Malgré le fait qu’un premier détenu de l’Établissement de détention de Montréal (Bordeaux) – et de toutes les prisons provinciales au Québec – soit mort de la COVID-19 la nuit dernière, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, considère que « tout se passe relativement bien » dans les centres de détention québécois, et que des mesures adéquates ont été mises en place pour freiner la propagation du coronavirus.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

« On ne peut pas empêcher tous les cas. C’était prévisible qu’il devait y en avoir, mais rappelons qu’il y a plusieurs mesures depuis le mois de mars. Elles fonctionnent dans la mesure où il y a seulement environ 2 % de la population carcérale qui, en ce moment, est infectée. Le nombre de cas de personnes infectées d’ailleurs à Bordeaux a diminué. Hier, il était plus élevé, aujourd’hui, on est à 60 personnes infectées. Donc, les gens guérissent aussi, ce qui fait que, dans l’ensemble, les données diminuent. Donc ça fonctionne relativement bien », a déclaré la ministre lors de la conférence de presse quotidienne du gouvernement, à Québec.

« La Santé publique suit la situation de très près à Montréal. Il y a plus de 500 tests qui ont été effectués aussi dans le réseau carcéral. Mais il y a des cas malheureux. (….) Malgré l’impossibilité d’éviter tout cas de COVID, je considère que, somme toute, ça se passe relativement bien », a ajouté Mme Guilbault, en offrant ses condoléances à la famille du détenu décédé.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault

Mort évitable

Ce dernier, Robert Langevin, était âgé de 72 ans. Il a été transporté à l’hôpital lundi et est mort la nuit dernière.

M. Langevin était un prévenu en attente de procès. Avant d’être transféré, il était incarcéré dans le secteur C, l’un des plus gros et des plus anciens de la prison, où une éclosion de la COVID-19 a eu lieu, et où les détenus de cette aile de 170 places ont été confinés à leur cellule durant plusieurs jours.

La nouvelle de sa mort a fait bondir la Ligue des droits et libertés qui a publié un communiqué mercredi après-midi, en s’en prenant au gouvernement et à la ministre.

« C’est la première personne décédée de la COVID dans une prison provinciale. Et il se peut fort bien que ce ne soit pas la dernière. Cette mort aurait pu être évitée. Depuis le début de la crise sanitaire, nous répétons sans relâche que la seule solution pour contrer la propagation et éviter une catastrophe humanitaire dans les prisons est de réduire la population carcérale, notamment en libérant les personnes détenues plus âgées. L’homme qui est décédé avait 72 ans. C’est très malheureux », a déclaré la porte-parole de la ligue, Lucie Lemonde.

« La ligue déplore les propos de la ministre Geneviève Guilbault. Elle laisse entendre que les autorités ont pris les mesures nécessaires et que le taux de personnes touchées dans les prisons du Québec est peu élevé. Or, selon les chiffres officiels, 93 détenus ont été ou sont atteints du virus à Bordeaux ainsi que plusieurs membres du personnel. Les ailes de quarantaine sont pleines et plusieurs détenus attendent dans l’angoisse le résultat de leur test. Ce n’est pas rien », a ajouté Mme Lemonde.

« La mort d’un détenu devrait être un moment de réflexion sur les mesures que le gouvernement du Québec et les établissements de détention ont mises en place pour assurer la sécurité des détenus et de la communauté. Alors que Geneviève Guilbault estime que son ministère a pris les mesures appropriées et que rien ne doit changer, les proches des détenus et les militants (es) croient le contraire », a renchéri par communiqué un organisme appelé Groupe anti-carcéral et des proches d’individus emprisonnés à Bordeaux.

Plusieurs critères à respecter

Il y a une semaine, le gouvernement a adopté un décret prévoyant que les détenus répondant à certains critères, dont l’âge, pourraient être libérés et purger leur peine à la maison, dans un objectif de limiter la propagation du coronavirus à l’intérieur des murs des prisons. Mais le décret prévoit également qu’un détenu doive répondre à d’autres conditions avant que les autorités décident de le libérer ou non.

Le sexagénaire décédé était la 2e personne incarcérée à Bordeaux atteinte du coronavirus à être transportée à l’hôpital depuis le début de la pandémie.

La première – un autre prévenu – était toutefois revenue à l’établissement de détention au bout de 24 heures.

Les autorités craignent par ailleurs qu’une nouvelle éclosion soit en cours dans une autre aile de la prison, le secteur G-5, où des tests de dépistage ont été effectués mardi et dont les résultats sont toujours attendus.

Selon nos informations, sur les 93 détenus de Bordeaux qui ont contracté la COVID-19, au moins une quinzaine sont aujourd’hui considérés comme guéris, faisant ainsi en sorte qu’environ 76 souffriraient toujours du coronavirus. La ministre Guilbault parle toutefois d’une soixantaine de détenus toujours atteints.

Trente-six agents correctionnels ont été infectés au total ; 14 sont considérés comme remis et 22 sont toujours malades.

Actuellement, 90 agents correctionnels de Bordeaux sont isolés à la maison, y compris ceux qui ont contracté le coronavirus.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le (514) 285-7000, poste 4918, ou écrivez à drenaud@lapresse.ca