Montréal est redevenu « l’épicentre de la pandémie » de COVID-19 dans la province, a affirmé mercredi la mairesse Valérie Plante, qui appelle Québec à l’aide en se disant très inquiète pour les prochaines semaines.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

La pause des Fêtes – qui devait ralentir le virus – a plutôt accéléré sa propagation dans la population, si bien que les hôpitaux sont remplis à un niveau dangereux.

« J’ai envie de dire : il y a un feu à Montréal, envoyez les pompiers », a dit la mairesse en conférence de presse. « Je suis très préoccupée. […] Les besoins sont immenses et j’espère que les ressources vont suivre. »

À ses côtés, la directrice régionale de santé publique Mylène Drouin et la porte-parole du réseau hospitalier montréalais Sonia Bélanger ont dressé un sombre portrait de la situation actuelle. La COVID-19 progresse à un niveau jamais vu à Montréal, plus rapidement encore qu’au printemps dernier.

Malgré la clarté des règles édictées par le gouvernement du Québec, les Montréalais ont probablement commis de « petites transgressions » pendant la période des Fêtes, a analysé la Dre Drouin. « Les contacts domiciliaires, les contacts avec les amis proches », même chez les individus plus âgés, ont contribué à jeter de l’huile sur le feu.

Mercredi, le Québec rapportait 2071 nouveaux cas et 33 décès supplémentaires. Conséquence de la hausse des cas début janvier, le nombre de patients hospitalisés aux soins intensifs – 229 – n’a jamais été aussi élevé depuis mars 2020.

Le nombre de cas semble vouloir ralentir, mais il est trop tôt pour tirer des conclusions, selon les autorités sanitaires. Les 33 décès supplémentaires rapportés mercredi se trouvent aussi sous la moyenne des derniers jours. C’est à Montréal que l’on déplore le plus de décès, soit 9. On en rapporte 8 en Montérégie et 5 dans la Capitale-Nationale.

À Montréal, la Dre Drouin a affirmé que les quartiers les plus affectés restaient ceux qui étaient sous les projecteurs lors de la première vague : Parc-Extension, Saint-Léonard, Saint-Michel et Cartierville, entre autres. La proportion des tests positifs est très élevée, presque 14 %.

Globalement, un peu plus de 1 % des Montréalais étaient considérés comme des cas actifs de COVID-19 en date de mardi.

Le réseau se prépare à être débordé

Dans le réseau de la santé montréalais, les éclosions se multiplient. Une centaine de milieux de vie destinés aux aînés sont aux prises avec la COVID-19, en plus de plusieurs hôpitaux. Mardi, l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et l’hôpital Santa Cabrini ont demandé au public d’éviter leurs urgences parce que des éclosions y sévissaient.

« La situation s’est détériorée depuis la période des Fêtes dans les CHSLD », a indiqué Sonia Bélanger, PDG du CIUSSS du Centre-Sud-de-Montréal, au nom de l’ensemble de ses collègues.

« À partir du 4 janvier, il y a eu vraiment une augmentation des hospitalisations […] », a-t-elle ajouté. « La majorité des établissements à Montréal sont passés en niveau rouge. »

Quelque 350 lits destinés aux patients contaminés doivent être ajoutés aux 1000 lits existants, afin de pallier tout débordement. Mme Bélanger a précisé que de ce nombre, 43 lits seraient destinés aux soins intensifs et seraient aménagés au CHUM, au CUSM, au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal et, dans une moindre mesure, à l’Hôpital général juif. Les autres pourront accueillir des patients en rétablissement ou qui doivent être gardés à l’hôpital parce qu’ils risquent d’être contagieux.

Sur le plan de la disponibilité des médecins, Sonia Bélanger ne prévoit pas de problèmes. Il en va autrement pour la disponibilité des infirmières.

Les autorités de la santé forment à l’heure actuelle des infirmières qui travaillent dans d’autres unités de soins pour les transférer aux soins intensifs, au besoin. Elles cherchent aussi à en recruter dans les CLSC, les GMF et ailleurs en première ligne pour les rediriger vers les soins intensifs, a précisé Mme Bélanger. Elle espère aussi obtenir du soutien de régions moins affectées par la pandémie.

La PDG a ajouté que le personnel de la santé commençait à se préparer à appliquer le guide de priorisation mis en place par le gouvernement du Québec afin de faire les choix difficiles qui seront nécessaires si le système hospitalier devient complètement submergé.

Un vaccin pas si populaire

Lueur d’espoir au bout du tunnel : des centaines de doses de vaccins sont injectées chaque jour à Montréal. Selon Sonia Bélanger, tous les résidants et membres du personnel de CHSLD qui le souhaitent auront reçu leur injection au cours de la semaine prochaine. Quelque 8000 résidants de ces établissements et 12 000 employés ont été inoculés jusqu’à maintenant,

Elle a toutefois précisé que ce ne sont pas tous les employés de ces établissements qui veulent recevoir le vaccin. « La majorité des résidants ont accepté de se faire vacciner. Pour ce qui est des employés, [selon] les CHSLD, ça peut varier entre 40 % et 65-70 % d’adhésion », a-t-elle dit. Mme Bélanger a ajouté que les campagnes annuelles de vaccination contre la grippe n’attiraient que 40 % des travailleurs du réseau de la santé.

Au total, au Québec, plus de 100 000 doses de vaccins ont été administrées jusqu’à maintenant, dont 7800 mardi. Le ministre de la Santé et des Services sociaux Christian Dubé a annoncé que la province en avait reçu 40 000 autres de la part des pharmaceutiques qui le fabriquent.

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Sonia Bélanger, PDG du CIUSSS du Centre-Sud-de-Montréal

En attendant que le grand public soit vacciné, les Montréalais doivent suivre les règles et surtout éviter de sortir dès qu’ils perçoivent des symptômes pouvant être liés à la COVID-19.

« Les gens ont tendance à aller travailler », a déploré la Dre Mylène Drouin. Selon les analyses de ses équipes, le délai moyen actuel entre l’apparition des premiers symptômes et le dépistage s’élève à 2,7 jours, une période beaucoup trop longue.

« Il n’y a pas d’autres virus en circulation dans la communauté en ce moment », a-t-elle dit pour convaincre les gens avec un mal de gorge ou des difficultés respiratoires à ne pas hésiter à se faire tester. Les cliniques de dépistage sont loin d’être submergées, a-t-elle dit.

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La Dre Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique de Montréal

Dans un document publié mercredi, les services de la Dre Drouin concluaient que beaucoup d’éclosions se produisent dans les établissements de santé.

« Parmi les éclosions actives le 12 janvier 2021 : 146 (46 %) éclosions étaient liées à un établissement du réseau de la santé, 109 (35 %) éclosions étaient liées à un milieu de travail [et] 32 (10 %) éclosions étaient liées à un service de garde », indique l’étude. La fermeture des écoles a permis de bloquer cette voie de transmission.

— Avec La Presse Canadienne