Vivre sur un bateau, isolé du monde, devant des paysages paradisiaques. La situation peut sembler idéale, particulièrement en temps de pandémie. Cependant, à mesure que la crise se prolonge, les plaisanciers restés dans le Sud — par choix ou parce qu’ils n’ont pu rentrer — font face à un nouveau défi : la saison des ouragans est à leurs portes.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

Sara Champagne Sara Champagne
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Véronique Massia, sa fille de 10 ans, Amy, son fils de 5 ans, Loik, et son ami Patrice Dubé ont quitté le Québec le 29 septembre à bord du Sailing Atypic. Les deux amis ont tout vendu pour ce tour du monde à bord du voilier de 43 pi, leur « maison », à l’ancre dans la baie de Big Major à Staniel Cay, aux Bahamas.

PHOTO FOURNIE PAR VÉRONIQUE MASSIA

Véronique Massia, sa fille de 10 ans, Amy, son fils de 5 ans, Loik, et son ami Patrice Dubé

La COVID-19 a modifié leurs plans initiaux, en raison de la fermeture de frontières. Avec la saison des ouragans qui commence officiellement le 1er juin dans l’Atlantique, le golfe du Mexique et la mer des Caraïbes, ils tentent maintenant de trouver un endroit plus sûr où s’arrêter. Ils espèrent mettre le cap sur Luperón, en République dominicaine.

Pas question pour eux de rentrer au Québec, un périple de plus de deux mois. Ils ne se plaignent pas de leur situation. Ils désirent simplement quitter un endroit jugé à risque. « On essaie d’avoir les autorisations, explique Mme Massia. On veut juste jeter l’ancre dans la baie où c’est plus sécuritaire, on est prêts à se plier à toutes les exigences [des autorités dominicaines par rapport à la COVID-19]. »

Une saison appréhendée

Différentes prédictions, comme celles du Weatherbell Analytics et une étude de l’Université d’État du Colorado, anticipent des ouragans importants en 2020. 

L’an dernier, Dorian avait fait des dizaines de morts et jeté à la rue des milliers de personnes dans les Antilles.

La situation actuelle préoccupe l’Ocean Cruising Club, qui compte plus de 3000 membres dans le monde. 

Beaucoup de gens ne peuvent pas aller sous la ceinture des ouragans parce que les îles sont fermées. Ils n’ont pas le choix de revenir ou d’attendre.

Daria Blackwell, responsable des communications

Ceux qui ne peuvent jeter l’ancre dans un endroit plus sûr ont l’option de faire le périple vers leur pays d’origine — pour lequel ils ne sont pas toujours équipés, puisque des plaisanciers entreposent leur voilier dans un pays du Sud — ou naviguer en fuyant les ouragans au gré des prédictions. 

D’autres enjeux, tant pour les résidants que pour les étrangers, restent les infrastructures sanitaires et l’approvisionnement dans les Caraïbes. « Certains pays autorisent les étrangers à faire leur épicerie, d’autres acceptent de livrer aux bateaux », note Mme Blackwell, qui s’inquiète de pénuries.

« Ça me fait peur »

À Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Séric — un artiste qui préfère qu’on ne donne que son prénom — ne constate pas de produits manquants pour l’instant. Seul à bord du 1GOAL, il veut rentrer au Canada en avion depuis mars, sans succès.

PHOTO FOURNIE PAR SÉRIC

Seul à bord du 1GOAL, Séric veut rentrer au Canada en avion depuis mars, sans succès.

« Je suis arrivé deux heures trop tard pour mon vol », déplore l’homme de 48 ans originaire de Montréal, qui a quitté la Guadeloupe le 19 mars pour prendre un vol à partir de l’île de Grenade.

Or, on ne lui a pas permis d’entrer dans le territoire lorsqu’il a atteint l’île après une cinquantaine d’heures de navigation, dit-il. « Tout s’est passé à une vitesse phénoménale, raconte-t-il. Toutes les deux-trois heures, une île fermait ses frontières. Mais on ne peut pas aller plus vite que le bateau. »

Il veut rentrer, mais critique l’ambassade du Canada pour ce qu’il décrit comme le manque d’aide et de réponses. « Ça me fait peur, confie-t-il. S’il m’arrive quelque chose, si je tombe malade, que je me blesse, ils ne sont pas équipés ici. »

Affaires mondiales Canada a confirmé dans un courriel vendredi après-midi avoir été « en contact avec un certain nombre de Canadiens qui se trouvent sur des bateaux privés dans les Caraïbes et qui ont demandé une aide consulaire, ce qui inclut fournir des renseignements sur les possibilités de vols et sur l’aide financière », par l’entremise de ses missions diplomatiques, sans préciser une aide spécifique qui pourrait être offerte.

Appel au rapatriement

Un couple de Québécois dit aussi avoir multiplié les appels au rapatriement auprès de l’ambassade du Canada au Guatemala. « Nous voulions laisser le bateau dans une marina pour regagner le Québec, relate Daniel Gaspard. Ma conjointe devait rentrer pour un rendez-vous médical. Nous nous sommes donc inscrits. On nous a répondu qu’on reconnaissait notre vulnérabilité, mais qu’il n’y avait plus de place dans les avions. »

PHOTO FOURNIE PAR DANIEL GASPARD

Véronique et Daniel Gaspard

Faute de sièges restants à bord des derniers avions, M. Gaspard et sa conjointe, Véronique, se sont rabattus sur le Guatemala pour jeter l’ancre, en espérant pouvoir revenir au pays quelque part au milieu de l’été. Ils se sont réfugiés sur le petit fleuve Rio Dulco après avoir sillonné les eaux au large du Mexique et de Cuba, espérant ainsi être à l’abri de la saison des ouragans.

Le couple de retraités est connu dans le monde de la navigation privée de plaisance pour avoir consacré des années à la construction d’un voilier de 35 pi, le Baladin ll, lui permettant de voyager et de travailler à la sensibilisation de la pollution des océans.

Coincés à l’étranger

Au Pérou, certains voyageurs restés coincés espèrent encore monter à bord des vols annoncés au début du mois de juin. Mais, de fois en fois, les tentatives pour rentrer au Canada ont été vaines pour nombre d’entre eux. Un couvre-feu est désormais obligatoire à l’échelle du territoire de 20 h à 5 h. Des voyageurs constatent qu’il y a encore des vols vers des destinations américaines ou européennes, mais aucun pour le Canada. Certains, cependant, comme Nicholas Welsh, étudiant à la maîtrise en anthropologie, est parvenu à revenir au pays à la fin avril avec l’aide de l’Université de Montréal. En Arabie saoudite, Mark Banyai, infirmier, planifie son retour depuis des semaines. Il espère enfin atterrir à Montréal, ou à Toronto, vers la mi-juin. « C’est beaucoup de paperasse et d’organisation, témoigne-t-il. J’ai besoin d’un visa de départ du pays. Ça prend du temps à obtenir. Et les vols sont souvent prévus seulement une ou deux semaines à l’avance. J’espère donc qu’il y aura des vols de rapatriement en juin. » 

Au début du mois d’avril, La Presse a raconté les péripéties de nombreux voyageurs pour monter à bord d’un vol de retour. Pris au Pérou, Roxane Fortier et sa famille sont de retour dans le Centre-du-Québec. Elle affirme s’être soumise à un confinement complet de 14 jours. La Santé publique régionale n’a pas effectué de suivi.

Financièrement, explique Mme Fortier, elle attend toujours des remboursements de son assurance voyage pour une succession d’achats de billets de vols planifiés, puis annulés. Elle ajoute qu’elle n’a pas encore reçu une demande de remboursement du prêt d’urgence consenti par Affaires mondiales Canada.

Plus de 4000 Canadiens sont revenus du Pakistan depuis le 2 avril, selon Affaires mondiales Canada. Jeudi, un autre vol de rapatriement était prévu.

Mise à jour
Une version précédente indiquait qu’Affaires mondiales Canada n’avait pas répondu aux questions de La Presse au moment de publier, soit jeudi soir. Une mise a jour a été faite vendredi pour inclure la réponse.