L’obligation pour tous les voyageurs de produire un test négatif de la COVID-19 de type PCR avant leur arrivée au Canada à partir du 7 janvier a suscité de nombreuses réactions négatives chez les experts consultés par La Presse, qui déplorent les mesures tardives et précipitées du gouvernement.

Alice Girard-Bossé Alice Girard-Bossé
La Presse

La fiabilité des tests

Mehran Ebrahimi, directeur de l’Observatoire de l’aéronautique et de l’aviation civile et professeur à l’École des sciences de la gestion à l’UQAM, doute que les villages et les petites villes près des tout-inclus dans le Sud aient la capacité de tester des milliers de personnes dans un court laps de temps. « En République dominicaine, où le système de santé est très rudimentaire, il va falloir déplacer des milliers de touristes à des centaines de kilomètres pour aller faire des tests dans les cliniques, et ça ne garantit pas qu’ils obtiendront les résultats dans les délais », soutient-il.

PHOTO FOURNIE PAR L’UQAM

Mehran Ebrahimi, directeur de l’Observatoire de l’aéronautique et de l’aviation civile et professeur à l’École des sciences de la gestion à l’UQAM

La fiabilité des tests dans plusieurs destinations soleil est également remise en doute. « À Cuba, le salaire d’un médecin, ce n’est même pas 200 $ par mois. C’est problématique de confier une responsabilité aussi importante à des personnes sur lesquels on n’a pas de contrôle », affirme M. Ebrahimi.

Manque de directives

Jusqu’à présent, le gouvernement n’a toujours pas fourni de directives formelles sur la manière dont les résultats des tests doivent être présentés par les passagers aux compagnies aériennes afin de garantir leur fiabilité, ce que déplore Mike McNaney, président et directeur général du Conseil national des lignes aériennes du Canada. Il ajoute qu’il n’y a pas eu de consultation avec l’industrie avant l’annonce du gouvernement il y a deux jours. « Nous attendons toujours un grand nombre de détails sur la manière dont le gouvernement s’attend à ce que les exigences de test soient mises en œuvre la semaine prochaine », dit-il.

Un faux sentiment de sécurité

Bien que cette nouvelle mesure ne remplace pas la quarantaine de 14 jours après le retour du voyage, M. Ebrahimi craint que le test obligatoire ne rende les gens moins prudents lors de leur isolement. « Le test en soi n’est pas une mauvaise chose, mais il peut donner un faux sentiment de sécurité, qui peut entraîner un comportement irresponsable, dit-il. Les personnes vont se comporter comme quelqu’un qui n’est pas contaminé et risquent de ne pas respecter la quarantaine. » Il rappelle que le mieux serait que les gens ne partent tout simplement pas en voyage.

Gare à l’improvisation

Mehran Ebrahimi et Mike McNaney déplorent également que ces mesures aient été mises en place trop tard et que leurs mises en œuvre aient été précipitées. « Au moment où la mise en place du test va être faite, beaucoup de gens seront partis et seront revenus. Le mal est fait, indique M. Ebrahimi. Ce n’est pas le 31 décembre qu’il faut mettre une mesure pour régler un problème de cette nature-là. L’improvisation n’est jamais une bonne stratégie. »

Un tout-inclus payé par le gouvernement

M. Ebrahimi est outré par les mesures d’aide financière offertes pour compenser les revenus perdus pendant la quarantaine obligatoire des voyageurs. « Si vous saviez que votre voyage allait affecter votre travail et que vous avez pris la décision d’y aller en toute connaissance de cause, je ne comprends pas pourquoi on vous offre de l’aide. On est en train de récompenser les délinquants », s’indigne-t-il. « On dit aux gens : “Ne partez pas”, mais on leur paye leur quarantaine. C’est l’incohérence à son apogée. Autrement dit, les gens peuvent dire : “Je pars en voyage et mon tout-inclus sera payé par le gouvernement.” »