Le variant britannique du coronavirus semble plus contagieux chez les enfants, s’il faut en croire les premières données en provenance du Royaume-Uni. Des experts incitent la Santé publique du Québec à le suivre de près, alors que des milliers de jeunes du secondaire retournent en classe cette semaine.

Alice Girard-Bossé Alice Girard-Bossé
La Presse

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

« Je trouve ça dommage qu’on n’ait aucune information sur la circulation du variant britannique au Québec. Le niveau de contagiosité des enfants est plus élevé avec ce variant, donc s’il circule librement au Québec, peut-être que la réouverture des écoles serait à revoir », indique la chercheuse Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Ce questionnement survient alors que la province a recensé 1744 nouveaux cas de COVID-19 dimanche, une baisse liée à un délai dans la transmission des données. Une cinquantaine de décès supplémentaires viennent alourdir le bilan, alors qu’on note une baisse de 14 hospitalisations.

Selon les premières données diffusées par la Santé publique du Royaume-Uni, le pourcentage d’infections chez les enfants était plus élevé avec le variant, explique Nathalie Grandvaux, chercheuse au laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). À l’inverse, le nombre d’infections chez les personnes âgées avait un peu diminué.

Une étude prépubliée sur la plateforme MedRxiv le 4 janvier dernier a également démontré que le variant britannique est plus dominant chez les enfants âgés de 0 à 19 ans. Ces écarts pourraient toutefois être causés par des niveaux élevés de transmission dans les écoles. Les résultats doivent donc être interprétés avec prudence.

Mme Borgès Da Silva explique que les enfants qui attrapent ce nouveau variant sont peut-être aussi contagieux que les adultes et les adolescents. « Les enfants n’ont pas tant de symptômes, mais ils contaminent plus de personnes, indique-t-elle. Ça veut dire qu’ils vont contaminer plus leurs parents, leurs grands-parents, et donc on va avoir plus de personnes qui vont se retrouver à l’hôpital ou aux soins intensifs. »

Pour repérer le variant britannique, il est nécessaire de séquencer le génome du virus des personnes contaminées. Mme Grandvaux indique que le Laboratoire de santé publique du Québec séquence 3 % des échantillons québécois, ce qui est un peu en dessous de la moyenne nationale canadienne, qui est de 5 %. Elle ajoute que si ce nouveau variant est bel est bien plus contagieux pour les enfants, les mesures de santé publique vis-à-vis des enfants risquent de changer beaucoup.

Mme Grandvaux réitère donc l’importance de mieux contrôler les voyages non essentiels. « On n’a pas encore atteint le niveau de restrictions qu’on devrait avoir pour diminuer nos cas. » Elle se désole également de savoir que certains voyageurs ne font pas leur quarantaine assez sérieusement. Elle recommande que les voyages non essentiels soient interdits ou que le contrôle des voyageurs à leur arrivée au pays soit plus strict.

Le bilan s’alourdit

Un délai de transmission des données de laboratoires au cours de la fin de semaine a causé un retard dans la déclaration des cas de COVID-19 aux directions de santé publique, explique le ministère de la Santé. On rapporte donc une baisse du nombre de nouveaux cas déclarés. « La situation sera rétablie dans la journée et les données seront ajustées lors de la prochaine mise à jour », ajoute-t-on.

Soyons prudents avec le nombre de cas enregistrés hier [dimanche], il est encore trop tôt pour parler d’une tendance à la [baisse]. Nous devons continuer nos efforts, car la bataille n’est pas encore gagnée.

Le ministre de la Santé Christian Dubé, sur son compte Twitter

Des 50 nouveaux décès rapportés, huit sont survenus dans les 24 dernières heures. On ajoute que 26 sont survenus entre le 10 et le 15 janvier, 7 avant le 10 janvier et 9 à une date inconnue.

Au total, 9055 Québécois sont morts de la COVID-19 depuis le début de cette pandémie. La province a franchi samedi le cap des 9000 décès liés au virus.

Tout comme veille, les nouveaux décès sont concentrés dans la région de Montréal, où on déplore une dizaine de morts. On compte six décès dans la région de Québec et cinq en Mauricie. Les régions du Saguenay–Lac-Saint-Jean et de l’Estrie recensent trois décès chacune, alors qu’une personne est morte de la COVID-19 en Outaouais.

On recense 1744 nouveaux cas dimanche, pour un total de 242 714 personnes contaminées au Québec jusqu’à présent. Parmi celles-ci, 213 008 sont rétablies.

Le nombre d’hospitalisations a chuté de 14 par rapport à samedi. Au total, 1460 Québécois demeurent à l’hôpital après avoir contracté la COVID-19. Parmi ces patients, 215 sont aux soins intensifs, soit 12 de moins que la veille. On précise que 98 personnes sont entrées à l’hôpital, alors que 112 en sont sorties.

Par ailleurs, 8838 doses de vaccin ont été administrées samedi, pour un total de 146 694 depuis le début de la campagne de vaccination. Au cours de la semaine, 62 642 personnes ont été vaccinées, pour une moyenne quotidienne de 8949 personnes vaccinées.

Les prélèvements réalisés le 15 janvier s’élèvent à 37 087.

La COVID-19 au Canada

La COVID-19 continue de sévir au Canada, où l’on compte 76 234 cas actifs. Les dernières données nationales indiquent des moyennes de 7616 nouveaux cas par jour.

Le Canada a enregistré 702 183 cas de COVID-19, dont 17 865 morts, depuis le début de cette pandémie.

« Compte tenu du rythme actuel de propagation de l’épidémie et des taux d’infection toujours élevés dans de nombreuses régions du pays, nous continuerons d’enregistrer une accumulation rapide de cas jusqu’à ce que nous puissions faire des progrès significatifs pour interrompre la propagation », a précisé par communiqué Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada.

Les hospitalisations et les décès demeurent en hausse et surviennent une à plusieurs semaines après l’augmentation de la transmission de la maladie. En moyenne, 4705 personnes atteintes de la COVID-19 ont été hospitalisées au Canada chaque jour entre le 8 et le 14 janvier. Parmi ces patients, 875 se trouvaient aux soins intensifs. Au cours de la même période, une moyenne de 137 morts liés à la COVID-19 ont été signalés chaque jour.

« Les prochains mois seront très difficiles pour le Canada tandis que les autorités locales et la population travailleront de concert pour ramener les taux d’infection de la COVID-19 vers une trajectoire sûre. Tous les efforts que nous faisons maintenant, à ce moment charnière, comptent pour réduire la propagation de la COVID-19 et protéger les personnes les plus vulnérables parmi nous », a ajouté la Dre Tam.

Des cas de COVID-19 confirmés dans 75 vols à Montréal

Pendant la période du 3 au 16 janvier, 75 vols en provenance ou à destination de Montréal ont transporté au moins une personne atteinte de la COVID-19, selon les données publiées par le gouvernement du Canada, soit près de trois fois plus que pour la période du 22 décembre au 1er janvier. Les données gouvernementales n’indiquent pas le nombre de personnes infectées dans l’avion, mais fournissent les rangées qui se situaient près des personnes infectées. Dans deux vols d’Air Transat arrivés à Montréal les 10 et 13 janvier en provenance de Port-au-Prince, toutes les rangées sont jugées à risque. Les voyageurs de ces deux vols sont priés de surveiller l’apparition de symptômes pendant 14 jours.

La stratégie du « Bouclier canadien »

Un regroupement d’experts canadiens en santé publique, d’économistes et d’épidémiologistes propose la stratégie du « Bouclier canadien ». Ils estiment que les gouvernements doivent exiger un confinement strict, afin de réduire à presque zéro le nombre de nouvelles infections et d’éviter une troisième vague d’infections. Pour ce faire, ils veulent que des mesures strictes de confinement soient appliquées partout au Canada, jusqu’à ce que les nouveaux cas de COVID-19 diminuent régulièrement de 17 à 25 %. « On pense que le Québec va pouvoir se déconfiner quand il aura des centaines de cas par jour, au lieu de milliers de cas par jour. À ce moment-là, le système de traçage pourra s’effectuer efficacement », explique Robert Greenhill, président exécutif de Global Canada et membre du regroupement.

La COVID-19 en graphiques

Suivez la progression de la pandémie en temps réel dans notre page de graphiques interactifs.