(Québec) La pandémie de COVID-19 est désormais hors de contrôle au Québec et, confronté à une augmentation inquiétante des hospitalisations, le premier ministre François Legault annoncera mercredi l’imposition d’un nouveau confinement total, à compter de samedi, pour une durée de trois à quatre semaines, a appris La Presse. La direction de la Santé publique préconise aussi la mise en place d’un couvre-feu dont les modalités doivent être discutées avec la Sécurité publique ce mardi. Une question sensible que tranchera aussi M. Legault mercredi.

Denis Lessard Denis Lessard
La Presse

Signe de l’importance de l’annonce, M. Legault aura rencontré plus tôt les chefs des partis de l’opposition à l’Assemblée nationale. Ces annonces devaient tomber mardi à l’origine, mais ont été repoussées à cause de la complexité de leur application. On veut circonscrire ce mardi les groupes visés et établir la liste des exceptions d’une façon plus ordonnée qu’au printemps dernier.

Comme au printemps, on prévoit que ce confinement « total » inclura les écoles, les bureaux, la construction et le secteur manufacturier. Seuls les commerces de première nécessité, épiceries et pharmacies, pourront rester ouverts. Le Québec avait déjà été ainsi mis sur pause en mars dernier, et beaucoup d’activités avaient été, avant les Fêtes, mises en suspens jusqu’au 11 janvier.

Ce nouveau confinement s’appliquera rapidement, dès samedi, indiquent des sources informées des discussions entre la Santé et le cabinet Legault. Les écoles primaires et secondaires seraient fermées, mais on ne désespère pas de faire rentrer les élèves du primaire avant les trois ou quatre semaines envisagées.

Selon les sources de La Presse, la direction de la Santé publique a aussi proposé qu’un couvre-feu soit imposé. Reste à préciser sa durée : on parle de 20 h ou de 21 h jusqu’au lendemain matin.

Il reste à voir ce que fera François Legault de cette proposition très lourde de conséquences. L’applicabilité de cette mesure demeure une question sans réponse ; la Sécurité publique sera consultée ce mardi pour poser des balises.

L’état-major du premier ministre parle ici de « scénario extrême », mais dans le passé, François Legault a eu le réflexe d’aller souvent même plus loin que ne le préconisaient les épidémiologistes de la Santé publique. Il a ainsi devancé la fermeture des écoles au printemps, et fermé complètement les restaurants que la Santé publique voulaient maintenir ouverts pour les convives d’une même famille.

Hors de contrôle

Déjà lundi, publiquement, des experts consultés par les médias préconisaient un retour rapide au confinement. Or, le verdict est maintenant sans appel au ministère de la Santé ; la pandémie est désormais hors de contrôle.

Des patients qui se présentent aux tests avec des symptômes grippaux, plus de 50 % s’avèrent frappés par la COVID-19. Un tel niveau de propagation rend bien aléatoire toute tentative de « traçage » des sources, explique-t-on.

La communication d’une telle déroute n’est pas évidente. On insistera sur le fait que le nouveau confinement permettra d’accélérer le programme de vaccination auprès du personnel de la santé, alors que l’absentéisme pour maladie est de plus en plus problématique dans le réseau. Encore là, des spécialistes ont critiqué la lenteur constatée dans la vaccination sur le territoire du Québec.

Les décisions récentes au Royaume-Uni et en France ont, semble-t-il, puissamment contribué à convaincre Québec de presser le pas. Lundi, le premier ministre britannique Boris Johnson imposait à son pays un nouveau confinement. En France, on devançait en fin de semaine de 20 h à 18 h le couvre-feu dans certains départements de l’Est durement frappés par la pandémie.

Soins intensifs

Une conférence téléphonique du ministère de la Santé avec l’ensemble des PDG d’établissements, en après-midi lundi, a de toute évidence augmenté la pression sur le réseau, et l’inquiétude devant l’éventualité d’avoir à « trier » les patients parce que les équipements pour les soigner sont insuffisants.

Le Ministère a demandé aux établissements d’augmenter à 150 % le nombre de leurs lits en soins intensifs. Un hôpital qui, par exemple, avait 20 de ces lits devrait trouver de la place pour 10 patients supplémentaires. Selon le Ministère, cette nouvelle balise ne posait pas problème.

Chez les directeurs d’établissement, toutefois, on indiquait qu’il faudrait en rediscuter ce mardi. Avec ces nouvelles demandes, l’habituel bras de fer entre les régions est apparu manifestement, d’autant plus que la Santé se gardait bien de trancher entre les établissements. Déjà, le délestage du printemps s’était fait dans l’acrimonie, des régions qui n’étaient guère frappées par la COVID-19 avaient tout de même dû reporter des cas électifs.