Même s’ils ont considérablement réduit leurs déplacements pendant la période des Fêtes, les Québécois ne se sont pas autant confinés à Noël que lors de la première vague du printemps, suggèrent des données de mobilité de Google. Une situation « inquiétante » qui illustre la « timidité » des mesures imposées par le gouvernement, estime la chercheuse Roxane Borgès Da Silva.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

Depuis le début de la pandémie, Google publie chaque semaine des tendances basées sur des données de mobilité provenant de millions de téléphones mobiles sur lesquels l’option « historique de position » a été activée. Ces données anonymisées sont comparées à une valeur « normale » basée sur une médiane de déplacements effectués entre janvier et février 2020.

Les tableaux compilés par La Presse montrent que les Québécois ont commencé à passer plus de temps à la maison à partir du 17 décembre 2020, date d’entrée en vigueur de nouvelles mesures sanitaires plus strictes adoptées par le gouvernement Legault.

Dans la semaine qui a précédé Noël, les Québécois ont en fait passé entre 15 et 20 % plus de temps à la maison qu’en temps normal. « C’est très peu », estime la chercheuse Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. « J’aurais été plus rassurée si le temps passé à domicile avait augmenté de 30 %, ce qui représente huit heures de plus par jour passées à la maison. »

Cette augmentation du nombre d’heures passées à domicile est moins importante que celle qui avait été calculée par Google entre le 13 mars et le 20 avril derniers, au début de la pandémie.

« Ça suggère que sans confinement strict, les gens ne minimisent pas suffisamment les contacts. Les mesures partielles et timides du gouvernement, qui sont basées sur un appel à la bonne volonté, ne suffisent pas », analyse Mme Borgès Da Silva.

Mobilité stable depuis la mi-octobre

Somme toute, la fréquentation des lieux publics comme les commerces et les bureaux s’est stabilisée à partir de la mi-octobre, suggèrent les données de Google. La présence dans les lieux de travail, après avoir considérablement reculé en avril, a tranquillement repris en mai pour atteindre une réduction de fréquentation d’un peu moins de 30 % jusqu’aux vacances de Noël. Il en va de même pour la catégorie « commerces de détail et récréatifs », dont la fréquentation a reculé d’environ 25 % à partir de la mi-octobre et jusqu’à la veille de Noël.

« On voit très bien que ces courbes sont plates à partir de la mi-octobre, et pourtant, pendant la même période, on constate une augmentation importante des infections », note la démographe Simona Bignami. « Il faut donc chercher ailleurs que dans les lieux de travail et dans les commerces pour trouver une explication à cette hausse des infections », estime-t-elle.

La démographe est de ceux qui croient que les écoles sont un vecteur important de transmission. Les données de Google ne permettent toutefois pas d’évaluer la variation de fréquentation des établissements scolaires.

Selon le professeur de l’École de santé publique Benoit Mâsse, les données de Google correspondent grosso modo à ce que révèle l’enquête CONNECT de l’Institut national de santé publique du Québec, qui évalue le nombre de contacts sociaux des Québécois. La plus récente version de cette étude suggère également que le nombre moyen de contacts quotidiens, après avoir chuté à environ trois par jour au printemps, a tranquillement remonté à plus de quatre contacts quotidiens en moyenne en novembre.

Chez les 0-17 ans, on comptait en novembre une moyenne de 6 contacts par jour, soit presque autant que les 7,5 contacts quotidiens qui étaient recensés avant l’apparition de la COVID-19.