Hier, le mardi 12 mai, le premier ministre est arrivé devant le Québec avec un masque. L’image était forte. Il l’a enlevé tout croche, comme nous tous qui ne sommes pas des gens de la Santé.

Yves Boisvert Yves Boisvert
La Presse

C’était sympathique.

Mais ça résume la gestion de la crise au Québec depuis quelques semaines : de la bonne volonté, de la sympathie, mais tellement pas de sentiment d’urgence.

On est encore à se demander si le port du masque sera obligatoire, et dans quelles circonstances.

Vraiment ?

Les questions sont légitimes. On n’avance pas des politiques de santé publique sans qu’il y ait un minimum d’adhésion et de discipline dans le public.

Sauf que cette question relativement simple est réglée dans plusieurs États depuis longtemps.

Fin mars, Jena, une ville allemande de la taille de Sherbrooke, a imposé le port du masque dans les transports publics et les commerces.

La décision était jugée radicale. Mais quelques semaines plus tard, le taux d’infection était… radicalement moins élevé que dans les villes environnantes.

Le 15 avril, la chancelière Angela Merkel « recommandait » le port du masque. Rapidement, c’est devenu obligatoire dans toutes les régions allemandes pour diverses activités.

Bien entendu, les masques ne règlent pas tous les problèmes. Mais la distanciation de deux mètres non plus. Ni le lavage de mains. Ça fait partie des mesures utiles.

Je ne parle pas ici de l’équipement médical, qui fait encore cruellement défaut dans plusieurs milieux. Je parle d’un outil relativement simple pour freiner la propagation.

Comment se fait-il qu’on ait attendu si longtemps pour en faire une « recommandation » ?

Oui, je sais, on construit l’avion en volant, on est un escargot sans coquille, tout ça est vrai.

Mais les masques ? On est un mois en retard.

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Pourquoi ne pas les « imposer » ? ont demandé les journalistes.

Question de droits fondamentaux, ont répondu MM. Legault et Arruda. Nul doute que des avis juridiques ont été rédigés sur la question. Et en effet, on ne limite pas des droits de manière arbitraire. Il faut des motifs pressants. Il faut que la mesure imposée par l’État ait un effet démontrable pour atteindre l’objectif recherché. Et les études sur l’effet des masques sont un peu dans le flou.

Parfait.

Mais qu’est-ce que le port du masque comparé au confinement ? À l’absence de contacts sociaux ? Aux restrictions à la liberté de mouvement ? C’est une contrainte bien mineure, qui va permettre justement de retrouver notre liberté de mouvement en diminuant les risques.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

« Qu’est-ce que le port du masque comparé au confinement ? À l’absence de contacts sociaux ? Aux restrictions à la liberté de mouvement ? », demande notre chroniqueur.

Bref, j’imagine bien qu’un membre désœuvré du Barreau en manque de notoriété pourrait se garrocher devant un juge en criant « Liberté ! »

Ça s’est vu.

Mais je n’imagine pas qu’un juge lui donne raison si, par exemple, on impose le port du masque dans les transports publics et dans les marchés. Ou si certaines industries en font une norme.

Le premier droit fondamental, c’est tout de même le droit à la vie et à la sécurité de la personne.

Un masque est un inconvénient assez mineur à côté du confinement. Et ses avantages, même s’ils étaient marginaux, justifient largement son imposition temporaire pour certaines activités.

Pas pour faire une marche. Mais pour tout ce qui suppose un contact rapproché avec des gens ou des aliments.

En toute logique, si le masque « grand public » est une mesure de santé publique pertinente, il devrait être obligatoire dans certains cas. Et devenir une norme.

On a tous plus ou moins intégré l’idée qu’un masque ne nous protège pas des gouttelettes des autres. Mais elles protègent les autres de nos gouttelettes. Je préfère donc en mettre un pour faire le marché… parce que les autres en mettront un.

Ce n’est pas de l’autoritarisme. C’est une mesure de santé publique que très bientôt plus personne ne remettra en question, tant que durera cet état de contagion. C’est une mesure de déconfinement partiel.

Dans l’état assez triste des choses, devant ces courbes qui ne descendent pas vraiment, avec des bilans de morts parmi les pires au monde, qui dira que cette mesure assez simple est extrême ? Injustifiable ?

Aucune personne raisonnable.

Il ne nous reste qu’à apprendre à le mettre et à l’enlever comme il faut…