(Ottawa) Considéré trop rigide ou mal conçu, le programme fédéral d’aide pour le loyer commercial fait des mécontents parmi les entrepreneurs un peu partout au pays.

Catherine Lévesque
La Presse canadienne

Les trois principaux partis d’opposition ont soulevé de nombreux enjeux au sujet de cette aide auprès du gouvernement Trudeau lors de la période de questions virtuelle, mardi.

Le conservateur Kyle Seeback a lu le courriel d’un propriétaire d’immeuble commercial de sa région du sud de l’Ontario qui dit que ce programme lui cause des « maux de tête ».

Ce propriétaire dit qu’il ne comprend pas pourquoi ses locataires ne peuvent pas soumettre directement une demande pour recevoir l’argent.

Des plaintes de ce genre, M. Seeback dit qu’il en reçoit à tous les jours même s’il tente d’encourager les propriétaires d’immeubles à se montrer coopératifs et à se prévaloir du programme d’aide pour le loyer.

L’Aide d’urgence du Canada pour le loyer commercial aux petites entreprises, annoncée le mois dernier, vise à réduire de 75 % le loyer commercial des petites entreprises en avril, mai et juin.

Pour y être admissible, le locataire doit avoir temporairement cessé ses activités ou avoir connu une baisse d’au moins 70 % de ses revenus en raison de la pandémie de COVID-19.

Selon le bloquiste Gabriel Ste-Marie, ce critère est « excessif », d’autant plus que le programme fédéral exclut les propriétaires d’immeubles qui n’ont pas d’hypothèque ou qui abritent des chaînes de magasins.

Ce sont autant de barrières qui font dire au député de Joliette que le programme « ne fonctionne pas ».

« Puis quand la PME se qualifie au programme, elle doit compter sur la collaboration du propriétaire de l’immeuble et ça, ce n’est pas automatique », décrit M. Ste-Marie.

La néo-démocrate Jenny Kwan déplore pour sa part qu’aucune petite entreprise dans le quartier chinois de sa circonscription de Vancouver ne soit admissible à ce programme.

À son avis, le gouvernement fédéral doit ajuster le tir rapidement pour éviter la disparition des petites entreprises familiales.

« Quand le ministre (des Finances Bill Morneau) réalisera-t-il que les petites entreprises sont les moteurs économiques dans toutes nos communautés ? » a demandé Mme Kwan.

Face à ces doléances, tant le premier ministre Justin Trudeau que son ministre des Finances Bill Morneau ont fait valoir qu’ils avaient déjà annoncé de nombreux programmes pour aider les petites entreprises à se sortir la tête de l’eau.

Ils se sont également dits prêts à améliorer les divers programmes au fur et à mesure que la situation évoluera.

La subvention salariale aux entreprises a été assouplie et fera l’objet de consultations auprès de l’industrie. Le prêt sans intérêt de 40 000 $ qu’offre Ottawa aux entrepreneurs sera quant à lui plus accessible.

« Depuis le début, on a avancé des programmes pour aider rapidement et, au fur et à mesure qu’on voit l’impact, où il y aurait des failles ou des faiblesses dans les programmes, on les améliore », a affirmé M. Trudeau.

L’aide aux loyers commerciaux a été négociée de concert avec les provinces et les territoires, dont c’est la responsabilité, mais le gouvernement fédéral pourrait pallier certains manquements.

M. Trudeau a laissé entendre que son gouvernement est en train de travailler sur un « mécanisme alternatif » pour les propriétaires d’immeubles commerciaux qui n’ont pas d’hypothèque.