L’armée a été appelée en renfort, 83 résidants ont été infectés, au moins 42 morts sont à déplorer et 74 employés ont contracté la COVID-19. Pourtant, le CHSLD La Résidence Berthiaume-Du Tremblay, à Montréal, ne fait toujours pas passer de tests de dépistage systématiques à l’ensemble de ses employés.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Dans un message envoyé aux familles le 7 mai, le CHSLD privé conventionné se réjouissait d’avoir testé l’ensemble de ses résidants. La missive se termine toutefois par une phrase qui a fait bondir Gilles Provost, dont la tante de 94 ans a contracté la COVID-19 dans cet établissement.

« Pour votre information, il n’est toujours pas envisagé de tester l’ensemble du personnel, nous n’avons pas eu de consigne à cet effet », écrit la direction de ce CHSLD privé conventionné du quartier Ahuntsic.

« Il est pourtant évident que le personnel représente le principal risque d’infection non seulement pour les patients de l’institution, mais aussi pour les familles et les voisins de ces employés, s’insurge M. Provost, journaliste scientifique à la retraite de Radio-Canada qui a longtemps travaillé à l’émission Découverte. Je n’arrive pas à comprendre qu’il ne soit “toujours pas envisagé” de tester systématiquement l’ensemble de ces personnes qui mettent chaque jour en danger leur propre vie, celle de leurs patients et celle de leur entourage. »

On n’a pas la consigne que les établissements doivent tester systématiquement les employés. On a la consigne que les employés qui présentent des symptômes doivent aller se faire tester. Et ça, c’est sûr et certain que c’est appliqué depuis le jour un.

Annie Poirier, directrice, qualité, communications et ressources informationnelles, du CHSLD La Résidence Berthiaume-Du Tremblay

Mme Poirier précise donc que les employés qui présentent des symptômes de la COVID-19 ne sont pas admis sur les lieux de travail. Qu’en est-il des employés asymptomatiques qui pourraient être porteurs de la COVID-19 sans le savoir et infecter des patients et des collègues ? Mme Poirier explique que les risques en ce sens sont minimisés puisque depuis le 4 avril, tous les employés portent des équipements de protection complets (masque, lunettes ou visière, blouse, gants).

« Une fois que cet équipement est porté, on est considéré comme étant protégé pour nous-mêmes et pour les autres », affirme-t-elle. Notons que le CHSLD La Résidence Berthiaume-Du Tremblay a fait l’objet d’un reportage récent parce qu’il avait dû rationner ses blouses de protection à cause d’un problème de ravitaillement.

Pour Nimâ Machouf, épidémiologiste à la Clinique médicale urbaine du Quartier latin, une telle situation n’a « aucun sens ».

« Pour un centre avec autant de cas, il faut que tout le monde soit testé, tranche-t-elle. Comme on parle d’un foyer d’infection majeur, tester les employés est aussi important pour retracer les gens de leur entourage s’ils sont positifs. Sinon, on n’arrivera jamais à endiguer l’épidémie. »

Selon les chiffres fournis par le CHSLD, 83 résidants ont été infectés par la COVID-19 et au moins 42 d’entre eux sont morts. On dénombre 74 employés ayant été infectés, dont 17 sont aujourd’hui guéris.

Les employés parmi la clientèle prioritaire

Le 4 mai, le gouvernement a pourtant changé sa stratégie de dépistage et a défini six catégories de personnes chez qui les tests doivent être faits en priorité.

« J’attire votre attention sur le G3 (troisième groupe), qui mentionne que même les personnes asymptomatiques (personnel et résidants) sont testées dès qu’un cas positif non isolé est identifié dans des milieux d’hébergement tels que les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) », a souligné Robert Maranda, porte-parole au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Le MSSS explique que les personnes asymptomatiques, même si elles sont infectées par la COVID-19, peuvent générer un test négatif parce que leur charge virale est trop faible pour être détectée. À quelle fréquence faudrait-il tester ces employés ?

Souvent, un nouveau dépistage sera prévu auprès des employés asymptomatiques seulement si un nouveau cas survient tel que mentionné en G3

Robert Maranda, porte-parole du MSSS

S’il est clair que tous les employés du CHSLD La Résidence Berthiaume-Du Tremblay figurent parmi les personnes qui devraient être testées en priorité selon les critères du gouvernement, il est moins évident de savoir à qui incombe la responsabilité d’effectuer ces tests. Annie Poirier, du CHSLD La Résidence Berthiaume-Du Tremblay, estime en tout cas que ce n’est pas le rôle de son établissement.

« Les résidants sont testés par une équipe ici, à l’interne. Mais aucun employé n’est testé à l’interne. La consigne, c’est qu’il faut mentionner aux employés qui ont des symptômes d’appeler à la ligne 1877. C’est la procédure qu’on doit suivre », affirme-t-elle. Mme Poirier affirme ne pas avoir les écouvillons et les autres équipements nécessaires pour tester tout son personnel.

Malgré nos demandes au ministère de la Santé et à la Direction régionale de santé publique de Montréal, il n’a pas été possible de savoir qui est responsable, ultimement, de tester les employés. Au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, qui supervise 17 CHSLD publics, on affirme en tout cas que les tests sont effectués à l’intérieur même des établissements, y compris pour les employés asymptomatiques.

« On dépiste systématiquement à l’interne, dans nos établissements, tous nos employés », affirme le porte-parole Jean-Nicolas Aubé.