(Ottawa) Accusé de discriminer les communautés autochtones dans sa distribution de fonds publics, le gouvernement Trudeau injecte 75 millions de dollars pour répondre aux « besoins criants » des autochtones dans les villes. Une aide attendue avec impatience sur le terrain et qui permettra d’aider des communautés aux prises avec de l’insécurité alimentaire et des problèmes de santé mentale.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« C’est une excellente nouvelle », se réjouit Tanya Sirois, directrice générale du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec. « Ça vient répondre à la crise de la COVID-19, qui malheureusement, a accentué les différentes inégalités sociales qui existent chez les peuples autochtones en milieu urbain », explique-t-elle.

Aide alimentaire, services d’intervention psychosociale, accompagnement des aînés : ces nouveaux fonds serviront sur la « ligne de front » pour offrir des « services concrets et efficaces dans des villes du Québec », assure Tanya Sirois.

Les centres pourront également préparer des trousses pour les familles démunies et investir dans de l’hébergement temporaire. 

Des personnes sont tombées dans des craques ; notre rôle, c’est que ces personnes ne soient pas à la rue.

Tanya Sirois

Les centres d’amitié autochtones du Québec ont pignon sur rue non seulement à Montréal et à Québec, mais aussi dans une dizaine de villes de la province, dont Roberval, Sept-Îles, Chibougamau et Joliette.

L’organisme Femmes autochtones du Québec accueille également de façon favorable ces nouveaux fonds du gouvernement fédéral. Selon sa présidente, Viviane Michel, les communautés qui vivent en milieu urbain ont « autant » besoin de services que celles vivant sur les réserves, même si elles n’ont plus accès à ces services après leur départ.

Elle déplore toutefois d’avoir essuyé un refus d’Ottawa pour le financement d’une campagne sur la violence conjugale. « On nous a dit qu’il n’y avait pas d’argent actuellement », dénonce Viviane Michel. Le confinement a accentué le problème de la violence conjugale, puisque les femmes sont maintenant prises au piège avec leur agresseur, dit-elle.

Une première aide « insuffisante »

Ottawa a alloué 305 millions de dollars à la mi-mars pour la création du Fonds de soutien aux communautés autochtones. Mais seuls 15 millions étaient réservés aux organisations autochtones dans les centres urbains et hors réserves. Un financement jugé « inadéquat et discriminatoire » par le Congrès des peuples autochtones (CPA), qui s’est alors tourné vers les tribunaux.

C’est dans ce contexte que Justin Trudeau a annoncé jeudi l’investissement de 75 millions supplémentaires pour que les organismes communautaires autochtones en milieu urbain puissent « combattre l’insécurité alimentaire, appuyer les aînés vulnérables, aider les jeunes à risque, fournir des services de santé mentale et prévenir la violence familiale ».

On était très inquiets à la suite de la première annonce ; 15 millions pour l’ensemble du Canada, c’était très peu ! Ce fonds a rapidement été utilisé. Ils n’ont même pas pu répondre à toutes les demandes.

Tanya Sirois, directrice générale du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec

Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, a d’ailleurs admis jeudi que cette enveloppe avait été « insuffisante » pour répondre aux « besoins criants » des communautés urbaines. « Nous avons agi très vite », s’est défendu le député montréalais.

L’action judiciaire du CPA ira tout de même de l’avant si on le juge nécessaire, a signalé en entrevue avec La Presse le chef national, Robert Bertrand. « On est prêts à aller en cour, dit-il. Si les 75 millions ne répondent pas aux besoins de nos affiliés et de nos membres, on ne pourrait pas arrêter. »

Il estime cependant que « c’est une nette amélioration si on compare à ce qui avait été annoncé avant », même s’il attend d’avoir davantage d’informations avant de réagir de façon plus particulière.

Pas de « crise » à Oka

Le bras de fer entre les Mohawks de Kanesatake et la Ville d’Oka est « en train de se résoudre », a assuré jeudi Marc Miller, ministre fédéral des Services aux Autochtones. Les Mohawks ont érigé mercredi un nouveau barrage à l’entrée du parc national d’Oka, fraîchement ouvert, pour empêcher le public de le visiter.

« Je veux que le gouvernement reporte l’ouverture du parc […] au 5 juin pour nous donner le temps de nous préparer et de nous protéger », a expliqué mercredi à La Presse le grand chef Serge Otsi Simon.

« On parle de points de sécurité routiers. Ce ne sont pas des barricades. Il y a un différend entre le maire d’Oka et le grand chef sur la façon d’exécuter ces points de sécurité », a relativisé le ministre fédéral des Services aux Autochtones.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Marc Miller, ministre fédéral des Services aux Autochtones

« On ne parle pas de barricades, on ne parle pas de crise », a martelé le ministre Marc Miller, qui dit être en communication avec son homologue provincial et le grand chef.

Marc Miller a refusé de se prononcer sur la légitimité du geste des Mohawks. « C’est difficile de juger des gens qui essaient de protéger leur communauté d’une potentielle éclosion de COVID-19. […] Loin de moi vraiment de juger la façon dont la communauté choisit de mettre en place ses protocoles sanitaires », a répété le ministre.