Les quartiers où résident les travailleurs de la santé sont les plus touchés. La métropole se démarque aussi par une proportion élevée de femmes parmi les cas diagnostiqués, relève la Santé publique.

MATHIEU PERREAULT MATHIEU PERREAULT
La Presse

Montréal a beau être l’épicentre de la pandémie de COVID-19, les citoyens courront lors du déconfinement un risque « acceptable » s’ils respectent les mesures de distanciation physique et les recommandations pour les populations vulnérables, selon la Santé publique de Montréal.

« En date d’aujourd’hui, il y a quand même un travail à faire pour qu’on puisse dire qu’on a rempli les conditions de l’OMS pour ce qu’on peut appeler un déconfinement sécuritaire », a dit mercredi en entrevue le Dr David Kaiser, chef médical de l’environnement urbain et des saines habitudes de vie à la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal. 

« On ne peut pas ouvrir si on ne peut pas identifier si la transmission augmente, ou cerner ses dynamiques. On doit avoir une capacité de dépistage et retracer les contacts des nouveaux cas positifs. On pourra alors parler de risque acceptable », ajoute le Dr Kaiser. 

Que signifie un risque acceptable pour un Montréalais qui ne fait pas partie des groupes à risque ? « Après ça, ce sont des choix individuels, comme j’envoie ou non mon enfant à l’école, qui évoluent selon la situation et les mesures en place, répond le Dr Kaiser. Mais il y a toujours un volet de choix individuel. »

Les statistiques et les CHSLD

INFOGRAPHIE LA PRESSE

La Santé publique constate que les quartiers où vivent de nombreux travailleurs de la santé sont les plus touchés. La densité de population pourrait aussi jouer un rôle. Montréal se démarque également par une proportion élevée de femmes parmi les cas diagnostiqués, qui reflète la concentration dans les CHSLD.

Les quartiers touchés au départ étaient Outremont, Côte-Saint-Luc et Côte-des-Neiges. On parle maintenant de Saint-Michel, Rivière-des-Prairies et Montréal-Nord. « On sait que c’est en partie lié à la présence de gens qui travaillent dans les services essentiels et de santé, dit le Dr Kaiser. On est en train de vérifier s’il y a aussi une dimension de densité de population dans le quartier et les logements. Pour le moment, ailleurs dans le monde, on n’a pas vu cette relation. »

En général, pour les maladies infectieuses, la tuberculose par exemple, plus il y a de gens par pièce dans un logement, plus il y a de gens dans un même quartier, plus il y a de transmission.

Le Dr David Kaiser

Se pourrait-il que les quartiers les plus touchés le soient parce qu’ils abritent plus de CHSLD infectés ? « On a vérifié, ce n’est pas à cause des CHSLD », a dit le Dr Kaiser.

Le grand nombre de cas en CHSLD explique par contre la proportion plus élevée qu’ailleurs de femmes parmi les cas diagnostiqués à Montréal, selon le Dr Kaiser. En effet, il y a plus de femmes parmi les personnes très âgées, parce qu’elles ont une espérance de vie plus grande que les hommes, et il y a plus de femmes chez les employés des CHSLD, aussi touchés plus fréquemment par la pandémie.

Depuis le début de la crise du COVID-19 au Québec, il y a moins de deux mois, 1 % des Montréalais de plus de 80 ans ont succombé à cette maladie, selon les données de la DRSP. En comparaison, 8,4 % des plus de 80 ans meurent chaque année, toutes causes confondues, au Québec, selon les dernières données validées de l’Institut de la statistique du Québec. Chez les Montréalais de plus de 80 ans, la mortalité due à la seule COVID-19, si on la rapporte sur une année, serait donc presque aussi importante que la mortalité naturelle. Cela ne signifie pas que le taux total de mortalité chez les plus de 80 ans aura doublé en raison de la COVID-19, puisqu’une certaine partie des patients fauchés par la pandémie seraient peut-être morts d’une autre cause peu après.

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Mis à part les groupes à risque, le risque individuel varie en fonction de l’âge. « Entre 20 et 50 ans, le risque est stable, dit le Dr Kaiser. Ensuite, il augmente un peu, puis plus rapidement à partir de 65 ans. »

Laver les masques

Dans certains milieux de travail, les chantiers, par exemple, la recommandation de porter un masque ne s’applique que si on doit passer plus de 15 minutes à deux mètres d’une autre personne. Est-ce que cette dimension de temps doit être prise en compte par la population en général ? Par exemple, est-ce qu’une personne qui habite dans une maison unifamiliale et croise parfois une personne sur le trottoir durant une promenade doit se mettre un masque ? « Oui, il faut penser au temps en plus de la distance, dit le Dr Kaiser. Si, quand on se promène, on est dans un quartier très dense, où on se trouve sans cesse à moins de deux mètres des gens, on peut se mettre un masque. »

Il est recommandé de laver les masques tous les jours. Faut-il utiliser deux masques différents si on prend les transports en commun le matin et le soir ? « Non, ce n’est pas nécessaire, dit le Dr Kaiser. Mais si on est tous les jours dans des lieux où on ne peut pas avoir deux mètres de distance avec les autres, mieux vaut avoir plusieurs masques pour pouvoir les laver chaque jour. »

La COVID-19 en chiffres

60 % Proportion des femmes parmi les cas à Montréal

55 % Proportion des femmes parmi les cas au Canada

46 % Proportion des femmes parmi les cas à New York

27 % Proportion des très âgés (plus de 80 ans) parmi les cas à Montréal

16 % Proportion des très âgés (plus de 80 ans) parmi les cas au Canada

11 % Proportion des très âgés (plus de 75 ans) parmi les cas à New York

Sources : DSP Montréal-Centre, l’Agence de la santé publique du Canada et la Ville de New York