(Ottawa) La frontière entre le Canada et les États-Unis ne rouvrira pas avant le 21 juin, a annoncé Justin Trudeau mardi matin à Ottawa. Mais peu après, au sud de la frontière, Donald Trump signalait qu’elle pourrait rouvrir avant cela.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Le gouvernement canadien avait fait savoir assez clairement que son souhait était de maintenir la frontière scellée aux déplacements non essentiels, comme elle l’est depuis le 21 mars dernier.

« Ce matin, je peux vous confirmer que le Canada et les États-Unis se sont entendus pour prolonger d’encore 30 jours les mesures frontalières qui sont déjà en place », a déclaré le premier ministre Justin Trudeau dans son allocution quotidienne à Rideau Cottage.

PHOTO EVAN VUCCI, AP

Le président Donald Trump

« C’est une décision importante qui va protéger les gens des deux côtés de la frontière », a-t-il plaidé. Les provinces avaient exprimé un « désir clair » de maintenir les mesures en place, et quant aux Américains, ils sont « très ouverts » à cette nouvelle prolongation de 30 jours, a-t-il précisé.

Quelques heures plus tard, le président des États-Unis, Donald Trump, laissait entendre que la frontière pourrait rouvrir avant. Au bureau du premier ministre Trudeau, on s’est contenté de signaler que les propos de ce dernier sur les frontières était «toujours de mise».

L’entente qui est intervenue en mars dernier n’entrave pas le commerce entre les deux partenaires. Elle prévoit aussi que les demandeurs d’asile irréguliers qui tentent d’entrer en sol canadien sont refoulés aux États-Unis. Le premier ministre n’a pas voulu dire s’il voudrait pérenniser cette disposition.

Depuis son entrée en vigueur, seule une poignée de migrants irréguliers ont été renvoyés vers le sud.

L’administratrice en chef de la santé publique au Canada, Dre Theresa Tam, a rappelé en point de presse que la « réduction massive » du nombre de visiteurs étrangers au pays avait « permis au Canada de gérer cette première vague de la pandémie ».

Ainsi, selon Dre Tam, il faut avant tout retirer « lentement » les mesures de confinement à l’intérieur du pays, et observer le résultat d’un point de vue épidémiologique, avant de rouvrir les frontières internationales.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

L’administratrice en chef de la santé publique au Canada, Dre Theresa Tam.

« On pleure le décès d’une héroïne »

Le premier ministre a ensuite tenu à rendre hommage à la capitaine Jenn Casey, morte dans l’écrasement d’un appareil des Snowbirds à Kamloops, en Colombie-Britannique.

« Au moment où on pleure le décès d’une autre héroïne, on rend hommage au courage de tous ceux qui servent notre pays. Chaque jour, vous faites notre fierté », a-t-il laissé tomber.

L’accident est survenu dans le cadre d’une tournée pancanadienne visant à rendre hommage à ceux qui contribuent à la lutte contre la pandémie de la COVID-19.

Élargissement du compte d’urgence pour entreprises

Le premier ministre a par ailleurs annoncé mardi l’élargissement du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes, sans toutefois en préciser l’entrée en vigueur. « Si vous êtes l’unique propriétaire et employé d’une entreprise, si votre entreprise dépend de travailleurs sous contrat ou si vous avez une entreprise familiale et vous payez vos employés avec des dividendes, vous allez être admissibles », a-t-il affirmé.

« Par exemple, si vous avez un salon de coiffure où vos stylistes louent des fauteuils, si vous êtes un physio qui travaille à son compte, ou si vous êtes propriétaire d’un gym qui emploie des entraîneurs sous contrat, le programme sera là pour vous », a illustré Justin Trudeau.

Le programme de crédit visait initialement les entreprises ayant une masse salariale de 50 000 $ à 1 million en 2019, avant d’être étendu aux entreprises ayant de 20 000 $ à 1,5 million en masse salariale l’an dernier. « On s’est aperçu que des petites entreprises n’étaient pas capables d’aller chercher un prêt d’urgence. [...] L’objectif est à nouveau de s’assurer que nos petites entreprises puissent nous permettre de relancer pleinement l’économie », a réagi Jean-Yves Duclos, président du Conseil du Trésor.

Plus de 600 000 petites entreprises ont déjà obtenu un prêt pouvant atteindre 40 000 $ par l’entremise de ce programme d’aide pour un total de 24 milliards de dollars en crédit. Les entreprises peuvent toujours conserver jusqu’à 10 000 $ du montant si elles remboursent le reste du prêt d’ici la fin de décembre 2022.

Inventaire de matériel médical doublé

Le premier ministre s’est réjoui du fait qu’au cours des dernières semaines, le Canada ait doublé son inventaire de masques chirurgicaux et de visières de protection faciale.

« Cette semaine et dans les semaines à venir, des centaines de milliers de jaquettes d’hôpital, de lunettes, de visières de protection faciale et d’écouvillons vont être livrés aux provinces et aux territoires. Nous avons également reçu une commande de respirateurs de Zoll en provenance des États-Unis », a-t-il noté.

Et « parce qu’on veut que le matériel soit produit chez nous autant que possible, on continue d’augmenter notre capacité de production, on a maintenant 15 contrats à travers le pays pour fabriquer des jaquettes d’hôpital », a spécifié le premier ministre.

Pétition contre un siège au Conseil de sécurité

Alors que le Canada continue de faire campagne pour décrocher un siège non permanent pour un mandat de deux ans au Conseil de sécurité des Nations unies, une pétition signée par l’environnementaliste David Suzuki, l’ancien député néo-démocrate Romeo Saganash ainsi que par le cofondateur de Pink Floyd Roger Waters et le célèbre linguiste Noam Chomsky a été lancée.

Invité à commenter ce pied de nez, le premier ministre Trudeau n’y a pas réagi directement. Il s’est contenté de plaider qu’il y a consensus au sein de la population canadienne sur le fait que le Canada doit faire entendre sa voix sur la scène internationale.

Le Canada est opposé à la Norvège et l’Irlande dans cette lutte pour un siège au sein de l’organe le plus puissant à l’ONU. En théorie, le vote doit avoir lieu le 17 juin, mais il pourrait être reporté en raison de la pandémie de la COVID-19.

Les récriminations des signataires vont de la lutte contre les changements climatiques aux violations des droits autochtones en passant par les multiples votes pro-Israël du Canada à l’Assemblée générale des Nations unies.