(Sorel-Tracy) Les portes de certaines écoles primaires se sont rouvertes lundi matin. Assis à leurs pupitres ou pendant leurs récréations, les élèves ont écouté les règles sans trop broncher. Bienvenue à l’école au temps de la COVID-19.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

La classe de Sophie Breton a donné lieu lundi matin a une scène inusitée qui traduit à elle seule le grand dilemme des parents : assis à leurs pupitres, six élèves ont conversé par vidéoconférence avec neuf autres de leurs amis restés à la maison. Pour cette première semaine à l’école primaire Saint-Gabriel-Lalemant de Sorel-Tracy, environ la moitié des élèves est rentrée.

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À cette première journée, il était beaucoup question de règlements et de nouvelles manières de faire les choses à l’école primaire Saint-Gabriel-Lalemant de Sorel-Tracy

Ils pourront expliquer à leurs amis en quoi consiste l’école en période de pandémie, une histoire qui ira à peu près comme ceci.

En entrant dans l’école, il faut d’abord se désinfecter les mains. Ensuite, on longe les casiers, histoire de ne pas croiser d’amis de trop près, puis on s’assoit à sa place dans la classe. On ne se déplace qu’en cas de nécessité et encore, on est presque toujours accompagné.

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Dans les couloirs de l’école primaire Saint-Gabriel-Lalemant de Sorel-Tracy

Les pupitres sont espacés, il manque des gens. Parfois, il n’y a que six élèves dans une classe. « Toutes mes amies ne reviennent pas », s’est indignée Alice, 9 ans. « Il y a des enfants qui ont la face longue, ils n’ont pas leurs amis », a observé tôt lundi matin la directrice de l’école Elizabeth Joyal.

Et de quoi on parle ? À cette première journée, il était beaucoup question de règlements et de nouvelles manières de faire les choses. Ici, on regardait une vidéo sur le coronavirus. Là, on apprenait à se laver les mains de la bonne façon. « Ça va être plus à l’oral. Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vus, j’ai besoin de vous entendre », a dit à ses élèves Sophie Breton. « Est-ce qu’on va pouvoir sortir dehors au diner ? », s’est inquiété David, 9 ans.

On jase aussi du sujet de l’heure, le coronavirus. « Ma mère travaille dans une garderie, heille le deux mètres ça va être… zéro mètre », a commenté Théo. « C’est stressant de le pogner et de le ramener à tout le monde », a pour sa part observé Kora-Lee, 8 ans. N’empêche que seule une minorité du personnel porte le masque, fourni par la commission scolaire.

À la récréation, qui se prend par petits groupes, les choix sont limités. « Tu joues au chef d’orchestre ou tu prends une marche », entend-on par exemple, tandis que retentissent de temps en temps les « deux mètres, deux mètres ! ». Il reste la corde à sauter, un à la fois, il va sans dire.

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Au temps du coronavirus, l’heure de la récréation a une toute autre allure à l’école primaire Saint-Gabriel-Lalemant de Sorel-Tracy

Quant au diner, il se prend à son pupitre et on place les déchets dans une poubelle individuelle qui y est accrochée pour minimiser les déplacements en classe. Et oui, on sort jouer dehors même le midi. Moins longtemps qu’avant, toutefois.

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Les élèves prennent le dîner assis à leur pupitre

Les enseignants aussi ont un peu changé. En deuxième année, par exemple, une classe est maintenant occupée par un enseignant d’éthique et culture religieuse du secondaire qui a su il y a trois jours qu’il remplacerait au primaire. « Je suis habitué avec les plus vieux. Ça va être de l’improvisation, c’est quelque chose que je n’ai jamais fait », a déclaré Guillaume Gauthier.

On ne va plus au local de musique, c’est le prof qui vient à nous. Il traine sa guitare et le spectacle de fin d’année a été annulé. « On préparait un hommage aux Colocs », a dit Alexandre Trépanier. « Bonyeu donne-moé une job », ont chanté en cœur les élèves lundi sans relever qu’ils étaient dans l’air du temps.

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Un concierge nettoie les poignées de porte à l’école primaire Saint-Gabriel-Lalemant de Sorel-Tracy

Et les enfants, ils trouvent ça comment l’école de cette façon ? « Je suis un peu déstabilisée, mais quand même contente », a commenté Laurence, 9 ans.

« Ça a beaucoup changé. Avant les bureaux étaient collés et y’avait pas le deux mètres », a pour sa part observé David, 10 ans. « Ça n’a pas vraiment changé, à part le lavage de mains et la distance », a objecté Kora-Lee.

Si les enfants ne s’entendent pas sur l’ampleur des changements qui sont survenus, il semblait presque y avoir consensus sur le fait de ne pas avoir d’école, ainsi résumé par Miley, 11 ans. « C’est plate, rester à la maison. »