporté que le défunt, qui se cachait des policiers durant le couvre-feu, avait un mandat d’arrêt contre lui pour non-respect d’une promesse de comparaître le 13 novembre, après avoir été accusé de menaces.

Le ministre fédéral a appelé tous les paliers de gouvernement à traiter les plus vulnérables avec davantage d’empathie. « Si on est sans-abri, on veut se confirmer à la loi, mais une loi qui force un couvre-feu et qui force quelqu’un à prendre une décision de prendre refuge dans une toilette chimique, évidemment ça va au cœur du débat. Il faut montrer plus d’humanité selon moi », a-t-il martelé.

Celui qui est aussi député de la circonscription de Ville-Marie a indiqué qu’il se « demande à chaque jour si le fédéral aurait pu en faire plus » pour gérer la propagation de la COVID-19 dans les refuges pour itinérants. Il a promis de continuer à offrir des ressources et des services aux villes et aux provinces.

Je continue à réfléchir là-dessus. Il faut constater qu’il y a eu un échec de tous les paliers de gouvernements et qu’on peut faire mieux.

Marc Miller, ministre des Affaires autochtones, en parlant du cas de Raphaël André

Au Nouveau parti démocratique (NPD), le député de Rosemont-La-Petite-Patrie Alexandre Boulerice a lui aussi indiqué que les mesures sanitaires « ne font qu’exacerber la détresse que vit déjà la communauté itinérante et ne contribuent qu’à l’isoler davantage ». « En refusant d’exempter cette communauté du couvre-feu, on doit s’attendre à d’autres morts tragiques comme celle de Raphaël André. Cette communauté a des besoins particuliers et on doit adapter notre approche en conséquence », a-t-il plaidé.

Un refus qui déçoit Montréal

Mardi, le premier ministre François Legault a réitéré qu’il n’a aucunement l’intention d’exempter les itinérants. « Si on mettait dans les règlements le fait qu’un itinérant ne peut recevoir de contravention, n’importe qui pourrait dire “ moi, je suis un itinérant, donc vous n’avez pas le droit de me donner une contravention ” », a-il soutenu.

M. Legault a dit « faire confiance aux policiers » qui, selon lui, ne font pas exprès pour distribuer des amendes aux sans-abri. « Les policiers font du bon travail auprès des itinérants, laissons-les continuer à travailler », a-t-il insisté.

Peu après, mercredi matin, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, s’est quant à elle dite déçue de la position prise par le gouvernement du Québec.

« La réponse a été “ non ” et je m’en désole. Je pense que le message qu’on doit envoyer à tout le monde, c’est de ne pas augmenter le sentiment d’insécurité chez les plus fragiles », a-t-elle dit devant le comité exécutif. « Nous allons continuer à pousser sur cette exemption et nous allons continuer à demander au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) de faire preuve de beaucoup de discernement avec une approche très humaine », a aussi ajouté la chef de Projet Montréal.

– Avec Philippe Teisceira-Lessard