Un départ trop lent. Un changement de directive sur les secondes doses. Des vaccinateurs non vaccinés. Des travailleurs en zone rouge qui tardent à être vaccinés. Le vaccin était attendu avec impatience au Québec, mais des experts déplorent le départ laborieux de cette campagne sans précédent.

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

Katia Gagnon Katia Gagnon
La Presse

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« Recevoir ce vaccin, c’est un exploit »

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Québec a choisi de vacciner en priorité la clientèle des CHSLD, comme le recommande le Comité sur l’immunisation du Québec.

Des travailleurs de première ligne, au front dans les zones chaudes, ont dû se battre pour obtenir plus rapidement leur vaccin contre la COVID-19, a appris La Presse.

« Ça a pris un combat pour changer les lignes directrices de la vaccination. On est dans un système totalement dysfonctionnel ! », s’exclame le DVincent Bouchard, interniste à l’hôpital Notre-Dame, qui est scandalisé par ce qu’il décrit comme de la désorganisation logistique.

« Le gouvernement a choisi de fonctionner par établissement, et non par risque réel de contact avec la maladie, ajoute le DBouchard. On peut être aux soins intensifs COVID, avoir 58 ans, et on ne sera pas vacciné, alors que le technicien en loisirs, qui joue aux cartes avec Mme Tremblay, va l’avoir avant. »

Québec a choisi de vacciner en priorité la clientèle des CHSLD, comme le recommande le Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ). Mais comme le vaccin de Pfizer doit être conservé dans des « supercongélateurs » et qu’il ne peut pas être déplacé d’établissement en établissement, on vaccine donc les résidants et tous les employés des CHSLD, qu’ils soient en contact ou non avec des patients. Cette stratégie a fait en sorte que des travailleurs qui ont peu de contacts avec la clientèle ont souvent été vaccinés avant les personnes qui travaillent dans les zones chaudes des hôpitaux.

Ainsi, selon les priorités de vaccination établies par le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, les agentes administratives d’un CHSLD étaient vaccinées avant le personnel des zones chaudes, s’indigne le microbiologiste-infectiologue Gilbert Cornut. « Quand j’ai vu ça, je leur ai dit : “ Êtes-vous sérieux ? On va vacciner les agents de sécurité avant le personnel des soins intensifs ? ” » Les directives ont changé depuis, à la suite d’une décision ministérielle, précise un document du CIUSSS. Le DCornut a été vacciné vendredi.

Groupes prioritaires

Plusieurs médecins ont alerté leur CIUSSS au sujet de cette incongruité à la fin du mois de décembre. Ailleurs dans le monde, aux États-Unis, en Europe et même dans le reste du Canada, les normes stipulent que les travailleurs des zones chaudes doivent être vaccinés en priorité. L’Organisation mondiale de la santé recommande dans un rapport publié en septembre dernier de les placer en toute première place dans les priorités, devant les gens âgés à haut risque.

« Les gens en première ligne ont dû se battre pour avoir le vaccin, explique un médecin montréalais, qui a requis l’anonymat parce qu’il craint les représailles de ses supérieurs. Il y a eu une erreur de décision au départ. On a perdu un mois de protection à cause de ça. Et ça peut se traduire par de nouvelles éclosions. » Ce médecin, qui travaille en zone chaude, avait clairement signifié à son établissement son désir d’être vacciné rapidement. On lui a répondu qu’il ne faisait pas partie du premier groupe prioritaire.

Directeur de la campagne de vaccination contre la COVID-19, Daniel Paré souligne que la vaccination des résidants de CHSLD est prioritaire, mais il n’exclut pas que des travailleurs de la santé déployés en zone chaude soient eux aussi vaccinés. Il prévoit que les 40 000 résidants de CHSLD seront vaccinés d’ici la fin du mois de janvier et que l’ensemble des travailleurs de la santé le seront d’ici le début du mois de mars environ (voir entrevue à l’onglet 3).

Pour Québec, prioriser les patients en CHSLD est essentiel. Au point qu’un mot d’ordre a été envoyé vendredi aux établissements de santé, leur rappelant qu’il est interdit de déroger aux lignes directrices du CIQ, sous peine d’en subir les conséquences.

Robert Maranda, porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux, souligne néanmoins que « depuis le début de la vaccination, les intervenants de la santé qui travaillent près des groupes à risque (CHSLD, urgences) font partie des gens priorisés pour la vaccination ».

Des documents et des témoignages obtenus par La Presse émanant de plusieurs CIUSSS montrent un autre portrait. Le DVincent Bouchard affirme qu’à peu près personne, aux soins intensifs de l’hôpital Notre-Dame, n’a encore reçu son vaccin, faute d’obtenir un rendez-vous ou de pouvoir s’y rendre. Lui-même a sauté son rendez-vous pour son vaccin, jeudi, parce qu’il était pris depuis 36 heures à l’hôpital dans l’unité COVID-19. « Je n’ai pas eu mon vaccin parce que je suis occupé à prendre soin des patients COVID […] C’est la maison des fous. » Il a finalement été vacciné vendredi.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Le Dr Vincent Bouchard, interniste à l’hôpital Notre-Dame

Recevoir ce vaccin, c’est un exploit. Il faut avoir une journée libre, se déplacer dans un CHSLD […]. Ce système est trop lent et il ne cible pas les bonnes personnes.

Le DVincent Bouchard, interniste à l’hôpital Notre-Dame

En Estrie, par exemple, le personnel d’hôpital qui travaille en contact étroit avec des cas de COVID-19 a été priorisé cette semaine. « Les membres du personnel qui travaillent dans les secteurs étroitement liés à la COVID sont maintenant ajoutés aux groupes priorisés », a indiqué Nancy Desautels, directrice adjointe aux mesures d’urgence, sécurité civile et enjeux organisationnels du CIUSSS de l’Estrie, en conférence de presse jeudi.

Vaccinateurs non vaccinés

Certains médecins déplorent aussi que les vaccinateurs contre la COVID-19 ne soient pas vaccinés en priorité. « C’est une des premières questions qu’on devrait se poser. C’est le b.a.-ba de la vaccination, des trucs de base », indique un autre médecin qui a déjà organisé des campagnes de vaccination.

Anne (nom fictif), infirmière retraitée qui préfère garder l’anonymat par peur de représailles, a voulu donner un coup de main pour la campagne de vaccination contre la COVID-19. Elle a été embauchée par une agence et se rendra dès lundi dans deux CHSLD pour vacciner les résidants et les employés.

Dès son embauche, elle a demandé si elle serait elle-même vaccinée avant d’aller sur le terrain. Réponse : non. « On m’a dit que s’il restait des doses en fin de journée, les vaccinatrices pourraient les recevoir. Ce n’est pas logique », dit la femme de 60 ans, inquiète. Une autre vaccinatrice nous a indiqué ne pas avoir été vaccinée elle non plus. Elle commence à vacciner des patients la semaine prochaine.

M. Paré explique que les vaccinateurs sont priorisés au même titre que les travailleurs de la santé. Comme il doit s’écouler au moins deux semaines avant qu’une dose ne provoque une immunité, vacciner d’abord l’ensemble des vaccinateurs aurait entraîné des retards, précise-t-il. Quand certaines doses sont toujours inutilisées en fin de journée, elles sont administrées aux vaccinateurs, ajoute M. Paré. Ce dernier rappelle qu’en tout temps, vacciné ou non, un vaccinateur doit porter l’équipement de protection.

Départ trop lent

Plusieurs experts consultés par La Presse se questionnent également sur la lenteur de la campagne de vaccination qui a débuté le 14 décembre dernier. Jusqu’au 31 décembre, Québec avait décidé de conserver la moitié des 88 000 doses du vaccin de Pfizer pour l’administrer à trois ou quatre semaines d’intervalle, selon les recommandations du fabricant. La Santé publique a finalement décidé, le 31 décembre, d’administrer toutes les doses disponibles au plus grand nombre de personnes possible. Saluée par les experts, cette décision a été contestée par Ottawa, vendredi (voir texte à l’onglet 4).

Plus tôt cette semaine, Justin Trudeau a aussi critiqué la lenteur de l’opération dans les provinces, s’attirant l’ire de François Legault, qui lui reproche de ne pas approvisionner les provinces assez rapidement. La cadence de vaccination a cependant augmenté au cours des derniers jours : seulement 800 personnes avaient été vaccinées le 2 janvier ; près de 14 000 l’ont été jeudi, cinq jours plus tard. En date du 8 janvier, le Québec avait reçu 115 375 doses des deux vaccins et 62 602 personnes avaient été vaccinées. Il y a actuellement 23 sites de vaccination à travers la province.

Pour le DKarl Weiss, microbiologiste-infectiologue à l’Hôpital général juif, ce départ est incontestablement trop lent.

« Les chiffres parlent. Si on se compare au reste de la planète, on était l’un des premiers pays à approuver le vaccin. Mais avec le temps, on s’aperçoit que le Canada se fait rattraper et se fait dépasser », dit-il, citant notamment l’exemple d’Israël, qui arrive à vacciner environ 150 000 personnes par jour, soit 6000 individus par heure.

La Dre Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au CHUM, n’arrive pas à comprendre, elle non plus, l’écart entre le nombre de doses reçues jusqu’à maintenant par le Québec et celui des doses administrées. « Il y a un écart de 30 000 doses qu’on ne s’explique pas […] On s’attendait à ce que l’on puisse accélérer beaucoup plus que ça », a-t-elle dit, jeudi.

Benoît Mâsse, professeur de médecine sociale et préventive à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, est également d’avis que la campagne de vaccination démarre trop lentement, au moment où le Québec voit les cas de COVID-19 se multiplier. « Pour le nombre de cas, même le pire scénario qu’on avait projeté pour le temps des Fêtes a été dépassé », dit-il.

« Si on veut vacciner 1,3 million de personnes d’ici la fin de mars, il faut en injecter 17 000 ou 18 000 par jour, sept jours par semaine. C’est mathématique. »

M. Paré, quant à lui, note que depuis quelques jours, la « cadence s’accélère ». Il explique que plusieurs contraintes pèsent sur la distribution des premières doses de vaccins contre la COVID-19 (voir entrevue à l’onglet 3), dont la fragilité du vaccin de Pfizer. L’arrivée du vaccin de Moderna, qui n’a pas besoin d’être conservé dans des « supercongélateurs », facilitera la logistique.

Vent d’optimisme

Le DFrançois Marquis, chef des services des soins intensifs de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, est persuadé que la campagne de vaccination va bientôt s’accélérer. Il explique que contrairement à la vaccination annuelle contre l’influenza, celle contre la COVID-19 est complexe à orchestrer. « On a un vaccin chatouilleux. Il faut faire attention. On ne veut pas perdre des doses parce qu’on les a décongelées trop vite », dit celui qui a reçu son vaccin jeudi.

Gaston De Serres, chercheur à l’INSPQ et membre du Comité sur l’immunisation du Québec, admet que la volte-face concernant la deuxième dose du vaccin a quelque peu ralenti la vaccination. Il remarque toutefois que le nombre de personnes vaccinées quotidiennement est en hausse ces derniers jours.

« L’ensemble du système est en rodage. La première journée de vaccination, ça allait pas mal moins vite qu’une semaine plus tard. On multiplie le nombre de sites. Mais c’est plus compliqué que pour le H1N1, où on conviait les gens dans d’immenses cliniques. »

Aujourd’hui, on veut minimiser les queues, l’attente, les rapprochements. Il ne faut pas que les lieux de vaccination deviennent des lieux de contamination.

Gaston De Serres, chercheur à l’INSPQ et membre du Comité sur l’immunisation du Québec

En conférence de presse jeudi, le directeur de santé publique de l’Estrie, le DAlain Poirier, s’est aussi montré rassurant. « Si on pouvait tous partir avec notre petite sacoche et aller partout, ça irait vite, vacciner. On pourrait en donner partout, dit-il. Mais ce n’est pas comme ça que ça marche. [Avec le vaccin de] Pfizer, c’est pas mal plus compliqué. »

Le DPoirier, qui était directeur national de santé publique du Québec pendant la crise de la grippe H1N1, affirme néanmoins que le Québec est en mesure de relever ce défi. Il rappelle que 400 000 doses de vaccin par semaine ont été administrées pendant la crise de la H1N1.

Québec n’est pas à la recherche de vaccinateurs

On ne court pas après les vaccinateurs dans les établissements : des infirmières à la retraite, qui ont offert leurs services sur le site Je contribue !, se sont fait dire que leur aide n’était pas nécessaire pour le moment ou qu’elles devaient se rendre disponibles à temps plein. Cette réponse a surpris Karine Mercier, qui voulait prêter main-forte à la vaccination.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Karine Mercier

« Je me suis butée à une espèce de bureaucratie. Je ne rentrais dans aucune de leurs cases… C’est frustrant de se faire répondre qu’il n’y a pas de besoins. Et c’est frustrant de voir qu’on ne peut pas aider ceux à bout de souffle », raconte celle qui a quitté un poste d’infirmière en 2017 pour travailler dans un centre de recherches à temps plein. Une autre infirmière montréalaise a raconté que sa candidature avait été refusée parce qu’elle n’était pas suffisamment disponible.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux a indiqué que pour le moment, il n’est pas à la recherche de vaccinateurs en raison du petit nombre de doses disponibles. « Actuellement, nous avons le personnel nécessaire pour administrer les doses reçues », a dit Marie-Claude Lacasse, porte-parole du Ministère, rappelant qu’un arrêté ministériel avait été signé le 4 décembre dernier afin de permettre à plusieurs travailleurs de la santé – comme des dentistes, des vétérinaires, des podiatres, des acupuncteurs, des audiologistes – d’injecter le vaccin. Ceux-ci n’ont pas encore été mobilisés.

Nombre de personnes vaccinées chaque jour au Québec

2 janvier : 798
3 janvier : 1711
4 janvier : 2529
5 janvier : 6221
6 janvier : 9960
7 janvier : 13 791

Source : ministère de la Santé et des Services sociaux

Entrevue avec Daniel Paré : des négociations pour pouvoir déplacer les vaccins de Pfizer

PHOTO ERICK LABBÉ, ARCHIVES LE SOLEIL

Daniel Paré, directeur de la campagne de vaccination contre la COVID-19 au ministère de la Santé

Afin d’accélérer et de faciliter l’administration du vaccin de Pfizer-BioNTech, notamment chez les travailleurs de la santé, Québec est en constants pourparlers avec le fabricant pour obtenir l’autorisation de déplacer les doses une fois qu’elles ont été reçues.

« On travaille avec le fournisseur pour avoir une capacité de déplacer le vaccin. Il y a des tests qui se font au niveau de la stabilité du produit. On n’abdique pas pour avoir plus d’agilité avec les vaccins que nous avons », affirme Daniel Paré, directeur de la campagne de vaccination contre la COVID-19 au ministère de la Santé, en entrevue avec La Presse.

Au cours de la dernière semaine, on a reproché au Québec de n’avoir administré qu’une partie des milliers de doses de vaccin reçues jusqu’à maintenant. Vendredi, la province avait reçu 115 375 doses de vaccins contre la COVID-19, dont près de 60 000 dans la dernière semaine. En tout, 62 602 doses avaient été administrées.

M. Paré souligne qu’il est important de bien faire comprendre la complexité de la logistique de la campagne de vaccination à la population. Il explique que la « cadence s’accélère ». Alors que 2529 personnes avaient été vaccinées lundi, 13 971 l’ont été dans la seule journée de jeudi. M. Paré explique que plusieurs facteurs rendent le début de cette campagne de vaccination complexe. Notamment les vaccins eux-mêmes.

Le vaccin de Pfizer-BioNtech, qui doit être conservé à -70 °C, ne peut être déplacé. Une fois les doses reçues à l’aéroport, elles doivent se rendre dans un seul et unique lieu et ne plus en sortir.

Parce que Québec a choisi de prioriser les résidants de CHSLD pour la vaccination, les premiers lieux de vaccination autorisés se trouvent pour la plupart dans ces établissements. La vaccination de cette clientèle fragile se fait plus lentement que pour d’autres, souligne M. Paré.

L’arrivée des vaccins de Moderna, moins fragiles et plus mobiles, permet plus de flexibilité. En conséquence, le nombre de lieux de vaccination pourra augmenter, note M. Paré.

Chaîne logistique complexe

M. Paré le répète sur toutes les tribunes depuis quelques jours : vacciner une population suppose une chaîne logistique complexe.

Ce n’est pas parce qu’un vaccin arrive un lundi qu’il est dans le bras de tous les Québécois le mardi. Ça prend quelque temps tampon entre les livraisons, la prise de rendez-vous et la vaccination…

Daniel Paré, directeur de la campagne de vaccination contre la COVID-19 au ministère de la Santé

M. Paré rappelle qu’on n’en est qu’aux balbutiements de la campagne de vaccination. Au printemps, entre 300 000 et 400 000 doses de vaccins par semaine seront administrées. Pour ce faire, de grands centres de vaccination massive seront mis sur pied.

Alors que la COVID-19 circule de façon communautaire, pourra-t-on vacciner massivement dans de grands centres sans craindre de contaminer de nombreuses personnes ?

M. Paré dit avoir analysé étroitement ce qui s’est déroulé à l’automne avec la vaccination contre l’influenza. « On avait la COVID-19 qui circulait de façon communautaire. Et de l’expérience qu’on a vue, on va être capables de vacciner, en respectant la distanciation et tout », dit-il.

Ces contraintes obligeront Québec à louer un grand nombre de lieux de vaccination massive. Les locations ont déjà débuté. À Montréal, le Palais des congrès a été réquisitionné.

Via Clic santé

Quand on sera rendu à vacciner les grandes catégories de populations, comment devra-t-on procéder pour prendre rendez-vous ? M. Paré explique qu’il envisage d’utiliser les services du site Clic Santé, le même qui est déjà utilisé par les Québécois pour prendre rendez-vous pour un vaccin contre l’influenza, entre autres. Le nombre de personnes qui utiliseront les lieux de vaccination sera important. « On a fait des tests pour voir la robustesse du système, et jusqu’ici, ça se passe très bien, constate M. Paré. L’outil va même nous permettre de prendre rendez-vous pour les deuxièmes doses. »

Parmi les autres grands défis que devra relever M. Paré : l’embauche massive de vaccinateurs. M. Paré relève qu’il est « trop tôt pour savoir combien de personnes devront être embauchées pour procéder à la campagne de vaccination massive » du printemps. Des projections sont en train d’être faites. M. Paré pense toutefois que trouver du personnel ne sera pas trop compliqué. « On pense que les gens vont lever la main », dit-il. Les embauches seront menées par les établissements de santé. Beaucoup utiliseront la plateforme Je contribue !. En janvier, M. Paré fera une tournée des établissements de santé pour s’assurer que « la main-d’œuvre est contactée, que la paperasse est remplie et que la formation en ligne est offerte ».

Au fil des prochaines semaines, d’autres types de vaccins pourraient être homologués. M. Paré dit suivre la situation avec attention. Car chaque vaccin a ses particularités propres. Et sur le terrain, on veut « limiter les risques de confusion » dans la manipulation.

En attendant, les négociations se poursuivent afin d’obtenir l’autorisation de déplacer les vaccins de Pfizer. M. Paré espère « passer cet obstacle » bientôt et « avoir plus de sites de vaccination, surtout pour nos travailleurs de la santé. Pour être le plus près d’eux ».

Objectifs de la campagne de vaccination

• Vacciner tous les résidants de CHSLD d’ici la fin du mois de janvier

• Vacciner tous les travailleurs de la santé d’ici le début du mois de mars

• 1,3 million de personnes vaccinées d’ici fin mars

• 6 millions de personnes vaccinées d’ici la fin septembre

• Nombre de personnes vaccinées à ce jour : 62 602, soit 13 029 résidants de CHSLD, 825 proches aidants, 47 184 travailleurs de la santé et 1524 personnes appartenant à une « catégorie autre » (majoritairement celles des populations isolées ou éloignées)

Bras de fer entre Québec et Ottawa

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Arrivée des premières doses du vaccin de Pfizer au Centre hospitalier gériatrique Maimonides de Côte-Saint-Luc, le 14 décembre dernier

Québec fait erreur en retardant la seconde dose des vaccins, dit Ottawa. Les experts québécois, eux, saluent cette décision.

Québec fait fausse route avec sa stratégie de reporter de plusieurs semaines la seconde dose des vaccins de Pfizer et Moderna, estime la ministre fédérale des Services publics et de l’Approvisionnement, Anita Anand. Selon la ministre, une telle stratégie pourrait d’ailleurs miner les efforts du gouvernement canadien, qui vise à obtenir plus de doses de ces vaccins rapidement.

« Il est très important de se rappeler que les recommandations des manufacturiers, basées sur des études cliniques et, je le suppose, sur les discussions qu’ils ont eues avec Santé Canada, est que la deuxième dose doit être administrée tel que prescrit et ne devrait pas être repoussée de façon inutile », a fait valoir la ministre en conférence de presse.

Le délai dans l’injection de la deuxième dose est un enjeu qui a été évoqué lors des conversations qu’elles a eues avec les représentants des deux compagnies pharmaceutiques, dit la ministre.

« Du point de vue de l’approvisionnement, il est important de constater qu’à mesure que nous demandons des doses livrées de façon accélérée, nous devons être capables de démontrer aux compagnies que le Canada suit les instructions selon lesquelles une seconde dose doit être administrée dans les délais prescrits », a-t-elle souligné.

Pour sa part la conseillère médicale principale de Santé Canada, la Dre Supriya Sharma, a aussi affirmé qu’il importe de suivre les recommandations des fabricants des vaccins afin de s’assurer qu’ils soient pleinement efficaces. « Ce sont des vaccins à deux doses. Vous devriez obtenir une deuxième dose. La deuxième dose devrait être donnée en respectant le plus possible le calendrier approuvé », a-t-elle dit.

Québec change son fusil d'épaule

À la toute fin de 2020, le gouvernement du Québec a changé sa stratégie sur la seconde dose du vaccin Pfizer : plutôt que de la garder en réserve au congélateur, on allait utiliser toutes les doses pour vacciner le plus de gens possible, quitte à retarder l’administration de cette seconde injection au-delà des trois semaines recommandées par le fabricant.

La stratégie de Québec a fait l’unanimité chez les scientifiques québécois, puisque deux semaines après l’injection de la première dose, le vaccin est efficace à plus de 90 %. « On est dans une période critique. Vous voyez tout ce qu’on doit faire pour reprendre le contrôle de l’épidémie. Le gouvernement a pris la bonne décision », estime Benoit Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Plusieurs pays ont d’ailleurs pris une décision semblable, dont les États-Unis vendredi.

M. Mâsse va même plus loin et se demande si une seule dose ne serait pas suffisante pour protéger la population. Au fil des ans, on a réduit le nombre de doses inoculées dans le cas de plusieurs vaccins, dit-il.

« Le vaccin contre le virus du papillome humain a été approuvé sur trois doses. Au fil du temps, on a laissé tomber la troisième dose. Clairement, les manufacturiers sont contre, mais on a réalisé que la stratégie à deux doses était tout aussi efficace. »

Même scénario pour la rougeole. Le vaccin est toujours administré sur deux doses aux enfants du Québec, mais en réalité, une seule dose suffirait. Avec la seconde, on vient toucher l’infime minorité qui n’a pas développé de protection avec la première injection.

Et cette situation s’est aussi produite ailleurs dans le monde. « En 2014, en Guinée, on a manqué de vaccins contre l’Ebola. On avait des [résultats montrant] que la moitié de la dose du vaccin était aussi efficace que la première dose. On a pris la décision d’y aller avec la moitié de la dose. »

Le vaccin de Moderna contre la COVID, qui s’en vient, c’est la même chose : il fait 100 microgrammes, et on a des [preuves] que 50 microgrammes, ce serait suffisant. Est-ce qu’on pourrait ainsi doubler le nombre de vaccins ?

Benoit Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Le Québec devrait-il donc s’orienter vers une stratégie d’immunisation à une seule dose ? « Nulle part, il n’est prévu qu’on aille avec une seule dose. La deuxième dose est dans le portrait », répond Gaston De Serres, chercheur à l’Institut national de santé publique du Québec et membre du Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ) qui conseille le gouvernement sur la stratégie de vaccination. Cela dit, « on n’a pas décidé du moment où la deuxième dose va être donnée, dit-il. Il n’y a pas de date ou d’intervalle recommandé ».

Un suivi serré

Le CIQ va suivre très précisément le degré de protection des gens qui auront reçu le vaccin au cours des prochains mois à l’aide de groupes contrôles. Si le degré de protection du groupe vacciné semble diminuer, on recommandera d’aller de l’avant avec une seconde dose. « Il est possible que la protection diminue. Mais ça va être graduel et ça n’a pas grand chance de se produire dans les trois ou quatre prochains mois, parce que le système immunitaire est fait pour se souvenir », dit M. De Serres.

Mais dans le cas inverse, si la protection demeure élevée ? La seconde dose pourrait être retardée de nouveau, répond Gaston De Serres. « À la fin de mars, il est certain que la majorité de la population ne sera pas vaccinée. La question va être : où est-ce qu’on est rendus ? Les 60 à 69 ans constituent le quart des hospitalisations, et ils font partie du septième groupe prioritaire… ».

Le Canada prêt à verser une prime pour devancer la livraison des doses

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Anita Anand, ministre fédérale des Services publics et de l’Approvisionnement

Ottawa — Le gouvernement Trudeau a récemment fait savoir aux sociétés pharmaceutiques Pfizer et Moderna qu’il était tout à fait disposé à verser une prime pour devancer la livraison des doses de vaccin attendues au cours des prochains mois.

Le Canada se montre ainsi prêt, dans une certaine mesure, à emboîter le pas à Israël, qui a réussi à obtenir rapidement plus de doses en offrant de payer un prix plus élevé. Israël est d’ailleurs le pays qui a réussi à vacciner le plus grand nombre de ses citoyens jusqu’ici dans le monde.

En conférence de presse, vendredi, la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Anita Anand, a indiqué qu’elle s’entretient « tous les jours » avec les représentants de Pfizer et de Moderna afin d’obtenir plus rapidement les millions de doses que le Canada doit recevoir au cours des prochains mois.

« Les négociations se déroulent sur la base [suivante] : tout est sur la table et nous n’écartons aucune option », a affirmé Mme Anand.

Nous devons nous assurer de communiquer aux fabricants des vaccins que nous sommes prêts à faire tout ce qui est nécessaire pour mettre la main sur les vaccins, et cela le plus rapidement possible.

Anita Anand, ministre des Services publics et de l’Approvisionnement

D’ailleurs, si le Canada a pu recevoir quelque 424 000 doses du vaccin Pfizer-BioNTech en décembre, c’est en grande partie parce que le gouvernement fédéral avait accepté de payer « la juste valeur marchande » à ce moment-là, a-t-elle souligné.

Jusqu’ici, le gouvernement Trudeau a toutefois refusé de divulguer les coûts liés à l’achat des millions de doses de vaccin qui seront distribuées aux provinces. Selon le réseau CTV, le gouvernement aurait évalué à 1 milliard de dollars la facture liée à l’achat des doses nécessaires pour vacciner la population canadienne.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Le major général Dany Fortin, vice-président de la logistique et des opérations à l’Agence de la santé publique du Canada et chef de la distribution de vaccins

Le major général Dany Fortin, qui est le vice-président de la logistique et des opérations à l’Agence de la santé publique du Canada et chef de la distribution de vaccins, a pour sa part indiqué que l’on devait recevoir environ 4 millions de doses du vaccin Pfizer-BioNTech et 2 millions de doses du vaccin Moderna d’ici la fin mars pour un total de 6 millions de doses.

D’ici la fin janvier, on doit recevoir 1,3 million de doses des deux vaccins et ensuite 1,9 million de doses supplémentaires en février.

Selon le major général Fortin, les provinces pourront minutieusement planifier leur campagne de vaccination en connaissant avec exactitude le nombre de doses qu’elles recevront au cours des deux prochains mois.

Rappelons que les vaccins produits par Pfizer-BioNTech et Moderna doivent être administrés en deux doses à trois semaines d’intervalle.

Santé Canada est toujours en train d’évaluer le vaccin fabriqué par AstraZeneca et celui conçu par Johnson & Johnson.

« On travaille sans relâche », dit Trudeau

En matinée, le premier ministre Justin Trudeau a soutenu que le Canada fait tout ce qu’il peut pour obtenir « le plus de vaccins possible, le plus rapidement possible ».

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Alors que les préoccupations sur l’approvisionnement en vaccins sont toujours vives, M. Trudeau a semblé vouloir calmer le jeu en conférence de presse à Rideau Cottage, au lendemain d’une 24e rencontre téléphonique avec ses homologues des provinces et des territoires au cours de laquelle l’enjeu de la vaccination a dominé les échanges.

« On est en temps de crise, et les Canadiens veulent des résultats. Je les comprends et je leur promets qu’on travaille sans relâche. On continue de collaborer – tous les ordres de gouvernement ensemble – comme une grande équipe », a-t-il affirmé.

« Plus que jamais, c’est le temps de rassembler nos forces pour battre la COVID-19 une bonne fois pour toutes. […] Notre gouvernement travaille sur les vaccins sans relâche depuis des mois. Le processus de distribution est réglé au quart de tour », a fait valoir Justin Trudeau.

Le premier ministre a piqué au vif plusieurs de ses vis-à-vis provinciaux et territoriaux en se disant frustré que la campagne de vaccination ne se déroule pas plus rondement et qu’environ la moitié des doses du vaccin dorme dans des congélateurs.

Sa sortie lui a valu une rebuffade de François Legault, de Doug Ford et de Brian Pallister, entre autres.