Marilou Bergeron, cofondatrice du groupe de couturières bénévoles Les Couzeuzes, a vu sa boîte de messages exploser mardi lorsque François Legault s’est présenté au point de presse de 13 h en portant le masque qu’elle lui avait offert, il y a quelques semaines.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

Le premier ministre voulait encourager les Québécois à porter un couvre-visage.

« Moi, c’est Mme Bergeron qui m’a donné ça, une dame qui m’a envoyé ça comme cadeau. C’est fait à la main. Pas besoin d’avoir un masque comme les gens qui sont dans les hôpitaux », a déclaré M. Legault en manipulant le petit morceau de tissu devant les caméras.

« Mme Bergeron », c’est Marilou Bergeron, une maquilleuse-coiffeuse professionnelle de Laval, qui était surprise d’être ainsi propulsée sous le feu des projecteurs.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Marilou Bergeron

« J’ai plein d’amis qui m’envoyaient des textos : ‟Le premier ministre a dit ton nom à la télé !" », a raconté la Lavalloise lorsque La Presse l’a jointe mardi. Elle n’a su que cinq minutes avant la conférence que François Legault porterait son masque.

« Ça fait un petit bout de temps que je lui ai envoyé. Au moment où je l’ai fait, ce n’était pas encore dans les recommandations, ils ne parlaient pas de ça. C’était comme une blague, j’ai mis six masques dans une enveloppe et je les ai envoyés. Je suis contente de voir qu’aujourd’hui, il le porte », dit-elle.

Travailler fort

En arrêt de travail à cause de la pandémie, Marilou Bergeron se sentait impuissante et souhaitait contribuer à l’effort collectif contre la COVID-19. Les appels à l’aide des travailleurs essentiels qui craignaient de manquer de masques ont attiré son attention.

« On sentait qu’il y avait une pénurie qui s’en venait et on ne pouvait rien faire. J’ai invité les gens à donner du tissu et à coudre avec nous », raconte-t-elle. Avec la photographe Vivian Doan et la costumière Silvana Fernandez, elle a créé Les Couzeuzes.

Le groupe rassemble désormais une vingtaine de couturières amateurs et bénévoles qui fabriquent des masques chez elles pour les travailleurs de première ligne. Elles en ont déjà distribué plus de 1200, gratuitement, notamment grâce à des dons de tissus. Elles ont une page Facebook et une collecte de fonds sur le site GoFundMe.

« On en a fourni 250 à l’Association montréalaise pour les aveugles, on a une commande pour la Maison du Père, on en donne à Montréal-Nord pour un groupe qui font de l’éducation et qui visitent les appartements. C’est long, faire des commandes comme ça, mais les filles ont travaillé fort », dit-elle.

Pas pour l’argent

Il a fallu quelques essais et erreurs pour produire des masques de bonne qualité. « On n’est pas des couturières de métier », souligne Mme Bergeron.

Les membres du groupe ne veulent d’ailleurs pas transformer l’initiative en projet commercial.

« Personne n’a manifesté l’envie d’en vendre. On ne fait pas ça pour s’en mettre dans les poches. On prend des commandes d’organismes, mais pas les commandes individuelles. Quand je reçois des commandes personnelles, je redirige les gens vers des personnes qui cousent pour gagner leur croûte », ajoute la Lavalloise.

Marilou Bergeron n’est pas la seule à l’avoir remarqué : au début de la pandémie, le fait de promouvoir le port du masque était mal reçu par une partie de la population. Les commentaires négatifs fusaient sur les réseaux sociaux, parce que le couvre-visage était associé par certains à une vision négative, pessimiste, alarmiste.

« Des gens nous disaient : ‟Ne faites pas ça !" » se souvient-elle.

Pour qu’ils puissent le manipuler

Mais petit à petit, la demande est allée en augmentant. À un certain point, voyant que le gouvernement ne recommandait pas encore le port du masque individuel, Marilou Bergeron a décidé d’envoyer des exemplaires au premier ministre.

« Je me disais, peut-être qu’il faudrait qu’ils en voient, qu’ils voient comment c’est fait, qu’ils puissent le manipuler, voir comment c’est confortable », dit-elle. Elle est passée par son amie Émilie Nadeau, qui travaille comme photographe au cabinet du premier ministre. Après son envoi, elle n’a pas eu de nouvelles, jusqu’à ce que la photographe la rappelle, cinq minutes avant le point de presse de mardi.

« Émilie m’a dit : ‟Le premier ministre a ton masque dans le visage et il s’en va en point de presse » », raconte Mme Bergeron. Elle a ouvert la télévision et constaté que son cadeau avait été bien reçu.