Interrompus au début d’avril parce que les CHSLD étaient aux prises avec d’importantes éclosions de COVID-19, les transferts de patients vers ces établissements ont repris à Montréal. Depuis la fin de semaine, les transferts de patients n’ayant plus besoin de soins aigus dans les hôpitaux ont été autorisés à certaines conditions. Une décision qui vise à donner un peu d’oxygène aux hôpitaux débordés.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Incapables de transférer dans des CHSLD de nombreux patients ne nécessitant plus de soins aigus, les hôpitaux de la métropole ont vu les taux d’occupation de leurs lits d’hospitalisation augmenter graduellement en avril pour arriver à saturation la semaine dernière.

Hier, en conférence de presse, le premier ministre François Legault a expliqué que 1772 des 7000 lits d’hospitalisation libérés pour faire face à la pandémie de COVID-19 au Québec sont actuellement occupés. Mais ces lits « sont surtout concentrés à Montréal ». « Donc, quand on regarde la situation, on voit qu’il y a assez de lits de disponibles à l’extérieur de la grande région de Montréal, mais ça reste très serré à Montréal », a-t-il dit.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Le premier ministre François Legault et la ministre de la Santé, Danielle McCann, lundi, en point de presse

Retour des transferts

Jeudi dernier, le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal a obtenu l’autorisation de retourner certains patients vers les CHSLD de son territoire pour libérer des lits à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR) et à l’hôpital Santa Cabrini. Le CIUSSS Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal peut aussi depuis la fin de semaine transférer des patients COVID+ vers des zones chaudes en CHSLD. Mais aucun de ces transferts n’a encore eu lieu, selon le porte-parole, Jean-Nicolas Aubé.

Au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), où 79 % des lits d’hospitalisation sont actuellement occupés, les transferts vers les CHSLD ont repris « à raison d’une douzaine en moyenne par semaine », indique la porte-parole, Annie-Claire Fournier.

Au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, on renvoie les résidants dans leur milieu de vie « après deux tests négatifs ». 

Si, au moment de son congé, le milieu de vie du résidant présente un risque trop élevé de contagion, nous trouverons un autre lieu approprié. Ces décisions sont prises au cas par cas, selon ce qui se passe dans chaque centre d’hébergement.

Carl Thériault, porte-parole du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal

Le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal dit quant à lui être en train de « mettre en place un plan d’action pour le retour éventuel des patients guéris en milieu de vie. Ces patients seront placés dans des « zones tampons », conformément aux consignes reçues par le MSSS », affirme la porte-parole, Émilie Jacob.

Plus d’employés pour les « zones tampons »

La semaine dernière, le MSSS a annoncé la mise en place de « zones tampons ». Il s’agit de « lieux transitoires permettant d’accueillir des usagers avant qu’ils soient transférés dans leur milieu de vie ». Ces zones tampons peuvent être situées dans des sites non traditionnels, comme dans des hôtels, où à même des « installations déjà existantes ». À Montréal, l’ancien Hôtel-Dieu a par exemple été transformé en zone tampon.

En conférence de presse hier, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a souligné que davantage de personnel doit être recruté pour permettre d’exploiter ces « zones tampons ». « On a les lieux, mais on n’a pas nécessairement le personnel », a dit la ministre.

Dans la même conférence de presse, le premier ministre François Legault a lancé un nouvel appel à tous pour recruter plus de travailleurs en CHSLD. Pour la ministre McCann, ce recrutement permettra d’ajouter du personnel en « zones tampons ». « À ce moment-là, on va pouvoir libérer des lits […] et effectivement être capables de voir à d’autres besoins si d’autres besoins arrivent lors d’un déconfinement », a dit la ministre McCann.

Des transferts délicats, mais attendus

Selon le MSSS, il manque toujours « 2500 personnes dans le réseau des CHSLD pour combler les besoins ». La situation dans les CHSLD est « meilleure qu’elle ne l’était » affirme le président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), Jeff Begley.

Difficile toutefois d’avoir l’heure juste : la liste des CHSLD les plus touchés par la COVID-19 n’est plus diffusée par le MSSS depuis vendredi, car elle « fait l’objet d’une révision ». « Les prochaines données seront présentées sur une base journalière plutôt que cumulative », a indiqué lundi le porte-parole du MSSS, Robert Maranda, qui ajoute que ce nouveau tableau sera rendu disponible « cette semaine ».

Mais certains problèmes demeurent en CHSLD, selon M. Begley, comme l’accès aux équipements de protection et le déplacement de personnel d’un site à l’autre.

Donc, pour cette raison, il est sage selon lui de procéder avec prudence aux transferts de patients vers les CHSLD : « Dans les endroits où il y a des éclosions, il faut laisser la situation se stabiliser. »

Président de l’Association des spécialistes en médecine interne du Québec, le DHoang Duong attend quant à lui avec impatience une solution à l’engorgement des lits des hôpitaux de la grande région de Montréal. Car la situation a peu évolué depuis la semaine dernière, dit-il. À l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, les interventions chirurgicales non urgentes, interrompues la semaine dernière, n’ont toujours pas repris, car les lits d’hospitalisation sont trop occupés et que des éclosions sont en cours.

« Les congés d’hôpital se font toujours difficilement », constate le DDuong. Ce dernier explique que pour qu’un patient puisse être retourné en CHSLD, il faut passer par le « mécanisme d’accès à l’hébergement », où on s’assure que les CHSLD soient prêts à recevoir des patients. Un mécanisme tout à fait approprié, selon le DDuong. Mais qui fonctionne au ralenti actuellement. « Donc la congestion des lits est encore là », dit-il.