(Québec) C’est la sagesse populaire qui nous le dicte : quand on ne veut pas de réponse, on ne pose pas de question. C’est un peu la situation dans laquelle s’est retrouvé le gouvernement Legault devant les résultats récents d’un sondage sur la perception de la population depuis l’éclosion de la pandémie de COVID-19.

Denis Lessard Denis Lessard
La Presse

Faudrait-il isoler Montréal pour mettre à l’abri le reste du Québec ? La réponse est revenue très claire dans le coup de sonde régulier mené par la firme Léger, qui a le mandat de joindre, tous les trois jours, environ un millier d’internautes. Très majoritairement, environ huit personnes sur dix en dehors de la métropole sont favorables à ce qu’on isole la ville de Montréal. 

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Globalement, dans l’ensemble du Québec, sept personnes sur dix appuient l’option d’isoler l’île de Montréal.

Globalement, dans l’ensemble du Québec, c’est sept personnes sur dix qui appuient cette option, un courant qui a augmenté au cours des derniers jours. Même dans la grande région de Montréal, un territoire beaucoup plus large que l’île, six personnes sur dix veulent confiner la métropole. Or, depuis le début, le premier ministre Legault a clairement pris position contre cette idée.

Dès la mi-mars, le gouvernement avait lancé deux séries de sondages pour guider ses décisions, ou en évaluer l’impact dans le contexte de la pandémie. Le premier, mené par SOM, avait été commandé par le conseil exécutif, l’équivalent du ministère du premier ministre. L’autre, sous la responsabilité de Léger, produit des rapports destinés à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), des lectures des réponses de 1000 internautes, rafraîchies tous les trois jours, transmises au ministère de la Santé. 

Dans les deux cas, à cause de l’urgence, on a passé outre le processus habituel d’appel d’offres, comme l’a révélé La Presse la semaine dernière. Ceux qui ont accès aux données hésitent à divulguer des chiffres précis, puisqu’ils fluctuent de jour en jour, mais sont prêts à faire part des tendances observées. Le sondage Léger pour le Québec est différent de celui rendu public mercredi par la firme, qui couvre l’ensemble du Canada, a expliqué Jean-Marc Léger, joint par La Presse, qui a carrément refusé de commenter celui réalisé pour l’INSPQ.

Le déconfinement va-t-il trop vite ?

L’image que rendent ces enquêtes du sentiment général de la population montre que le gouvernement a su conserver l’appui d’une très large proportion de la population, une opération délicate, mais somme toute réussie. C’est prévisible, le gouvernement, qui a fait beaucoup d’efforts en début de pandémie pour passer un message alarmant afin de convaincre la population de respecter les règles, se trouve désormais avec des Québécois fort partagés devant la campagne de déconfinement progressif. 

Une très nette majorité des répondants jugent que le déconfinement va trop vite ou progresse à un rythme approprié. Moins d’une personne sur dix estime que les barrières ne tombent pas assez rapidement. Aucune incitation à presser le pas pour François Legault. La moitié des Montréalais jugent qu’on va un peu trop vite ; c’est un verdict partagé par le tiers des gens de Québec, semble-t-il.

L’ampleur sans précédent de la crise ébranle les Québécois. La semaine dernière, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, indiquait que la population vivait mal le confinement.

Les chiffres de Léger abondent dans le même sens : une personne sur deux affirme que son sentiment « de détresse ou d’anxiété » a augmenté depuis le début de la pandémie. 

C’est six Montréalais sur dix qui se sentent stressés, bien davantage qu’à Québec. Mercredi en point de presse, la ministre Danielle McCann a signalé que 15 % des gens estimaient être en « détresse », sept fois plus qu’en temps normal. Plus d’un Québécois sur cinq reconnaît que sa consommation d’alcool a augmenté depuis le confinement.

Actuellement, encore quatre personnes sur dix environ estiment courir un risque important d’être infectées par le virus, une proportion qui double chez les personnes les plus âgées. Les trois quarts des jeunes pensent qu’il y a un risque de transmettre la maladie, une crainte qui se résorbe avec l’âge.

Un appui encore majoritaire, mais...

C’était prévisible : au début de la pandémie, la population était quasi unanimement derrière la stratégie du gouvernement Legault. Cet appui est depuis resté encore très majoritaire, mais on sent un peu moins de ferveur. Le repli s’est fait en deux temps : le premier au moment de l’éclosion de la crise dans les CHSLD, cristallisée par le drame du centre Herron, dans l’ouest de l’île de Montréal, puis quand Québec a renversé la vapeur et mis en branle un déconfinement progressif. La population est de toute évidence « déchirée » entre la peur de voir le virus se propager et son désir de retrouver une vie normale. 

Mais dans l’ensemble, le gouvernement Legault peut encore compter sur l’appui de huit personnes sur dix, selon l’évaluation de SOM. Pas besoin de sondage pour convaincre François Legault d’ajuster une déclaration prématurée sur la réouverture des écoles dès le 4 mai. La page Facebook du premier ministre a immédiatement reflété la défaveur de la population par rapport à cette intention. Il s’agissait de préparer les esprits à l’après-confinement, explique-t-on désormais.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Le gouvernement de François Legault peut encore compter sur l’appui de huit personnes sur dix, selon l’évaluation de SOM.

À l’égard du port du masque, le virage de la Santé publique semble se propager, lentement, à la population. Une minorité de citoyens, environ quatre personnes sur dix, jugeaient cette protection utile, comme le Dr Horacio Arruda il y a quelques semaines. Désormais, on est en terrain majoritaire : six personnes sur dix jugent désormais appropriée cette mesure défensive. Deux personnes sur dix disent déjà le porter, et quatre estiment que ce serait une bonne idée.

Les répondants du sondage Léger sont partagés sur l’obligation pour l’État de respecter les libertés fondamentales en temps d’épidémie, et une nette majorité juge approprié qu’on alerte les policiers devant des cas flagrants de dérogation aux règles. C’est encore plus vrai quand on avance en âge.

C’est un lieu commun de dire que le monde sera différent après la pandémie. Mais des chiffres viennent appuyer cette évaluation : déjà, six personnes sur dix disent qu’elles souhaitent continuer le télétravail même quand leur employeur rouvrira ses portes. Et la quasi-totalité des Québécois promettent que désormais, ils se laveront régulièrement les mains.