Les groupes d’aide aux sans-abri sonnent l’alarme au sujet d’importantes éclosions de COVID-19 dans la population itinérante, notamment dans la communauté autochtone.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

Environ 80 % des sans-abri autochtones ayant subi un dépistage ont eu un diagnostic positif au coronavirus. Mais toute la communauté itinérante est touchée.

« Les cas ont commencé à augmenter au cours de la première semaine de décembre, et pendant la période des Fêtes, il y a eu une hausse dramatique », explique James Hughes, président et chef de la direction de la Mission Old Brewery. « On a actuellement une centaine de clients positifs. »

Pour permettre aux sans-abri atteints de s’isoler, de nouveaux lits ont été ajoutés et du personnel supplémentaire a été embauché à l’ancien hôpital Royal Victoria, transformé en refuge administré par la Mission Old Brewery.

« Nous sommes en train de réaménager l’hôpital Royal Victoria pour pouvoir accueillir 50 personnes de plus en zone rouge », dit M. Hughes.

Au total, 87 places sont disponibles, dont 61 en zone rouge pour les personnes dont le test de dépistage s’est avéré positif, y compris 30 places pour les individus souffrant d’une dépendance à l’alcool.

Douze places sont disponibles en zone orange pour les personnes en attente de résultats et 14 places en zone jaune pour celles qui doivent être isolées à la suite d’un contact étroit.

Des équipes d’intervenants ont été embauchées spécifiquement pour soutenir la clientèle autochtone.

L’éclosion de COVID-19 dans cette communauté inquiète particulièrement Heather Johnston, directrice générale de l’organisme Projets autochtones du Québec.

D’abord, dit-elle, parce que plusieurs sans-abri ont souvent une santé précaire et des problèmes de dépendance ou de santé mentale, qui les rendent plus vulnérables à la maladie.

« Ensuite, une fois que c’est entré dans la communauté, c’est très difficile d’arrêter l’éclosion, ajoute-t-elle. Ce sont des personnes qui se déplacent beaucoup, qui utilisent plusieurs ressources, des haltes-chaleur, elles sont souvent en groupe et ne peuvent pas facilement s’isoler. Plusieurs se partagent de l’alcool, des cigarettes ou de la nourriture. »

Pour que les membres de cette communauté acceptent de s’isoler au refuge de l’hôpital Royal Victoria, il fallait absolument leur offrir « un espace sécurisé du point de vue culturel », souligne Mme Johnston.

« On a tous suivi ce qui est arrivé à Joyce Echaquan en septembre dernier à Joliette, dit-elle. Il n’y a pas un seul membre de cette communauté qui n’a pas fait face à ce type de racisme dans le système de santé. Alors, ils sont très réticents à utiliser les services de santé. Pour qu’ils acceptent d’aller s’isoler, ils doivent trouver sur place des gens qui connaissent leur langue et leur réalité. »