(Toronto) La pression des pairs et les messages publics influeront sur la capacité et la volonté des Canadiens de maintenir des comportements sécuritaires alors que les restrictions liées à la COVID-19 commencent à se desserrer, disent certains experts, en questionnant l’efficacité des amendes et les lignes de dénonciation comme solutions à long terme.

Paola Loriggio
La Presse canadienne

La pandémie qui a causé des milliers de morts à travers le pays a également forcé des personnes de tous horizons à modifier radicalement leur comportement en quelques semaines.

Ces nouvelles habitudes seront ajustées et mises à l’épreuve dans les prochains mois à mesure que les entreprises et les espaces publics rouvriront progressivement, les autorités soulignant la nécessité de maintenir des précautions telles que la distanciation physique.

Les gens retourneront dans un monde qui a lui-même été irrévocablement transformé, ce qui facilitera la résistance au retour aux modèles de comportement prépandémie, a déclaré Steve Joordens, professeur de psychologie à l’Université de Toronto.

Les pairs en particulier peuvent renforcer ou saper de nouvelles habitudes, car les humains ont un fort désir d’appartenance, a-t-il souligné. Si une bonne proportion de personnes continue de respecter les consignes de sécurité, « ce sera très facile pour les autres, car elles verront cela se manifester tout autour d’elles », a-t-il expliqué.

« Si un nombre important de personnes commencent à enfreindre toutes ces règles – et en particulier les personnes dont nous sommes en quelque sorte les plus proches – alors il nous sera difficile de continuer à suivre. »

La sanction des contrevenants, quant à elle, peut dissuader d’enfreindre les règles à court terme, mais elle est peu susceptible de favoriser la coopération au fil du temps, a soutenu le psychologue – particulièrement si les gens sont invités à se dénoncer les uns les autres.

« La punition est la solution facile : c’est rapide, c’est simple, et on a l’impression d’avoir accompli quelque chose. Mais cela engendre beaucoup de détresse et de ressentiment », a-t-il déclaré.

La peur – qu’elle soit relative aux amendes ou au virus lui-même – a peut-être incité les gens à changer leurs habitudes au début de la crise, mais son pouvoir de motivation diminue avec le temps à mesure que les gens apprennent à la surmonter, selon Frederick Grouzet, professeur agrégé de psychologie à l’Université de Victoria.

De même, une approche trop contraignante peut déclencher un esprit de rébellion à long terme, parce que les gens n’apprécient pas de se sentir traités comme des enfants par leur gouvernement, a-t-il fait valoir. Il a souligné une vague de protestations contre les mesures liées à la COVID-19 qui ont surgi dans certaines parties du Canada et des États-Unis.

Alors que les règles deviennent graduellement moins strictes, la meilleure stratégie pour les gouvernements reste sans doute de mettre l’accent sur l’espoir que les citoyens agiront pour le mieux et d’invoquer la nécessité d’un effort collectif, a déclaré M. Grouzet.

« Admettre la difficulté, expliquer les raisons, fournir plus d’informations et soutenir leur autonomie… est toujours l’approche la plus efficace, surtout à long terme », a-t-il dit croire.

Étude de chercheurs américains

Une étude récente menée par des chercheurs américains a examiné si le fait de mettre en évidence les risques personnels ou collectifs – « Ne pas attraper le virus » ou « Ne pas le transmettre aux autres » – changeait la façon dont les gens avaient l’intention d’agir.

L’auteure principale Jillian Jordan, boursière postdoctorale au Dispute Resolution Research Center de la Northwestern University, a indiqué que le premier sondage en ligne a révélé que les messages axés sur l’impact communautaire du virus étaient plus efficaces pour influencer les participants.

Cela laisse croire que les gens ne sont pas aussi strictement égoïstes que certains pourraient s’y attendre, ou qu’ils craignent que sembler agir égoïstement puisse nuire à leur réputation, a affirmé Mme Jordan, qui doit discuter la semaine prochaine des résultats dans un panel virtuel organisé par l’Université de la Colombie-Britannique.

Cependant, un deuxième cycle mené plus tard durant la crise, qui fera l’objet d’un prochain article, a trouvé les deux stratégies tout aussi efficaces, ce qui suggère que la réponse des gens aux messages de santé publique pourrait changer au fil du temps, a-t-elle souligné.

« Il semble important de réfléchir à la manière de nous assurer de rester à jour en termes d’efficacité, a déclaré Mme Jordan. Il pourrait y avoir différentes approches dont nous aurons besoin pour encourager les gens à rester vigilants au fil du temps. »

Les contacts physiques

Peu importe les messages qu’ils reçoivent des autorités, les gens seront confrontés à une tentation majeure lorsqu’il s’agira de maintenir leurs nouvelles habitudes, a fait valoir M. Joordens, professeur à l’Université de Toronto.

« La plupart des choses seront étonnamment faciles, (mais) l’exception est le désir des humains d’avoir un contact, d’avoir au moins un contact émotionnel », selon lui.

Il est facile de planifier des conversations vidéo et des appels téléphoniques lorsque nous sommes coincés à la maison, mais une fois que les gens reverront leurs proches, l’envie de s’approcher à moins de deux mètres sera difficile à surmonter, a-t-il souligné.

« C’est quasiment plus qu’une habitude – c’est pratiquement un instinct, notre besoin d’être en contact avec d’autres humains. »