(Ottawa) Le premier ministre Justin Trudeau entend le mécontentement, mais évite de parler de pistes de solutions précises dans le dossier des billets d'avions de vols qui ont été annulés et que les compagnies aériennes comme Air Canada refusent de rembourser à leurs clients.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

En conférence de presse à Rideau Cottage, il n'a pas voulu dire, par exemple, si une éventuelle aide du gouvernement fédérale serait conditionnelle à un remboursement des billets achetés, mais non honorés en raison de la pandémie de la COVID-19. Chez Air Canada, on parle d'un chiffre de 2,6 milliards de dollars.

Il s'est contenté d'affirmer qu'Ottawa étudiait ce que d'autres pays ont fait à ce chapitre et que des discussions étaient en cours avec les compagnies aériennes. Le mécontentement des consommateurs est réel, a-t-il convenu, mais ils s'attendent à avoir une industrie aérienne prête à reprendre son envol au Canada. Il faudra donc trouver un « juste équilibre », a plaidé Justin Trudeau.

« J’ai entendu clairement énormément de Canadiens qui sont préoccupés avec l’argent qu’ils ont déjà dépensé pour acheter des billets qu’ils ne vont évidemment pas utiliser », a-t-il dit lorsqu'on lui a demandé si cet aspect allait être pris en considération dans l'élaboration d'un possible plan d'aide fédéral destiné à l'industrie aérienne.

« Nous reconnaissons la vulnérabilité du secteur de transport aérien et les défis auxquels ils font face, mais nous reconnaissons aussi ces préoccupations économiques des Canadiens. Nous allons travailler avec le secteur, avec les compagnies aériennes, et avec les groupes de Canadiens qui sont préoccupés pour essayer de trouver des solutions », a enchaîné le premier ministre.

Une pétition démarrée par Option consommateurs et parrainée par le Bloc québécois qui a été déposée à la Chambre des communes a recueilli plus de 13 000 signatures en date du 21 mai. Cette pétition exige du gouvernement qu'il « ordonne aux compagnies aériennes et autres transporteurs de juridiction fédérale de permettre aux clients dont les voyages ont été annulés en raison de la pandémie actuelle d’obtenir un remboursement ».

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet a prévenu mercredi qu'il allait continuer de livrer bataille pour corriger la situation, « de telle sorte que la pression politique va devenir tellement insoutenable » que le gouvernement libéral « va devoir courber l’échine », a-t-il martelé en conférence de presse au parlement d'Ottawa.

Air Canada n'avait pas répondu aux questions de La Presse au moment d'écrire ces lignes, jeudi après-midi.

75 millions pour les Autochtones

L'allocution de jeudi était principalement consacrée à l'annonce de nouvelles sommes en aide pour les communautés autochtones. Cette nouvelle injection de fonds survient après que le fédéral a été accusé de discriminer les communautés autochtones dans la façon dont il distribue les centaines de millions afin de contrer la COVID-19, le gouvernement fédéral annonce l’injection de nouveaux fonds leur étant destinés.

« Aujourd’hui, notre gouvernement annonce un nouvel investissement de 75 millions de dollars pour les organismes qui répondent aux besoins les plus urgents de plus d’un million d’Autochtones vivant dans les centres urbains ou hors réserve », a déclaré le premier ministre Justin Trudeau.

« C’est de l’argent que les organismes communautaires pourront utiliser pour combattre l’insécurité alimentaire, appuyer les aînés vulnérables, aider les jeunes à risque, fournir des services de santé mentale et prévenir la violence familiale », a-t-il ajouté lors de son allocution quotidienne à Rideau Cottage, jeudi.

Le Congrès des peuples autochtones (CPA) ainsi que ses organisations provinciales et territoriales (OPT) a déposé le 13 mai dernier un recours d’urgence pour contester le financement « inadéquat et discriminatoire », une discrimination « marquée par l’absence frappante de financement affecte les autochtones les plus vulnérables et les plus démunis du Canada » depuis le début de la pandémie.

« Le gouvernement fédéral a abandonné sa responsabilité de fiduciaire face à de nombreux membres de la communauté autochtone pendant cette pandémie », a déclaré le 13 mars dernier dans un communiqué le chef national du Congrès des peuples autochtones Robert Bertrand. Le recours urgent déposé en Cour fédérale du Canada porte sur le financement alloué en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés.

Ottawa avait alloué le 18 mars dernier un financement de 305 millions de dollars pour la création du Fonds de soutien aux communautés autochtones afin de répondre aux besoins immédiats des communautés des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Sur ce montant, seuls 15 millions de dollars étaient réservés pour les organisations autochtones dans les centres urbains et hors réserves. Une enveloppe « insuffisante », a admis jeudi le ministre des Services aux Autochtones et élu montréalais, Marc Miller.

Le ministre Miller ne juge pas les Mohawks

Les Mohawks de Kanesatake ont érigé des barrages routiers aux entrées d’Oka au cours des dernières semaines pour s’assurer que les non-résidants ne rentrent pas dans leur territoire. Mercredi, ils ont établi un nouveau barrage à l’entrée du parc national, empêchant du coup les gens à visiter le parc fraîchement ouvert au public.

« Je veux que le gouvernement reporte l’ouverture du parc […] au 5 juin pour nous donner le temps de nous préparer et nous protéger », expliquait mercredi à La Presse le grand chef Serge Otsi Simon.

« On ne parle pas de barricades, on ne parle pas de crise », a assuré jeudi le ministre Marc Miller, appelé à réagir à la situation en conférence de presse. Selon le ministre, qui est communication avec le grand chef et Québec, la situation est d’ailleurs « en train de se résoudre ».

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre fédéral des Services aux Autochtones, Marc Miller.

« On parle de points de sécurité routiers. Ce ne sont pas des barricades. Il y a un différend entre le maire d’Oka et le grand chef sur la façon d’exécuter ces points de sécurité », a relativisé le ministre fédéral des Services aux Autochtones.

Marc Miller a également refusé de se prononcer sur la légitimité du geste des Mohawks. « C’est difficile de juger des gens qui essaient de protéger leur communauté d’une potentielle éclosion de COVID-19. […] Loin de moi de juger la façon que a communauté choisit de mettre en place ses protocoles sanitaires », a répété le ministre.

Subvention aux entreprises et port du masque

Le premier ministre a par ailleurs profité de sa tribune pour livrer un plaidoyer destiné aux propriétaires d'entreprises: celui d'utiliser la subvention salariale, qui a été prolongée jusqu'à la fin de l'été, après avoir été élargie deux fois plutôt qu'une.

« On a tous hâte que la vie reprenne son cours. Mais pour que ça arrive, tout le monde doit faire sa part, et les employeurs en particulier ont un rôle important à jouer [...] Vos employés comptent sur vous. Votre communauté aussi », a-t-il plaidé.

En dépit de la récente campagne pour la mousser, il semble que la subvention d'urgence ne suscite pas tant la convoitise. En date du 18 mai, la valeur en dollars des subventions versées était de 5,7 milliards de dollars, alors que le programme rend au moins 73 milliards de dollars disponibles.

Enfin, Justin Trudeau a refait un peu de pédagogie, rappelant que l'administratrice en chef de l'Agence de la santé publique, la Dre Theresa Tam, a émis mercredi la recommandation de porter un masque non médical lorsque la distanciation physique n'est pas possible.

« Alors qu’on commence à rouvrir l’économie, ça pourrait devenir plus difficile de respecter les règles de distanciation physique. C’est donc important de continuer à suivre les directives de la Dre Tam. Lavez-vous les mains, restez chez vous, et si c’est nécessaire, portez un masque », a-t-il affirmé.