Alors que le nombre des hospitalisations liées à la COVID-19 a continué d’augmenter au Québec vendredi, l’instauration du couvre-feu samedi suscite l’espoir d’une amélioration de la situation d’ici quelques semaines. Mais rien n’est joué, rappellent plusieurs experts, au moment où la campagne de vaccination s’accélère et que le nombre de cas semble se stabiliser.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Pierre-André Normandin Pierre-André Normandin
La Presse

« On est encore dans la dynamique post-Fêtes. Ça va prendre encore du temps pour voir l’effet réel du couvre-feu », explique Marie-Pascale Pomey, spécialiste des politiques publiques à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM).

Au-delà des mesures, l’experte rappelle que le nerf de la guerre demeure le dépistage, avec ou sans mesures. Conserver un rythme soutenu de tests pendant le couvre-feu sera ainsi essentiel pour calculer l’impact des nouvelles mesures de confinement.

Personne n’a de boule de cristal, mais on devrait voir quelque chose apparaître. On a tous intérêt à ce que ça aille dans le bon sens.

Marie-Pascale Pomey, de l’ESPUM, à propos du couvre-feu

Virologue de profession et enseignant à l’UQAM, Denis Archambault est sensiblement du même avis. « Toutes ces mesures sont un départ, un essai, mais on verra si ça fait le travail. Il faut que les cas diminuent d’ici le 25 ou le 26 janvier, sinon ça voudra dire que ce n’est pas suffisant », raisonne-t-il.

M. Archambault espère toutefois que le gouvernement Legault sera « conséquent » à l’approche du printemps, en annulant la semaine de relâche, « même si ça baisse en nombre de cas ». « Il me semble que le Québec n’a plus les moyens de jouer au yoyo », illustre-t-il, soulignant qu’il faudra user de beaucoup de prudence et de vigilance dans les prochains mois, et ce, dans toutes les régions.

Davantage de vaccins, mais…

Mise sur pied à la mi-décembre, la campagne de vaccination s’accélère peu à peu au Québec. Vendredi, la province a rapporté avoir administré 13 971 doses de vaccin, soit au total 62 602 depuis le début de la campagne. Cela signifie que 0,71 % de la population a été vaccinée jusqu’à présent.

« Au-delà des chiffres, il faut que la vaccination soit bien faite, avec des aiguilles intramusculaires d’abord », rappelle Marie-Pascale Pomey. Elle souligne que le plan de vaccination du Québec semble aller dans la bonne direction, notamment parce qu’il a la capacité de « déployer les doses aux bons endroits ». « Ça demandera beaucoup d’énergie. Il faut quand même se rendre jusqu’à 70 % de la population », dit-elle.

Denis Archambault, lui, estime que la vaccination est encore, en quelque sorte, en période de rodage, comme ç’avait été le cas au départ pour le dépistage. « La vitesse de croisière est là, mais il s’agit d’avoir le nombre de doses approprié. On ne peut pas aller plus vite que nos capacités », remarque-t-il.

Pendant ce temps, la décision de Québec d’utiliser tous les vaccins reçus sans mettre en réserve la deuxième dose continue de faire couler beaucoup d’encre. L’objectif du gouvernement Legault est ainsi de vacciner « le plus grand nombre de personnes possible ». Ainsi, la deuxième dose ira plutôt à la mi-mars pour les deux premiers groupes prioritaires, soit trois mois plus tard pour certains usagers.

Le bilan en chiffres

Pendant ce temps, le Québec a rapporté vendredi une hausse du nombre de personnes hospitalisées, 23, soit 1403 en tout. Du nombre, 207 sont aux soins intensifs, soit 5 de plus que la veille. La tendance est ainsi nettement à la hausse depuis la mi-décembre.

De plus, les autorités ont recensé 2588 nouveaux cas de COVID-19. Depuis peu, la moyenne calculée sur une semaine s’est ainsi stabilisée autour de 2500 cas par jour. Ce bilan demeure toutefois précaire alors que le Québec a recensé de fortes hausses du nombre de cas dans les jours ayant suivi Noël et le jour de l’An.

Notons qu’avec 44 décès supplémentaires vendredi, la moyenne calculée sur une semaine a continué à augmenter, s’établissant à 49 par jour. Ainsi, la courbe des décès poursuit elle aussi sa tendance à la hausse. Sur ces 44 décès, c’est de nouveau à Montréal que l’on en recense le plus, soit 11. Ailleurs, on déplore 7 morts dans la Capitale-Nationale, 6 en Estrie, 5 à Laval et en Mauricie et Centre-du-Québec, 4 en Montérégie, 3 dans Lanaudière, 2 dans les Laurentides et 1 dans Chaudière-Appalaches.

Après une forte baisse observée durant le temps des Fêtes, le nombre de tests de dépistage de la COVID-19 continue à augmenter. La province a effectué 43 784 tests de dépistage mercredi. Avec 297 cas par million d’habitants par jour, le Québec affiche actuellement le plus haut taux de propagation au Canada. La moyenne canadienne est actuellement de 206 cas par million. Mais tout comme le Québec, la majorité des provinces ont observé une hausse du nombre de cas à la suite de la période des Fêtes.

La COVID-19 en graphiques

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