(Québec) La Confédération des syndicats nationaux (CSN) ne digère pas les aveux de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais.

Patrice Bergeron
La Presse canadienne

Le syndicat veut qu’on se rappelle d’elle comme de la ministre des « clowns » et des « phoques électroniques » dans les Centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), et non comme celle qui a amélioré le sort des aînés ou les conditions de vie des travailleurs de la santé. Rappelons que la pandémie de COVID-19 a mis en lumière des problèmes graves dans les CHSLD au cours des dernières semaines.

Mme Blais a d’abord été ministre responsable des Aînés sous le gouvernement libéral de Jean Charest de 2007 à 2012, puis elle a repris cette fonction dans le gouvernement Legault. La semaine dernière, elle a d’abord rejeté tout blâme concernant la situation dans les CHSLD, pour finalement admettre mardi sa « part de responsabilité » et en ajoutant qu’elle avait « les mains liées ».

« Ses propos m’ont fâchée, a dit la présidente du Conseil central de la CSN dans la région de Québec-Chaudière Appalaches, Ann Gingras, dans une entrevue avec La Presse canadienne mercredi. Elle se dépêche de mettre la faute sur un autre parti (le Parti libéral). »

La CSN, qui représente plus de 30 000 préposés aux bénéficiaires, rappelle qu’elle a mené des campagnes répétées, notamment en 2012, et a fait des pressions pour alléger la charge de travail des préposés aux bénéficiaires, ou encore pour augmenter le financement dans les CHSLD.

« Il n’y avait aucune écoute, il n’y a eu aucun changement », a affirmé Mme Gingras.

La syndicaliste souligne plutôt que la ministre avait annoncé la visite de clowns dans les établissements et l’achat de robots-phoques pour distraire les résidants, ce qui avait été critiqué à l’époque.

« Elle a répondu avec des clowns et avec des phoques électroniques, a rappelé Mme Gingras. Elle a dit qu’il fallait distraire les aînés qui méritaient d’avoir un sourire aux lèvres, au lieu de s’assurer que les gens aient les services nécessaires pour les aider à manger, à prendre un bain. C’était tout à fait frivole, ça va avec le personnage. »

Tout le monde connaissait depuis longtemps les problèmes de manque de ressources et de pénurie de personnel, plaide le syndicat, et maintenant il faut agir en fonction du long terme et non éteindre des feux à chaque crise. La présidente du Conseil central de Québec en appelle à la responsabilité des décideurs.

« C’est une gestion catastrophique au Québec : quand on regarde le nombre de cas et de décès, c’est incroyable. »

Mme Gingras demande notamment une réorganisation du travail dans le réseau, pour éviter entre autres le ballottage d’un CHSLD à l’autre et amener plus de stabilité dans les équipes.

Enfin, elle donne un conseil à Mme Blais : « qu’elle soit capable de cibler les vrais problèmes, qu’elle écoute les intervenants qui travaillent là au quotidien. Qu’elle se pose la question : pourquoi les gens quittent le réseau ? »

Rappelons que des négociations sont en cours entre le Conseil du Trésor et les syndicats pour augmenter les salaires des préposés aux bénéficiaires.