(OTTAWA) L’opération sans précédent menée par les autorités canadiennes pour rapatrier des milliers de Canadiens qui étaient coincés à l’étranger en raison des restrictions de voyage imposées aux quatre coins du monde à cause de la pandémie de COVID-19 tire à sa fin.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a indiqué à La Presse que les efforts déployés par Affaires mondiales au cours des six dernières semaines avaient permis de rapatrier 30 372 Canadiens et que l’opération de rapatriement était pratiquement terminée.

« L’opération est largement complétée. Il reste encore des gens qui se trouvent à certains endroits. Nous allons nous assurer de leur fournir toute l’assistance consulaire possible. En date du 11 mai, nous avons rapatrié plus de 30 000 Canadiens sur 253 vols en provenance de 89 pays », a affirmé le chef de la diplomatie canadienne.

Il est toutefois difficile de dire avec exactitude combien de Canadiens se trouvent encore à l’étranger. « Ce n’est pas une science exacte », a-t-il dit, ajoutant que « la vaste majorité » des ressortissants qui sont à l’étranger ont préféré y rester pour attendre que la pandémie passe. Certes, les autorités canadiennes continueront à coordonner le rapatriement des personnes qui voudront rentrer au pays, mais il est acquis qu’on ne nolisera plus d’avion à cette fin.

« Il reste encore des poches de cas. Nous avons encore des choses à faire au Venezuela ou encore en République dominicaine », a-t-il précisé.  

Nous sommes à rapatrier un certain nombre de gens qui se trouvent dans des zones particulièrement difficiles d’accès à cause des restrictions imposées par les pays ou encore parce qu’ils se trouvent à l’extérieur des zones habitées.

François-Philippe Champagne, ministre des Affaires étrangères

Dans leur cas, on tente d’organiser des « vols multinationaux » qui permettent de rapatrier non seulement des Canadiens, mais aussi des Américains, des Britanniques, des Français et des Allemands, par exemple. « Nous tentons maintenant de ramener des ressortissants canadiens en jumelant nos efforts avec d’autres pays », a-t-il dit.

M. Champagne a rappelé qu’Air Canada était la seule compagnie aérienne canadienne qui assurait encore des liaisons à l’étranger et elle n’offre plus que trois destinations, soit Paris, Londres et Francfort. « Il faut savoir aujourd’hui qu’il n’y a plus aucune compagnie canadienne qui assure un vol aux États-Unis. Il n’y en a plus depuis deux semaines à cause de la COVID-19 », a-t-il répété.

« Nous avons répondu présents »

En entrevue, le ministre a dit être satisfait du déroulement des opérations.

« Il n’y a rien de parfait. Mais je pense que dans les circonstances, compte tenu du niveau de complexité de l’opération, de la rapidité avec laquelle on a dû réagir et de l’ampleur de la tâche, je peux dire en toute humilité que nous avons répondu présents pour les Canadiens à l’étranger. Nous n’avons jamais été confrontés à une telle crise de cette ampleur qui touche toutes les régions du monde. Malgré cela, nos efforts nous ont permis de rapatrier plus de 30 000 Canadiens, grâce aux efforts de nos employés à travers le monde et la collaboration des compagnies aériennes. »

Il a rappelé que son ministère a été inondé de demandes au début de la crise.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Il y a des semaines où on recevait 10 000 appels par jour et 15 000 courriels par jour. Oui, je pense que l’on peut dire que nous avons été à la hauteur du défi.

François-Philippe Champagne

M. Champagne a promis de mener une vaste réflexion sur la gestion de cette crise afin de s’assurer que les leçons qui s’imposent soient retenues pour la prochaine fois. « Ç’a été un travail d’Équipe Canada. Il y aura un moment pour la réflexion pour voir ce que nous avons fait, ce que nous pourrions mieux faire de sorte que nous soyons mieux préparés encore pour la prochaine fois. On a vu toute l’importance des consuls honoraires, de la technologie, des employés qui travaillent dans nos ambassades et qui sont des employés locaux. Ce sont eux qui avaient les relations avec les autorités sanitaires locales, avec les autorités portuaires et aéroportuaires, par exemple. »

Coopération internationale

Le ministre s’est félicité de la concertation de nombreux pays depuis le début de la crise dans ce dossier. À son instigation, le Canada a maintenu un dialogue quasi hebdomadaire avec les ministres des Affaires étrangères de l’Allemagne, de la France, de l’Angleterre, de la Turquie, de la Corée du Sud, du Brésil, du Mexique, de l’Indonésie, de l’Australie, de l’Afrique du Sud, de Singapour, du Pérou, du Maroc et de l’Union européenne.

« C’est durant ces appels que nous avons parlé de mettre sur pied des ponts aériens, de l’importance de maintenir les chaînes d’approvisionnement intactes et de protéger les routes maritimes. C’est une démonstration du genre de rôle que nous pouvons jouer », a-t-il avancé.

Une fois que cette crise sera terminée, le ministre Champagne se dit convaincu que de nouvelles alliances stratégiques naîtront de ces échanges avec comme objectif de veiller à la sécurité alimentaire et de protéger la chaîne d’approvisionnement, a-t-il donné en exemple. « Il y a des pays qui voient le Canada durant cette crise-là comme un partenaire fiable, prévisible et ouvert. Ce sont des valeurs dans le monde d’aujourd’hui que les gens apprécient. Tout le monde a été confronté à la même réalité. Mais nos réponses domestiques, la façon dont le Canada a répondu, ça va nous mettre dans une bonne position pour la relance, après cette crise », a-t-il opiné.