Le retour à l’école des enfants québécois est-il un risque ? Pour les enfants : pas vraiment. Pour les adultes : c’est moins certain. Au Québec, aucun enfant n’est mort de la COVID-19. Les plus jeunes représentent 0,4 % de toutes les hospitalisations et moins de 3 % des cas confirmés. Mais l’idée voulant qu’ils ne contaminent pas les autres ne fait pas l’unanimité.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Contagiosité

« La majorité des études ont l’air de montrer que les enfants de moins de 14 ans contracteraient moins le coronavirus et qu’ils le répandraient moins que les adultes. Ça ne veut pas dire qu’ils ne l’attraperaient pas et qu’ils ne le répandraient pas », prévient le Dr Jean-François Chicoine, pédiatre au CHU Sainte-Justine.

Les nouvelles données qui suggèrent que les enfants ne propagent pas le virus « ne sont pas coulées dans le béton », ajoute la Dre Cécile Tremblay, microbiologiste et infectiologue au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). « On ne peut pas encore tirer de conclusion sur la question de la transmission. »

Charge virale

Une étude britannique, citée dans un document de l’Association des pédiatres du Québec, que La Presse a obtenu, rapporte le cas d’un homme qui a infecté 11 personnes, dont un enfant de 9 ans, dans un chalet des Alpes françaises. Cet enfant a été en contact avec 172 personnes : adultes, amis, profs. Résultat ? Il n’a infecté personne.

Une enquête réalisée dans les écoles australiennes, dont les données préliminaires ont été publiées le 26 avril, suggère aussi que les enfants ne sont pas des agents de propagation du virus.

En revanche, une étude allemande, prépubliée le 29 avril, soutient le contraire. Les enfants pourraient être aussi contagieux que les adultes, affirment les scientifiques, qui ont découvert que la charge virale ne diffère pas avec l’âge. L’auteur principal de cette étude est Christian Drosten, dont l’équipe de recherche a découvert le virus du SRAS en 2003.

Enfants infectés

Cela dit, la plupart des études montrent que les enfants porteurs de la COVID-19 ont été infectés par un adulte de leur entourage et que ce n’est pas eux qui ont infecté les adultes.

Au CHU Sainte-Justine, l’un des trois centres désignés pour la COVID-19 chez les jeunes, la pédiatre infectiologue Fatima Kakkar constate que la majorité des enfants infectés ont été contaminés par leurs parents.

C’est sûr que tout le monde est en confinement. Il y a peu de parents qui travaillent. C’est donc normal que les enfants ne soient pas des vecteurs. Mais même chez des enfants infectés qui ont été hospitalisés, les parents qui sont restés à leur chevet pendant toute la période ne sont pas tombés malades.

Fatima Kakkar, pédiatre infectiologue au CHU Sainte-Justine

La pédiatre de Sainte-Justine croit qu’il faut mieux étudier le phénomène, mais que ces observations cliniques correspondent à ce que « les autres pays sont en train de décrire ».

Il y a eu 19 hospitalisations à Sainte-Justine relatives à la COVID-19. Mais la moitié des patients ont été admis pour des raisons non liées au virus : ingestion de corps étranger, infection urinaire, jaunisse, appendicite… C’est par hasard qu’ils ont été déclarés positifs à la maladie.

« On a une politique de dépistage de la COVID pour des cas hospitalisés qui ont besoin d’une opération pour protéger le personnel. Donc, on découvre des cas, explique la spécialiste. Pour la majorité, les symptômes sont très légers et durent 48 heures : un petit peu de fièvre, des symptômes digestifs, des fois de la nausée, des vomissements, de la diarrhée, d’autres fois un petit rhume. »

Moins malades

Pourquoi les enfants attrapent-ils moins la COVID-19 et sont-ils touchés par des formes très peu sévères de la maladie ?

« On ne le sait pas. C’est un grand mystère, répond la Dre Kakkar. Les enfants ne réagissent pas comme les adultes. Et même chez les enfants fragiles, les enfants immunosupprimés, ce n’est pas du tout la même chose. »

Mais ce qu’on sait, c’est que la COVID-19 chez l’enfant n’est en rien comparable à l’influenza, pour laquelle les jeunes sont des vecteurs importants de transmission. Il y a eu 183 hospitalisations pour l’influenza à Sainte-Justine au cours de la dernière année, dont 24 aux soins intensifs.

« Il est donc important de prendre un peu de recul et de relativiser les infections. Le risque zéro n’existe pas, mais nous avons vu de bien pires infections pour la pédiatrie que la COVID-19 », écrit Marc Lebel, pédiatre infectiologue du CHU Sainte-Justine, dans un document rédigé à l’intention de ses collègues.

Retour en classe

Avec le déconfinement de plusieurs régions du Québec, le Dr Jean-François Chicoine s’attend toutefois à des éclosions dans les garderies et les écoles.

« Il va y avoir de plus en plus d’éducateurs et de professeurs infectés, surtout des éducateurs parce qu’il y a une plus grande proximité avec les enfants dans les garderies. Les bébés éternuent, partagent leurs sécrétions, les éducateurs changent des couches… Le comportement des enfants est moins contrôlable, d’où l’importance de déconfiner tranquillement », insiste-t-il.

« Tout le monde va finir par l’attraper. Il s’agit juste de ne pas l’attraper tout le monde en même temps. »

Pour la Dre Tremblay, la question de la propagation du virus par les enfants n’a pas beaucoup d’importance dans les régions du Québec où les enfants vont reprendre le chemin de l’école parce que la transmission y est en recul et qu’on a la capacité de tester et de traiter les nouveaux cas.

« Par contre, à Montréal, on n’a pas encore vu une diminution des cas et on manque de personnel pour faire le dépistage et le traçage, rappelle-t-elle. La question des enfants devient importante parce que s’ils sont affectés et qu’ils transmettent la maladie, le nombre de cas va se multiplier et on risque d’avoir d’autres éclosions dans la société. C’est le jeu des dominos. »

> Visionnez la vidéo réalisée par le Centre pédiatrie sociale Cœur des Laurentides

> Consultez l’étude britannique (en anglais)

> Consultez l’étude australienne (en anglais)

> Consultez l’étude allemande (en anglais)