Les réactions sont contrastées face aux nouvelles mesures du gouvernement Legault. Si certains y voient « le dernier effort qu’on a à faire » ou même parlent d’une « excellente nouvelle », d’autres s’inquiètent du sort qui sera réservé aux « plus vulnérables de notre société ».

Antoine Trussart Antoine Trussart
La Presse

Santé publique

« C’est le dernier effort qu’on a à faire, se réjouit Benoît Mâsse, chef de l’Unité de recherche clinique appliquée au CHU Sainte-Justine et professeur de santé publique à l’Université de Montréal. Le virus continuera certes à circuler, mais dans quelques mois, on aura vacciné les personnes les plus vulnérables. »

Tous ne sont pas aussi optimistes dans le milieu de la santé publique. « Ils auraient pu aller plus loin, déplore Nathalie Grandvaux, directrice adjointe scientifique du Centre de recherche du CHUM. Il n’y a pas tant de nouvelles mesures annoncées, mis à part le couvre-feu. »

Elle estime que les restrictions au secteur manufacturier pourraient être plus claires et qu’il demeure un flou quant à la définition exacte de ce qu’est une production essentielle. « Ça avait fonctionné au printemps dernier », fermer le secteur manufacturier pour réduire la transmission communautaire, constate-t-elle.

Constat similaire chez Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. « Le grand oublié des nouvelles mesures, c’est tout le processus de dépistage, traçage et isolement, qui est une mesure fondamentale pour circonscrire les éclosions » et qui aurait dû être renforcé, explique-t-elle.

Éducation

Si le milieu de l’éducation salue unanimement les mesures annoncées, particulièrement le retour en classe rapide des élèves, des syndicats se questionnent quant à la protection de leurs membres dans des classes mal ventilées.

« C’est une excellente nouvelle, affirme Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE). On était prêts à ajouter certaines mesures sanitaires pour s’assurer du retour des élèves le plus tôt possible, pour que les élèves soient à l’école pour leur réussite. »

« C’est la meilleure des décisions vu le contexte dans lequel on est », a réagi Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement

Il faut briser la deuxième vague et il faut veiller à ce que les mesures sanitaires dans les écoles ne se traduisent pas par un relâchement des autres mesures sanitaires.

Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement

La conférence de presse de Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation, prévue vendredi, devrait permettre de faire le point sur les conditions du retour en classe. « On veut entendre parler de qualité de l’air, et de la pression qu’il faut enlever sur le dos des élèves. On vit une année exceptionnelle, ça prendra des évaluations exceptionnelles », martèle Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ).

Professionnels de la santé

Dans le milieu de la santé, les mesures sont accueillies favorablement, vu la gravité de la situation sur le terrain.

« Il fallait faire quelque chose, le réseau de la santé est près de la rupture, constate Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ). Le gouvernement a réussi à trouver un équilibre pour réduire la transmission communautaire tout en protégeant la santé mentale de nos jeunes en gardant les écoles ouvertes. »

Les syndicats qui représentent les infirmières, préposés aux bénéficiaires et autres professionnels du milieu de la santé demandent quant à eux une meilleure protection pour leurs membres.

« Afin que les nouvelles consignes puissent donner des résultats, il faut à tout prix renforcer les mesures de protection dans les milieux de travail — un aspect qui n’obtient pas toute l’attention nécessaire du gouvernement, malheureusement », déplore Jacques Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), espère quant à elle que la « vaccination fera son œuvre ». Elle exige par ailleurs un meilleur accès aux masques N95 pour ses membres.

Itinérance

En revanche, l’inquiétude est grande dans le milieu de l’itinérance, estimant difficile l’application d’un couvre-feu pour sa clientèle. François Legault a annoncé en conférence de presse qu’il y « avait assez de places à l’intérieur » pour accueillir tous les sans-abri.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Valérie Plante, mairesse de Montréal

On devra par-dessus tout faire preuve d’une très grande tolérance avec les personnes [itinérantes] qui sont parmi les plus vulnérables de notre société.

Valérie Plante, mairesse de Montréal, dans une publication Facebook

« C’est une aberration, clame Annie Savage, directrice du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM). Il n’y avait pas de place avant la crise sanitaire, il n’y en a pas plus maintenant. »

Mme Savage craint que les refuges ne deviennent des lieux d’éclosion et déplore le manque d’endroits pouvant accueillir les sans-abri en attente d’un résultat ou atteints de la COVID-19.

Beaucoup de travailleurs communautaires « ne sont pas formés, pas outillés pour opérer en zone rouge et assumer le rôle du système de santé », explique-t-elle.

La Ligue des droits et libertés a également exprimé ses inquiétudes quant au sort réservé aux sans-abri. « Nous craignons que cette communauté déjà grandement vulnérable au virus, entre autres choses, le soit encore davantage avec l’instauration de cette mesure. Et quand on sait que les refuges qui ont été mis sur pied sont aussi touchés par le virus, on peut comprendre que ces personnes ne veulent pas aller s’y réfugier », affirme sa présidente Alexandra Pierre.

– Avec la collaboration de Marie-Ève Morasse et de Louise Leduc, La Presse