L’arrêt complet des greffes de rein annoncé mercredi dernier par le ministre de la Santé Christian Dubé a suscité inquiétude et confusion. Mais seule une fraction de ces greffes, principalement celles de donneurs vivants à des adultes, est en fait visée par le délestage actuel.

Ariane Krol
Ariane Krol La Presse

« Si vous voulez avoir un exemple concret de ce que la COVID fait au traitement des patients non-COVID, on est obligés d’arrêter les greffes du rein parce qu’on a besoin de lits pour les faire », avait déclaré le ministre Dubé en conférence de presse, le 6 janvier dernier. Sa sous-ministre adjointe, la Dre Lucie Opatrny, « a donné la commande », avait-il précisé.

« On a été très surpris d’apprendre ça », affirme la directrice générale de la division québécoise de la Fondation canadienne du rein, Francine Labelle. La fondation, qui a reçu des appels et courriels de patients inquiets, a écrit à la Dre Opatrny samedi matin pour plaider « l’importance de maintenir une activité minimale en greffe rénale ». En fin de journée lundi, elle n’avait pas eu de réponse.

L’Association des néphrologues du Québec a également été surprise par l’annonce du ministre Dubé. L’association avait été informée la veille de l’arrêt d’une seule catégorie, celle provenant des donneurs vivants, soit un peu moins de 15 % des greffes de rein au Québec. « On était déjà étonnés, on avait l’intention de dire : ‟Il faut adapter cette décision-là‟ », raconte le président de l’association, le DRobert Charbonneau.

Suspendre les dons vivants d’un parent à un enfant souffrant d’insuffisance rénale pour lui éviter la dialyse ne serait pas très utile pour enlever de la pression sur le système de santé, explique le Dr Charbonneau.

« Les greffes de rein provenant de donneurs vivants » font partie des activités délestées « à l’exception de la clientèle pédiatrique », a finalement annoncé la Dre Opatrny en conférence de presse lundi.

Une lettre adressée aux PDG d’établissement le lendemain de l’annonce du ministre, le 7 janvier, n’accordait pourtant aucune exception. Les données et projections « commandent de cesser les activités de greffes rénales à partir de donneurs vivants jusqu’à nouvel ordre », indique la missive signée par la sous-ministre adjointe.

Des propositions faites par des néphrologues le 8 janvier ont aussi été acceptées verbalement par le Ministère, indique le président de leur association.

Par exemple, si un rein est compatible avec un patient dit hyperimmunisé, dont les anticorps à de nombreux groupes sanguins limitent grandement les possibilités de greffe, celle-ci pourra se faire.

Dans les cas où l’on prélève déjà plusieurs organes à la suite d’un diagnostic de décès neurologique, les reins pourraient aussi être prélevés, mais ça ne serait pas nécessairement le cas quand seuls les reins seraient utilisables.

« Garder un patient en décès neurologique le temps de faire tous les tests pour prélever seulement les reins, c’est utiliser des ressources de soins intensifs qui en ce moment font défaut, indique le DCharbonneau. On est capables de comprendre ça. »

Sur les 301 reins transplantés au Québec en 2019, seulement 42 provenaient d’un donneur vivant.

La suspension des dons d’organes durant les premiers mois de la pandémie a eu des effets notables. Du 12 mars au 30 juin 2020, le nombre de donneurs d’organes a diminué de moitié et les transplantations, de 60 %, indiquent les données de Transplant Québec. Le volume d’activité pour les donneurs effectifs, les personnes transplantées et les références est toutefois revenu à la normale au troisième trimestre terminé le 30 septembre, nous a indiqué l’organisme. Ces chiffres portent cependant sur l’ensemble des organes.

Pour les dons de reins après décès, le nombre a chuté de 21,5 % au Québec en 2020, souligne la Fondation canadienne du rein.

« La dialyse, même si elle représente un moyen de survie à la maladie, épuise beaucoup le corps », souligne Mme Labelle.