Même s’ils ont eu une première dose du vaccin contre la COVID-19 en décembre, sept résidants du CHSLD Maimonides ont reçu un diagnostic positif à l’infection dans le dernier mois. Une situation qui, tout en étant malheureuse, est aussi « prévisible », préviennent les experts en vaccination, qui appellent à user de prudence dans l’interprétation de ces infections.

Judith Lachapelle Judith Lachapelle
La Presse

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Dans une note envoyée mardi aux familles des résidants du Centre gériatrique Maimonides Donald Berman, la direction indique que sept résidants actuellement infectés « ont tous reçu la première dose du vaccin contre la COVID-19 et ils ont été infectés au cours des 28 premiers jours suivant l’administration de cette dose ».

La direction ne précise pas combien de jours après la vaccination chacun de ces résidants a été infecté. Il s’agit là d’une information importante pour comprendre l’effet de la vaccination, rappelle le DGaston De Serres, épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). « Le vaccin a besoin de deux semaines pour stimuler la réponse immunitaire pour nous protéger. C’est comme ça pour tous les vaccins », dit le DDe Serres.

Les études cliniques menées par les sociétés pharmaceutiques Pfizer-BioNTech et Moderna montrent que pendant les 14 jours ayant suivi l’administration de la première dose, les deux groupes étudiés (celui qui a reçu le vaccin et celui qui a reçu le placebo) affichaient des taux d’infection comparables.

Après 14 jours, par contre, la différence est claire : ceux qui ont été vaccinés ont été protégés à plus de 90 %. Encore là, rappelle l’épidémiologiste, « aucun vaccin n’est efficace à 100 %, et on sait qu’une partie des gens vaccinés tombera malade ».

« Si on est déjà infecté au moment de recevoir le vaccin, on peut faire la maladie. Si on est infecté rapidement après avoir reçu le vaccin, on peut avoir la maladie », précise le DDe Serres. L’infection de résidants vaccinés est donc « prévisible, même si c’est évidemment très triste, puisqu’on peut penser que s’ils avaient été vaccinés deux semaines plus tôt, ils n’auraient pas été malades ».

Des analyses à faire

La direction du CHSLD – qui n’a pas rappelé La Presse mardi – dit collaborer « avec les équipes de Prévention et contrôle des infections et de Santé publique pour analyser la situation ». On compte actuellement 327 résidants dans ce CHSLD de l'ouest de l'île de Montréal.

Parmi les parties impliquées dans l’enquête se trouvera notamment l'équipe du Laboratoire de santé publique du Québec, chargée de la surveillance des souches du coronavirus qui circulent sur son territoire. Le séquençage d’échantillons aléatoires et ciblés doit permettre de repérer si un variant résistant aux vaccins est en train d’apparaître. « C’est typiquement le genre de situation pour laquelle on a un programme en place », explique Sandrine Moreira, responsable de la génomique et de la bio-informatique à l’INSPQ.

Spécialiste en médecine sociale et préventive à l’École de santé publique de l'Université de Montréal (ESPUM), la professeure Marie-France Raynault rappelle que plusieurs nuances s’imposent dans l’interprétation de ces sept cas positifs, qui ne doivent en rien être généralisés, selon elle.

« À Montréal comme à Québec [au CHSLD Saint-Antoine], il y a eu des cas d’infection après le vaccin, sauf que l’analyse est toujours en cours. Il faut surtout qu’on regarde la temporalité par rapport au moment où ç'a été reçu », dit-elle.

Le vaccin de Pfizer est efficace à 90 % après 12 jours, mais seulement à 50 % dans les sept premiers jours. Évidemment, si l’infection se produit dans les deux premiers jours, l’efficacité de protection est quasiment nulle.

Marie-France Raynault, professeure à l’École de santé publique de l'Université de Montréal

La spécialiste rappelle par ailleurs que les vaccins préviennent souvent des complications plus graves, même en cas d’infection contractée à la suite de l’administration d’une dose. « C’est le cas de l’influenza. La maladie est alors moins forte, et ça empêche les risques plus importants », affirme l’experte, soulignant par ailleurs qu’il faudra aussi s’attarder à l’âge des sept patients déclarés positifs.

« On veut que la science soit suivie »

Selon les sociétés pharmaceutiques qui les ont développés, les vaccins actuellement homologués doivent être administrés en deux doses, avec la seconde dose administrée après 21 jours (vaccin Pfizer) ou 28 jours (vaccin Moderna), pour atteindre une efficacité de 95 %.

La semaine dernière, des familles du CHSLD Maimonides ont mis en demeure le gouvernement Legault de donner aux résidants la seconde dose du vaccin Pfizer. Son administration avait été suspendue quelques jours auparavant, Québec ayant choisi d’étirer l’intervalle entre les deux doses et d’utiliser tous ses vaccins pour immuniser un maximum de personnes.

Pour le DDe Serres, l’administration d’une seconde dose à 21 jours n’aurait rien changé au bilan annoncé mardi par la direction du CHSLD – les études cliniques de Pfizer, par exemple, ont montré une protection de 95 % après le septième jour suivant l’administration de la seconde dose.

Mais pour Joyce Shanks, membre du Comité de défense des familles de Maimonides, dont le père vit dans ce CHSLD depuis cinq ans, « ce qui arrive aujourd’hui démontre qu’on n’est pas protégés après une dose. Il y a sept cas déjà. Pour nous, c’est une preuve additionnelle », a-t-elle martelé mardi. Selon elle, Québec doit respecter sa parole. « On a donné notre consentement sur la base des deux doses. Et on veut que la science soit suivie, pas seulement pour nous, mais pour tout le monde », ajoute Mme Shanks. « On a échappé et gaspillé des doses, c’est ça, la réalité », ajoute-t-elle.

La décision de Québec de reporter l’administration de la seconde dose du vaccin divise certains experts et le milieu politique. Si certains approuvent entièrement l’idée, d’autres se questionnent sur le manque d’études cliniques qui la soutiennent. Mardi, le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) a formulé la recommandation que la seconde dose des deux vaccins qui ont jusqu’à présent obtenu le feu vert de Santé Canada soit injectée au maximum six semaines après la première.

Marie-France Raynault, pour sa part, soutient la démarche du report de la seconde dose « à 500 % ». « On est dans une période de transmission accrue, il y a des dizaines de personnes qui meurent par jour, et on sait que la première dose protège. Pour moi, c’est clair : il faut vacciner le plus de personnes », affirme-t-elle.