Les écoles de la grande région de Montréal resteront fermées jusqu’à la prochaine rentrée, qui aura lieu cinq mois après que les élèves ont quitté les établissements dans la précipitation. Jeudi, parents et enseignants ont appris la nouvelle avec soulagement ou déception, mais le deuil qui doit être fait de cette année scolaire est commun.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Je suis soulagée parce que je trouvais ça super anxiogène comme décision à prendre. J’avais l’impression qu’il y avait du mauvais d’un côté comme de l’autre. Maintenant, je suis triste pour la professeure de mon garçon. Ça fait deux semaines qu’elle travaille d’arrache-pied pour préparer cette rentrée et qu’elle gère plein d’impondérables, et là, on lui dit que, finalement, ça n’arrivera pas. C’est un deuil à faire pour les professeurs.

Véronique Alarie, mère de deux enfants, dont un en 1re année

Je suis déçue, fâchée et triste. L’enseignante était prête, la direction aussi, tout le monde était motivé, stimulé. Il n’y avait aucun stress à l’école. Ça va rouvrir en septembre, et on n’aura pas pu tester si ça fonctionne ou pas, ce qu’il faut ajuster. Notre fils voulait vraiment y retourner, on lui a expliqué comment ça allait se passer. Je sais que quatre semaines, ce n’est pas beaucoup, mais ç’aurait été mieux que rien. Je travaille de la maison, je ne suis pas pédagogue, je ne peux pas faire de l’enseignement à temps plein ! Mon fils va avoir été six mois sans école. C’est inquiétant pour tous les enfants, et je n’ose pas imaginer ce que vivent les parents d’enfants avec des difficultés.

Lucie Rhéaume, mère d’un garçon de 9 ans

Je comprends la décision de reporter le retour à l’école en septembre, mais c’est une source de stress additionnel pour le passage de mon fils du primaire au secondaire. Un mois pour terminer son année scolaire aurait sans doute été rassurant. Sans compter qu’il ne peut faire ses adieux à ceux et celles qui l’ont accompagné durant les huit dernières années, de la prématernelle à sa sixième année. Très “poche”.

Philippe Tessier, père d’un enfant en 6e année

Je travaille à Montréal dans une école dont le nombre d’élèves allophones frôle les 70 %. Heureusement que nous communiquons avec eux depuis le début du confinement, sans quoi la plupart d’entre eux n’auraient pas dit un mot de français depuis le 13 mars. Je suis contente de l’annonce du gouvernement, car c’est une annonce claire qui ne changera pas d’ici la fin de l’année scolaire. Selon moi, les élèves du Grand Montréal auraient dû commencer à recevoir de l’enseignement à distance en même temps que leurs homologues des régions. Le report de la réouverture des écoles dans les zones chaudes a créé un flou par rapport à ce qu’il convenait de faire : d’une école à l’autre, la consigne n’était pas la même, chacun comblant le manque de consigne à sa façon : certaines avaient mis en branle le processus d’enseignement à distance, alors que d’autres attendaient de savoir.

Annick Malenfant, enseignante-orthopédagogue à Montréal

Je suis vraiment déçue. Son enseignante était prête, j’avais vraiment confiance en elle et en ce qu’elle allait faire avec les enfants. Je ne suis pas du tout d’accord avec les mesures qui sont prises en ce moment. Je pense qu’on se trompe radicalement dans les mesures qu’on prend. Je trouve qu’on fait des erreurs monumentales, qu’on apporte des solutions qui sont pires que le mal.

Madeleine Allard, mère de trois enfants, dont un au primaire

J’accepte sans problème la fermeture des écoles jusqu’en septembre, mon conjoint et moi ayant la chance de pouvoir faire du télétravail. Aussi, puisque notre fille suit un programme scolaire intensif, elle avait déjà terminé presque toutes ses matières juste avant la pandémie. Cependant, elle n’a aucune vie sociale et ne voit pas ses amies, et cela nous préoccupe qu’elle passe des mois isolée ainsi. Compte tenu de la situation dans la région de Montréal, je suis d’avis que les autorités ont pris la bonne décision afin d’éviter la propagation du virus. Mais pour les enfants du Québec, l’été risque d’être long.

Anouk Charles, mère d’une fille au primaire

Je dois dire que je ne suis pas d’accord. Tout le monde se demande s’il est sécuritaire pour les enfants de retourner à l’école, mais personne ne se demande si c’est bon pour les enfants d’être confinés et privés d’école pendant six mois. Ce sont les plus vulnérables, ceux qui n’ont pas accès à l’enseignement en ligne ou à une bonne alimentation à la maison, qui vont souffrir le plus.

Le Dr Jay Kaufman, professeur au département d’épidémiologie, de biostatistique et de santé au travail de l’Université McGill

C’est triste. C’est une mauvaise nouvelle pour les enfants. Je n’ai pas de problème avec la décision de la Santé publique. Ça va mal à Montréal, c’est un fait. Mais qu’est-ce qu’on fait avec les enfants de Montréal et les enfants de l’extérieur de Montréal ? Qu’est-ce qui va arriver avec les enfants vulnérables ? Ça nous inquiète. C’est une dure semaine pour la pédiatrie.

Le Dr Jean-François Chicoine, pédiatre à l’hôpital Sainte-Justine