La mairesse de Montréal, Valérie Plante, approuve sans réserve la décision du gouvernement Legault de reporter d’une autre semaine la réouverture des commerces de proximité dans le Grand Montréal, parce que la situation n’y est pas maîtrisée.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

La COVID-19 a fait 121 nouvelles victimes au cours des 24 dernières heures au Québec, dont 119 dans la grande région de Montréal.

« La santé publique doit primer en tout temps », a-t-elle dit, en conférence de presse, annonçant une aide d’urgence de 5 millions destinée aux commerces et aux entreprises.

Cette décision ne fait toutefois pas l’affaire des commerçants pour qui chaque semaine de fermeture de plus aggrave leur situation.

« On comprend la décision de la Santé publique, déclare Stéphane Drouin, directeur général du Conseil québécois du commerce de détail, en entrevue. Mais, d’un autre côté, les commerçants sont dans une période difficile qui est en train de devenir critique pour certains. » 

La prolongation de la fermeture va certainement empirer la situation. Il faut plus d’aide des gouvernements.

Stéphane Drouin

« C’est certain qu’en tant que marchand, ça me fait de la peine parce qu’on se préparait pour ça », ajoute François Roberge, président de La Vie en rose, qui s’apprêtait à ouvrir 14 magasins le 18 mai dans le Grand Montréal. « Mais en tant que citoyen, je peux comprendre, parce que je ne pense pas qu’on soit prêts. »

De son côté, le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Michel Leblanc, accueille ce nouveau report « avec résignation ».

« C’est une immense déception. Je ne vais pas contester la décision des autorités sanitaires. Mais, attention, parce que le choc psychologique est énorme. C’est du monde qui a risqué toute sa vie dans son projet et qui essaie de garder le moral depuis des mois. Il y a une impression d’injustice qui s’installe chez les petits commerçants de Montréal. »

« Montréal, c’est fragile »

Le premier ministre François Legault a annoncé jeudi, en point de presse, que la grande région de Montréal devrait attendre au moins jusqu’au 25 mai avant d’entamer son déconfinement.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

François Legault, premier ministre du Québec

L’ouverture des commerces non essentiels de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), qui avait déjà été reportée une première fois lundi, vient ainsi d’être retardée d’une semaine supplémentaire. D’abord annoncée pour le 11 mai, puis repoussée au 18 mai, cette étape est maintenant fixée au 25 mai.

La réouverture des écoles et des garderies, dont la date avait été d’abord été maintenue au 19 mai, lundi, vient aussi d’être reportée au 25 mai.

La contagion n’est pas encore considérée comme maîtrisée et les hôpitaux n’ont pas le personnel de santé nécessaire pour prendre en charge les lits disponibles, a expliqué M. Legault.

Un nouveau report n’est d’ailleurs pas exclu à Montréal, a laissé entendre le premier ministre Legault. Cette date du 25 mai sera maintenue « si, et seulement si, la situation s’améliore, entre autres, du côté du personnel d’ici le 25 mai », a-t-il souligné.

« Montréal, c’est fragile, le reste du Québec, c’est le paradis. C’est carrément ça, c’est deux mondes complètement différents », a déclaré pour sa part le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda. Outre les problèmes en CHSLD, plusieurs facteurs expliquent la situation montréalaise, selon lui. « Il y a plus de gens, plus de densité, plus de pauvreté, plus de tout. Et à cause de ce tout, il y a plus de cas aussi. »

Triste bilan

Les difficultés du Grand Montréal se reflètent d’ailleurs dans le triste bilan du jour. Sur les 121 nouveaux décès enregistrés dans la province depuis la veille, 104 se sont produits à Montréal, 6 à Laval, 5 dans les Laurentides, 2 dans Lanaudière et 2 en Montérégie, a détaillé M. Legault.

« Donc au total, si vous prenez la grande région de Montréal, ce sont 119 décès sur 121. »

Les deux derniers décès se sont produits en Mauricie, alors que les autres régions n’en ont aucun, a poursuivi le premier ministre. « C’est pourquoi nous ouvrons le reste du Québec, mais nous gardons le Grand Montréal fermé. »

En tout, 2631 Québécois ont succombé à la COVID-19 jusqu’ici, dont 2252 dans le Grand Montréal.

Sur les 911 nouveaux cas confirmés dans les dernières 24 heures, 789 sont aussi sur le territoire de la CMM. Le nombre total de cas confirmés atteint 35 238 au Québec. On dénombre 1836 patients hospitalisés, dont 224 aux soins intensifs.

Plus de tests

La mairesse Valérie Plante attend avec impatience l’augmentation du nombre de tests de dépistage promis par le gouvernement et espère que la date du 25 mai pour le début du déconfinement sera la bonne.

Québec entend toujours faire passer de 6000 à 14 000 par jour le nombre de tests pour avoir « une meilleure de la transmission communautaire », mais l’augmentation est plutôt faible jusqu’ici. Le directeur national de santé publique a admis jeudi qu’on n’y arriverait « peut-être pas » en raison d’un manque de personnel, particulièrement à Montréal.

Selon Mme Plante, l’augmentation du nombre de tests est « nécessaire pour bien cibler les interventions ».

« Donc, plus il y en aura, mieux ce sera. On a absolument besoin d’avoir plus de tests pour mieux comprendre la situation et agir de façon ciblée. »

Locaux vacants

En attendant, la mairesse a fait savoir qu’il n’était pas question d’imposer une taxe à la vacance aux propriétaires d’immeubles commerciaux inoccupés, comme le recommande la Commission sur le développement économique et urbain de la Ville de Montréal qui a déposé son rapport jeudi.

Pour moi, une taxe, ce n’est pas du tout une bonne idée. Dans l’immédiat, ce n’est pas une recommandation que nous allons privilégier.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

L’opposition officielle à l’hôtel de ville de Montréal est aussi en désaccord avec cette recommandation, tout comme la CCMM. Les trois conseillers d’Ensemble Montréal, qui étaient membres de la commission, estiment qu’il est inacceptable d’augmenter le fardeau fiscal des propriétaires d’immeubles commerciaux, « qui comptent déjà parmi les plus taxés au pays ».

Rappelons que cette commission, présidée par le conseiller Richard Ryan, avait été chargée par la Ville, l’automne dernier, de se pencher sur la problématique des locaux commerciaux inoccupés sur les artères montréalaises et de proposer des pistes de solutions.

Les audiences publiques ont été tenues au début de l’hiver, avant la pandémie de coronavirus qui n’a fait que noircir le tableau. Selon le maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Rabouin, la crise de la COVID-19 pourrait faire grimper le taux d’inoccupation des locaux commerciaux à 50 % sur certaines artères montréalaises.

« Personne ne peut prédire ce qui va arriver, mais c’est sûr que le défi est plus grand maintenant qu’au moment où la commission a fait son étude », a-t-il fait savoir.

« Le rapport de la commission est clair : le taux de vacance avant même l’impact de la crise actuelle était de deux à trois fois supérieur au taux jugé acceptable », a ajouté la Mme Plante qui promet de s’attaquer au problème.

Afin de contrer le fléau des locaux vacants, la commission recommande notamment d’exercer un plus grand contrôle des baux commerciaux pour mieux protéger les locataires des hausses de loyer abusives ; de créer un registre centralisé des locaux vacants ; de réduire l’écart de fardeau fiscal entre les immeubles résidentiels et non résidentiels ; enfin, de soutenir le développement de stratégies numériques des commerces ayant pignon sur rue.