Les tests de salive pour dépister la COVID-19 sont au moins aussi précis que ceux utilisant les écouvillons et sont beaucoup moins chers, selon une étude montréalaise. Ses auteurs suggèrent que les laboratoires québécois adoptent cette stratégie.

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

Faux négatifs

La méta-analyse de 37 études totalisant 7000 échantillons de salive et d’écouvillons nasopharyngés, pour la détection du SARS-CoV-2, le coronavirus responsable de la COVID-19, est claire : les deux méthodes sont équivalentes en ce qui concerne le risque de faux négatifs. « En fait, il y a plus de variabilité avec les écouvillons nasopharyngés parce qu’il faut que l’échantillon soit pris d’une certaine manière, alors qu’avec la salive, c’est plus simple », explique Jonathon Campbell, du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), auteur principal de l’étude publiée dans la revue Annals of Internal Medicine. Pour des raisons méthodologiques, l’étude a fait l’hypothèse qu’il n’y avait pas de faux positifs – ceux-ci sont de toute façon moins problématiques sur le plan du contrôle de la pandémie.

Infirmières et attente

La méta-analyse montréalaise conclut que seulement en tenant compte du temps de travail des infirmières et du coût du matériel de protection individuelle et de prélèvement, le test de salive coûte 6,36 $ US de moins que le test par écouvillons. Et cela ne tient pas compte du temps de déplacement et d’attente des patients – qui, avec le test salivaire, peuvent en théorie faire le prélèvement chez eux et le déposer dans un point de chute. La prochaine étape est donc de déterminer pourquoi la plupart des laboratoires québécois n’utilisent pas beaucoup les tests de salive. « Il faut mettre un peu de temps pour la transition, et en ce moment, les microbiologistes ont très peu de temps », dit M. Campbell, qui est épidémiologiste et économiste de la santé. « Les laboratoires sont aussi souvent dans les hôpitaux, où un test est souvent une question très importante, alors les microbiologistes sont réticents à abandonner un test qu’ils considèrent comme plus fiable [gold standard]. »

Gargarisme

La salive a aussi l’avantage d’être très stable, pouvant rester longtemps hors du frigo. Une autre approche est de recueillir le gargarisme du patient avec une solution de sel, ce qui diminue le problème de viscosité de la salive pour les tests de laboratoire. Mais le gargarisme n’a pas été évalué par la méta-analyse de M. Campbell. La Colombie-Britannique, qui est l’une des provinces qui utilisent le plus les tests de salive, se sert du gargarisme, et l’Ontario le teste dans des projets-pilotes, selon M. Campbell.