Près des deux tiers des patients hospitalisés à cause de la COVID-19 ressentaient toujours une fatigue anormale ou une faiblesse musculaire six mois après s’être rétablis, selon une nouvelle étude chinoise publiée vendredi dans la revue The Lancet. Encore plus inquiétant, des problèmes aux reins ont été détectés même chez les patients qui n’en avaient pas eu lors de leur hospitalisation.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Fatigue, muscles et poumons

La fatigue a notamment été mesurée par la distance parcourue en six minutes de marche par les patients hospitalisés à cause de la COVID-19, six mois après leur congé de l’hôpital. La proportion de ceux qui parcouraient moins de 100 mètres était 4,5 fois plus élevée chez ces patients, par rapport à la moyenne de la population du même âge, et ce, même si la plupart – plus de 95 % – n’avaient pas été hospitalisés aux soins intensifs. La proportion des patients qui avaient, six mois après leur congé, une capacité pulmonaire inférieure à 80 % était de 22 %, et grimpait à 56 % pour ceux qui avaient eu de l’oxygénation non invasive. « C’est compatible avec les rapports anecdotiques ailleurs dans le monde, et avec les études sur les patients ayant survécu au SRAS en 2003 », explique Giuseppe Remuzzi, directeur de l’Institut de recherche pharmacologique Mario Negri à Milan, qui a écrit un commentaire sur l’étude chinoise aussi publié par The Lancet. Les auteurs de l’étude chinoise n’ont pas répondu aux demandes d’entrevue.

Épicentre

PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Un hôpital de campagne temporaire alors en construction à Wuhan, en Chine, en février 2020

Les 1733 patients suivis par l’étude chinoise ont été hospitalisés en janvier et en février 2020 à Wuhan, ville chinoise de 11 millions d’habitants qui a été la première touchée par la pandémie. Près de 4000 des 4600 morts dues à la COVID-19 en Chine sont survenues à Wuhan, qui a enregistré 50 000 diagnostics de COVID-19, nécessitant l’érection d’hôpitaux de campagne. En décembre, le gouvernement chinois a révélé que près de 500 000 personnes avaient été infectées à Wuhan, si on en croit les tests sérologiques d’anticorps.

Reins

PHOTO CHINA DAILY CDIC, ARCHIVES REUTERS

Personnel médical des soins intensifs destinés aux patients atteints de la COVID-19 d’un hôpital de Wuhan, en Chine, en février 2020

Seulement 6 % des 1733 patients de Wuhan étudiés avaient des problèmes rénaux durant leur hospitalisation, mais cette proportion avait grimpé à 35 % six mois après le congé. Mais le DRemuzzi se fait rassurant : « La méthode d’évaluation de la fonction rénale utilisée par l’étude est très imprécise. On ne peut exclure que des problèmes rénaux apparaissent après qu’un patient a eu son congé, mais les données actuelles ne sont pas concluantes. »

Immunité

PHOTO FOURNIE PAR L’INSTITUT LA JOLLA

Alessandro Sette, biologiste de l’Institut d’immunologie La Jolla, à San Diego

L’étude sur les patients de Wuhan s’inquiète aussi de la baisse du taux d’anticorps après le congé de l’hôpital, ce qui semble indiquer que l’immunité provoquée par la COVID-19 ne dure pas très longtemps. La Presse a demandé son avis sur cet aspect de l’étude du Lancet à Alessandro Sette, biologiste de l’Institut d’immunologie La Jolla, à San Diego, qui a publié depuis mai plusieurs études sur l’immunité à long terme provoquée par le SARS-CoV-2, coronavirus responsable de la COVID-19. « Une diminution modeste du taux d’anticorps dans les mois suivant l’infection est normale, explique M. Sette. Nous venons tout juste de montrer que, de six à huit mois après l’infection, le niveau de protection restait élevé. C’est compatible avec ce qu’on sait du SRAS en 2003 ; les patients avaient un bon niveau d’anticorps et donc d’immunité plus de 10 ans après avoir guéri. » Le SRAS était causé par un autre coronavirus. La dernière étude de M. Sette a été publiée cette semaine dans la revue Science.