Liquide versé dans les cellules et corridors, cris et coups de pied dans les portes, menaces envers des agents correctionnels, vandalisme, détenus qui refusent de manger ; la tension a monté d’un autre cran ces derniers jours à l’Établissement de détention de Montréal (EDM) où l’on compte maintenant plus de 30 personnes incarcérées et 20 gardiens atteints de la COVID-19.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

« La tension et la pression sont tangibles dans les secteurs E et C. Il y a des menaces, les détenus qui crient et frappent dans les portes du secteur. Il y a beaucoup de liquide versé par les judas et sur le plancher », décrit le président des agents de la paix en services correctionnels, Mathieu Lavoie.

Les secteurs E (170 places) et C (180 places) sont les deux plus populeux de l’ÉDM, communément appelé Bordeaux. À eux seuls, les détenus qui s’y trouvent composent près de la moitié de l’actuelle population de la prison qui est de 960 détenus.

C’est dans le secteur E que l’éclosion de la COVID-19 a débuté. En fin de semaine, plus de 20 détenus des secteurs E et C étaient contaminés. Mais lundi, 25 autres détenus ont été testés et mardi, dix résultats ont été obtenus ; tous positifs. Cela signifie que 30 personnes incarcérées dans ces deux secteurs sont maintenant infectées.

Les secteurs C et E sont « confinés » depuis plusieurs jours, c’est-à-dire que les détenus ne peuvent sortir de leur cellule. La semaine dernière un détenu du secteur E atteint de la COVID-19, en détresse respiratoire, a été transporté à l’hôpital.

Un autre s’est enlevé la vie dans un autre secteur, le D-7, la semaine dernière, mais son suicide n’aurait rien à voir avec la COVID-19 selon M. Lavoie.

En fin de semaine, 15 agents correctionnels de Bordeaux étaient contaminés ; on en compte 20 mardi.

« Effectivement la fin de semaine a été tumultueuse. Lundi, les détenus du secteur E ont inondé le premier plancher avec tous les troubles que cela représente. Les menaces sont constantes tout comme les cris et les insultes. Certains agents arrivent au bout du rouleau », nous a confié un gardien sous le couvert de l’anonymat, car il n’est pas autorisé à parler aux journalistes.

Comme si cela n’était pas assez, la tension a aussi monté d’un cran dans le secteur C en fin de semaine, car un drone aurait livré un colis dans la mauvaise cour de la prison vendredi soir, affirme Mathieu Lavoie.

« Dans le secteur C, il y a eu un bris de fenêtre ou de cadrage en lien avec la livraison de drone ratée de vendredi dernier. Les détenus lançaient par les fenêtres des bouteilles, canettes de boisson gazeuse et pattes de chaise vers les agents qui inspectaient la cour », décrit le chef syndical.

Grève de la faim

Une personne, vraisemblablement un détenu muni d’un appareil électronique, a écrit à La Presse mardi matin pour dire que des détenus ont retourné leur déjeuner et diner dans l’un des pavillons de la prison, probablement le G, croit Mathieu Lavoie.

« Les agents sont retournés avec les chariots pleins de nourriture. Environ 30 minutes plus tard, des chefs d’unités sont passés dans chaque secteur afin de rencontrer les représentants des détenus pour poser des questions sur motivations de cette pratique », a écrit à La Presse l’informateur anonyme.

Selon celui-ci, les représentants des détenus auraient dénoncé le manque de transparence de la direction sur le nombre de personnes infectées et les secteurs touchés et le traitement fait aux détenus qui ont des symptômes et qui sont enfermés 24 heures sur 24, sans pouvoir se laver et appeler à l’extérieur.

Ils auraient également prévenu la direction que cette façon de faire était encore plus risquée pour une éventuelle propagation de la COVID-19, car bien des détenus voudront cacher leurs symptômes pour ne pas être confinés.

Ils auraient également reproché au gouvernement de garder incarcérées des personnes qui sont en fin de sentence ou qui ne constituent pas un risque pour la population, malgré les dangers pour leur santé. Ils auraient enfin reproché aux sergents des agents correctionnels de donner à leurs troupes des consignes de santé publique qui ne sont pas suivies par tous.

On ignore pour le moment si ce mouvement est le début d’une grève de la faim qui pourrait faire boule de neige.

Selon M. Lavoie, la situation se serait un peu calmée mardi, mais il demande une nouvelle fois au gouvernement Legault de tourner son regard vers les prisons.

« Le gouvernement et le premier ministre sont peu préoccupés par ce qu’il se passe dans les prisons, si l’on se fie à ce que l’on peut entendre et voir lors de la conférence de presse quotidienne sur la COVID-19 », déplore le chef syndical.

Pour joindre Daniel Renaud, composez-le (514) 285-7000, poste 4918, ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.