(Montréal) Alors que des universités québécoises ont annoncé que la session d’automne se fera en ligne en raison de la COVID-19, des étudiants veulent que leurs droits de scolarité soient réduits, parce qu’ils estiment que la qualité de l’enseignement ne sera pas la même. D’autres s’inquiètent pour la santé mentale des étudiants, isolés chez eux.

Stéphanie Marin
La Presse canadienne

L’Université McGill, l’Université Laval, l’Université de Montréal et l’Université Concordia ont annoncé que cet automne, les cours se feront principalement à distance, chacun chez soi.

Un automne en ligne n’est pas une surprise vu la situation sanitaire, mais les étudiants ont beaucoup de questions.

« C’est clair que la qualité de l’éducation ne sera pas la même », lance Adam Gwiazda-Amsel, vice-président externe de l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM).

Les classes en ligne compteront beaucoup plus d’étudiants et McGill, comme la plupart des universités, n’est pas prête à offrir l’enseignement à distance, explique-t-il.

Comment des cours d’interprétation musicale pourront-ils être de la même qualité ? demande-t-il.

Et là se pose toute la question, selon lui : les étudiants paient-ils pour avoir « une note » ou pour une éducation ?

On a déjà senti la frustration avec les cours en ligne au cours de la session du printemps : il n’y a pas eu autant d’interaction avec le professeur ni entre les étudiants, dit M. Gwiazda-Amsel.

« Les professeurs ne sont pas formés pour ça et les étudiants ne se sont pas inscrits pour cela. »

Il est toutefois concevable que cela aille mieux à l’automne, dit-il, car les professeurs ne seront pas jetés, en urgence, dans un enseignement en ligne à coups d’enregistrements et de sessions sur Zoom.

Adam Gwiazda-Amsel s’inquiète aussi pour les étudiants qui ont des besoins particuliers pour apprendre.

« C’est déjà difficile pour eux », et les cours en ligne vont ajouter des barrières à leur apprentissage.

« McGill n’a pas encore fait savoir clairement ce qu’elle allait faire pour eux », se désole-t-il, alors qu’il juge cette question prioritaire.

À l’Université Concordia, les plus grandes préoccupations ont été exprimées par des étudiants internationaux, parce que leur facture de droits de scolarité est beaucoup plus élevée que celle des étudiants québécois, a expliqué Christopher Kalafatidis, le coordonnateur général de l’Association étudiante.

Ils paient beaucoup d’argent pour quelque chose qui n’a pas la même valeur pour eux, ajoute-t-il. Exit l’expérience de vivre dans un autre pays.

Les étudiants d’ici remettent aussi en question l’expérience de l’éducation à distance : « eux aussi sentent qu’ils perdent beaucoup ». Mais quant à exiger une réduction des droits de scolarité, l’association étudiante n’a pas encore pris une position officielle. Au moment de réaliser cette entrevue, Concordia n’avait pas encore fait savoir que l’enseignement allait se faire en ligne à l’automne, ce qui est maintenant chose faite.

Sur des forums étudiants, la frustration de certains est décelable.

« C’est juste horrible. Personne ne veut payer autant simplement pour regarder les notes (des professeurs) à l’écran », écrit un étudiant au baccalauréat en gestion à l’Université Concordia.

D’autres veulent joindre une initiative pour faire réduire les droits de scolarité « pour cette nouvelle éducation de piètre qualité ». Beaucoup écrivent qu’ils sont moins motivés d’apprendre lorsque tout se fait derrière leur écran.

Une pétition a été lancée pour obtenir une réduction des droits de scolarité à Concordia : jeudi matin, elle avait récolté près de 4000 signatures.

L’Union étudiante du Québec (UEQ) n’a pas non plus encore pris de position formelle sur les droits de scolarité.

Mais son président Philippe LeBel est d’avis que la transition vers les cours en ligne n’a pas été parfaite ce printemps. « La qualité de l’enseignement a un peu souffert. »

« On espère qu’ils vont être mieux préparés pour l’automne », a-t-il déclaré, ajoutant toutefois « qu’il ne faut pas tenir pour acquis que les cours en ligne sont moins bons. On ne part pas avec cette prémisse ».

Plusieurs associations universitaires s’entendent toutefois pour demander une réduction des frais afférents, c’est-à-dire ceux facturés pour les activités étudiantes et les installations sportives, par exemple, qui ne seront pas utilisées.

Santé mentale

Interrogée à savoir si elle allait exiger la réduction des droits de scolarité, la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAECUM) a répondu être surtout préoccupée par un autre sujet : la santé mentale des étudiants.

Elle veut s’assurer que l’Université de Montréal (UdeM) mette suffisamment de ressources à la disposition des étudiants pour qu’aucun d’eux ne souffre.

Le confinement et les cours en ligne, ça exacerbe la solitude et la détresse psychologique, a souligné en entrevue Sandrine Desforges, la secrétaire générale de la FAECUM : « C’est notre principale crainte. »

Car une session en ligne signifie que les nouveaux élèves n’auront aucun contact avec leurs collègues de classe.

On veut mettre en place des solutions avec l’UdeM, comme cela a été fait ce printemps, a-t-elle expliqué.

Il faut que les étudiants aient suffisamment de soutien psychologique, mais aussi technologique.

Au printemps, par exemple, une ligne téléphonique d’aide 24/7 avait été instaurée, ainsi qu’un service de téléconsultation psychologique.

La FAECUM demande aussi de la flexibilité pour les étudiants, notamment pour ceux qui sont parents de jeunes enfants et ceux qui ont un accès restreint à l’internet.