(Québec) La progression de l’épidémie de COVID-19 dans les derniers jours au Québec inquiète des experts, qui se demandent si les consignes du gouvernement contre les rassemblements des Fêtes ont été prises au sérieux.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Pierre-André Normandin Pierre-André Normandin
La Presse

Québec a rapporté lundi 32 morts et 2546 nouvelles infections. Ce lourd bilan s’ajoute à celui de dimanche, qui recensait 7663 cas sur trois jours. C’est dans ce contexte que le premier ministre François Legault doit s’entretenir mardi après-midi avec les chefs des partis de l’opposition. Une conférence de presse du premier ministre au sujet de la pandémie est prévue mercredi.

Des données compilées par La Presse montrent par ailleurs que les infections ont augmenté plus rapidement dans les dernières semaines chez les 20-39 ans que dans les autres tranches d’âge.

La plus forte hausse des cas se concentre chez les gens dans la vingtaine. Le nombre de cas a augmenté de 48 % en deux semaines. Les sexagénaires aussi ont connu une forte hausse des cas, soit 40 %, durant les Fêtes.

« Ce qui est inquiétant, c’est que chez les 20-39 ans, ça augmente en fou, si je peux dire », note en entrevue Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

« Ça viendrait confirmer l’hypothèse que les rassemblements familiaux ont bien eu lieu comme on le craignait », dit-elle. « Les 20-39 ans, pour moi, c’est un signe de partys de Noël. »

Mme Borgès Da Silva rappelle que la période d’incubation varie entre 2 et 14 jours, avec une moyenne de 10 jours. Il est donc concevable que les effets des Fêtes commencent déjà à se faire sentir dans les bilans quotidiens.

Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, abonde. « Pendant le temps des Fêtes, je ne suis pas sûr que le message de ne pas se rassembler a passé. »

On a eu pas mal plus de rassemblements qu’on le pense et ça explique probablement en partie ce qu’on voit aujourd’hui.

Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Cette explication se constate aussi sur le terrain. En Gaspésie, par exemple, les enquêtes épidémiologiques confirment que les règles durant les Fêtes n’ont pas été suivies à la lettre, indique en entrevue le directeur régional de santé publique.

« Depuis quelques jours, on a vu une augmentation de cas. Dans nos enquêtes, on voyait très bien que c’était très relié à des gens qui avaient mal interprété les consignes ou ne les avaient tout simplement pas respectées. Ils avaient accueilli beaucoup de gens chez eux », explique le DYv Bonnier-Viger.

« Il y a des familles qui n’ont pas compris qu’un rassemblement dans une maison, c’est pour les gens de la même adresse, pas de la même famille. Certains nous ont dit : ‘‘On a limité ça à seulement trois générations…” »

Rouvrir les écoles ?

Les données par tranches d’âge montrent par ailleurs que les infections ont beaucoup moins grimpé chez les 0-19 ans en décembre. Ce phénomène a concordé avec la fermeture des écoles le 17 décembre.

« Si on n’avait pas eu la réduction des contacts en milieu de travail et la fermeture des écoles, on serait peut-être à 4000 cas par jour aujourd’hui », avance Benoît Mâsse.

Selon lui, le gouvernement devra faire des « choix déchirants » dans les prochains jours. « Ça va être difficile. Je ne sais pas ce que le gouvernement va décider de faire. On a perdu notre marge de manœuvre. »

Le cabinet du ministre de l’Éducation a répété dans les derniers jours que le gouvernement avait toujours l’intention de rouvrir les écoles le 11 janvier. Mais des informations obtenues par La Presse tard lundi soir révèlent que Québec opterait plutôt pour un confinement total dès samedi, comme au printemps dernier. Reste à voir si les élèves du primaire rentreront avant les trois ou quatre semaines de confinement envisagées.

Le Québec comptait 1215 écoles avec des cas actifs rapportés lors de leur fermeture à la mi-décembre.

Le Dr Bonnier-Viger indique que les autorités auront bien des débats cette semaine sur « ce qui doit rouvrir ou pas, ou ce qui doit fermer ».

Entre-temps, il implore les Québécois de limiter leurs contacts au maximum.

Ce serait dommage que des gens meurent avant d’avoir eu la chance de se faire vacciner. Je pense que c’est ce qui devrait nous motiver collectivement.

Le DYv Bonnier-Viger, directeur de santé publique de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine

Un total de 30 473 Québécois ont reçu la première dose du vaccin, selon les derniers chiffres.

Fluctuation dans les hospitalisations

Le premier ministre François Legault a par ailleurs appelé lundi la population à « continuer [les] efforts jusqu’à la ligne d’arrivée », car « la situation reste critique dans [les] hôpitaux ».

Par ailleurs, les données permettent de constater de subites baisses du nombre de personnes hospitalisées le jour de Noël et pour la nouvelle année, suivies de fortes hausses. Ainsi, le 25 décembre, on comptait 926 personnes à l’hôpital, soit 125 de moins que deux jours plus tôt. Mais dès le lendemain, les hospitalisations bondissaient davantage encore.

Le même phénomène est survenu pour le jour de l’An. Le 1er janvier, on recensait 1075 personnes hospitalisées, soit 100 de moins que deux jours plus tôt. Or, dès le 2 janvier, on observait un bond de 150 hospitalisations.

À travers le Canada, c’est actuellement au Québec que l’on recense le plus de nouveaux cas de COVID-19 par habitant, soit 302 cas par million. En Ontario, on recense actuellement 213 cas par million d’habitants.

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