Comment se passera le retour en classe dans les écoles primaires et secondaires l’automne prochain ? Voici quelques scénarios étudiés par les acteurs du milieu de l’enseignement.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Horaires rotatifs

Le directeur général de la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSPI) souhaite mettre en place des horaires rotatifs dans ses écoles primaires et secondaires en prévision de l’automne, si le Ministère l’autorise. La moitié des enfants seraient en classe le matin, et l’autre moitié l’après-midi. Ils pourraient travailler de manière plus autonome quand ils ne seraient pas à l’école. « Selon moi, l’option la plus facile, c’est d’avoir moins d’élèves dans la classe et moins d’élèves dans l’école, précise Antoine El-Khoury. Je préfère avoir tous les élèves moins de temps et leur donner du travail à faire que de ne pas les avoir du tout. » La solution des horaires rotatifs avait été retenue par l’école secondaire Père-Marquette à la suite d’un incendie, en décembre 2007. Les élèves sinistrés avaient poursuivi leur année scolaire dans les locaux de l’école Georges-Vanier. Les jeunes d’une école commençaient leur journée plus tôt afin de permettre à leurs camarades de suivre leurs cours plus tard dans la journée. « Ça permet de voir en personne les élèves au quotidien. Ça permet la socialisation, ça permet de faire des suivis, d’avoir une présence », ajoute la députée péquiste Véronique Hivon.

Un seul local

Les élèves du primaire qui ont repris les classes pourraient le dire aux grands du secondaire : on ne bouge pas beaucoup. Les déplacements sont réduits, et risquent de l’être pour tout le monde l’automne prochain. Même au secondaire, ce sont les enseignants qui changeraient de local plutôt que les élèves. « Ça semble assez certain, qu’on soit à mi-temps ou non, les élèves vont rester dans leur salle de classe. C’est plus facile sur le plan de la salubrité », dit la directrice générale du Collège de Montréal, Patricia Steben.

Du temps pour « recoller les morceaux »

Au-delà de l’aménagement physique des classes, il faut penser à l’aménagement des horaires, dit Kristel Tardif-Grenier, professeure agrégée au département de psychoéducation et de psychologie de l’Université du Québec en Outaouais. Une étude qu’elle a dirigée récemment a montré que le tiers des adolescents étaient en détresse en raison du confinement. « On va devoir recoller des morceaux », dit la chercheuse. Les enseignants seront « sous pression » sur le plan didactique, mais les élèves qui reviendront à l’école après des mois d’absence ne seront peut-être pas prêts à y faire face. « Il faudra que les enseignants prévoient des périodes pour que les jeunes reconnectent entre eux et avec leurs enseignants », explique Kristel Tardif-Grenier. Les liens se créent « dans l’informel » ; ainsi, il faudra penser à des activités spéciales, des sorties ou de simples marches autour de l’école, pour aller au-delà des apprentissages formels.

Modèle hybride

Est-ce que tous les élèves doivent revenir en classe en septembre ? Est-ce que les écoles pourraient donner certains cours en ligne et d’autres en présence des élèves en classe ? Et le cas échéant, dans quel pourcentage : 60 % en présentiel, 40 % en virtuel ? Toutes ces questions sont encore à l’étude. Le ministre Jean-François Roberge a laissé jusqu’à mardi aux acteurs du réseau pour lui faire part de leurs commentaires. Mais, chose certaine, « il faut absolument que les écoles aient leur mot à dire dans leur organisation », insiste Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire. Des écoles, par exemple, pourraient réunir quelques jeunes ayant des difficultés d’apprentissage pour expliquer des notions pendant que d’autres font leurs travaux à la maison. « Nous, ce qu’on demande au ministre, c’est de donner un maximum de flexibilité si on va vers du demi-temps ou des journées alternées, pour que ce ne soit pas une seule mesure pour l’ensemble des services scolaires », ajoute Véronique Hivon.

Ce qu'ils ont dit sur un retour en classe en septembre

C’est vraiment une bonne nouvelle pour les élèves. Ce qui m’inquiétait, c’était l’enseignement à distance complet. L’un des premiers facteurs de réussite à l’école, c’est le lien privilégié entre l’enseignant et l’élève. C’est sûr qu’un lien, ça se crée avec un contact humain. Commencer l’école sans ce contact, ça créait beaucoup d’anxiété pour tout le monde. On pense surtout aux élèves en transition entre le primaire et le secondaire, et entre le secondaire et le cégep.

Dominic Besner, directeur de l’école secondaire Calixa-Lavallée, qui compte 1800 élèves

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Véronique Hivon

C’est un grand soulagement de voir que le scénario d’une continuation de l’enseignement à distance pour le secondaire est maintenant écarté. Tout le monde espère, dans le meilleur des mondes, que tous les élèves puissent fréquenter l’école à temps plein, si la Santé publique l’autorise. Mais si ce n’est pas le cas, ce qui nous inquiétait énormément, c’était que les élèves du secondaire soient sacrifiés.

Véronique Hivon, porte-parole du Parti québécois en matière d’éducation

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Marwah Rizqy

On aimerait bien entendre des experts, notamment des pédiatres et d’autres chercheurs, sur l’enjeu de la distanciation physique. Nous, on souhaite qu’on trouve des locaux pour faire la classe à tous les élèves du secondaire, à l’école et à distance. On a des étudiants au baccalauréat en éducation et en adaptation scolaire. J’ai proposé au ministre de les appeler en renfort.

Marwah Rizqy, porte-parole du Parti libéral en matière d’éducation

Ce qu’on apprécie, c’est qu’on a jusqu’à mardi pour retourner des messages au Ministère. Le Ministère rebrassera la salade. Jeudi, on devrait avoir un scénario plus arrêté.

Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire

C’est sûr que de ramener les enfants du secondaire à mi-temps dans des horaires distincts, c’est une bonne idée. Je pense que l’important, c’est que les élèves retournent à l’école. Mais dans les modalités d’organisation, on n’aura pas le choix de faire des horaires partagés ou de plus petits groupes.

Bernard Dufour, directeur de la Commission scolaire des Laurentides

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Sylvain Mallette

Le ministre veut faire pour la rentrée 2020 ce qu’il n’avait pas fait pour la rentrée printanière, c’est-à-dire consulter les gens avant de rendre public son plan. Nous, on lui demande un scénario propre pour la formation professionnelle et un autre pour l’éducation aux adultes, parce que ce sont des réalités différentes. On va lui en proposer.

Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement

Le retour en classe est favorable pour les élèves, sans aucun doute. Plus rapidement ils seront avec nous, moins ils auront le goût d’être sur le marché du travail. Moi, je pense que si on goûte à l’argent trop vite et qu’on ne trouve pas beaucoup de sens à l’école, les 15 $, 16 $ de l’heure peuvent devenir alléchants. Mais, à long terme, ce n’est pas ce qu’on souhaite pour nos élèves.

Isabelle Nareau, directrice de l’école secondaire Augustin-Norbert-Morin

On est contents d’entendre une proposition en présentiel. Les enseignants ont hâte de retrouver leurs élèves et aussi un semblant de normalité dans leur travail. Par contre, on s’attend à un plan sérieux du ministre parce que, depuis le début, on a souvent des directives très vagues, très floues. Sur le plan organisationnel et pédagogique, on veut que ce soit faisable dans les écoles. On a besoin d’être écoutés.

Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal