Les enseignants de plusieurs commissions scolaires sont revenus dans leurs écoles pour préparer l’arrivée de leurs élèves dans une semaine. Même si tout le personnel doit vite s’adapter à des changements majeurs, comme les fameux deux mètres qui doivent séparer chaque élève d’un autre en classe, l’ambiance était bon enfant lundi à l’école Saint-Gabriel-Lalemant de Sorel-Tracy.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Une règle en bois dans les mains, Stéphanie Trottier arpente sa classe. Elle déplace un pupitre, mesure, en pousse un autre, s’arrête. « C’est bien trop long, deux mètres », soupire-t-elle.

La musique de Coldplay résonne dans sa classe. « Nobody said it was easy, no one ever said it would be this hard », chante à point nommé Chris Martin.

« Je me rends compte qu’il y a moins de place que je pensais. Dans ma tête, j’en rentrais 12 », dit l’enseignante.

« C’est impossible », tranche soudainement une voix. Accoté contre le cadre de porte, Alexandre Trépanier observe discrètement l’espace. « T’en mets neuf, maximum. »

Enseignant de musique, il se promène de classe en classe pour prêter main-forte à ceux qui doivent repenser leurs classes. Quand les élèves reviendront, la semaine prochaine, lui aussi devra revoir sa manière d’enseigner, puisque son local ne sera pas accessible. Pour tout instrument de musique, les enfants auront leurs mains pour marquer le rythme. Il se voit déjà, guitare en main, aller de classe en classe.

N’empêche, le concert de fin d’année prévu devant les parents des élèves n’aura pas lieu. Alexandre Trépanier réfléchit à voix haute, se demande s’il n’y aurait pas lieu de faire quelque chose à distance. « C’est une bonne idée », commente sa collègue. Et les voilà repartis à déplacer des pupitres.

Hâte, malgré les « petits stress »

Presque en chœur, les enseignants de l’école primaire disent qu’ils ont hâte de revoir leurs élèves. On sent bien quelques inquiétudes, de « petits stress », mais l’heure est plutôt à l’organisation qu’à l’appréhension. Les pupitres de ceux qui ne reviendront pas sont vidés, on enlève les noms sur les casiers, tout est désinfecté. La COVID-19 ? C’est l’éléphant dans la pièce auquel on n’a presque pas le temps de penser.

« On est plus des concierges aujourd’hui », illustre le prof d’anglais Thierry Boulanger en ne s’arrêtant pas de travailler. « Mais on est comme ça, les enseignants, on s’adapte », ajoute-t-il.

À quelques locaux de là, Josette Marquis enlève les chaises posées sur les pupitres. « Je souhaitais qu’on rouvre les écoles, ne serait-ce que pour accueillir les enfants dont les parents travaillent. Les écoles, ce n’est pas des garderies, mais socialement, on doit s’adapter, sinon on ne s’en sortira pas », estime l’enseignante de 2e et 3e années, qui a répondu à l’appel du gouvernement en faisant du bénévolat au cours des dernières semaines. Elle a cuisiné dans un organisme communautaire et a travaillé comme réceptionniste dans une maison de soins palliatifs.

Et là, elle se voit comme « le phare » de ces petits qui reviendront dans une école changée, dans un quotidien bousculé. 

On va essayer de les informer, de les rassurer et de les écouter. On va voir comment ils sont, à quel point ils ont besoin de jaser de la COVID. Et s’ils ont besoin de se changer les idées, on va le faire aussi.

L’enseignante Josette Marquis

Au cours des dernières semaines, l’enseignante a fait des rencontres virtuelles avec ses élèves. « Ma petite Alica m’a dit : ‟Madame Josette, je ne peux pas croire qu’on ne pourra pas se faire des câlins.” » Elle pense aussi à cet autre élève pas toujours facile, qui vient parfois « se déposer » sur son épaule… « Au début, ça me brisait le cœur », dit l’enseignante. Rester loin des enfants sera le « gros défi », précise celle qui a plus de 30 ans d’expérience.

Sa collègue Amélie Destrempes enseigne à des enfants qui ont un trouble du spectre de l’autisme. « Ce n’est pas facile, le changement, pour ces enfants-là », dit-elle. L’idée d’être loin de ses élèves lui pèse aussi. « Les commissions scolaires appellent nos classes des classes relations. On ne relationnera pas tant que ça », dit-elle en riant.

Plus les enfants sont petits, plus il semble que l’absence de contacts physiques sera difficile à surmonter. « J’ai des enfants qui ont des besoins affectifs plus grands que d’autres, j’en ai qui pleurent encore parfois parce qu’ils s’ennuient de leurs parents », raconte l’enseignante de maternelle Audrey Arpin.

Elle devra trouver d’autres manières de les réconforter. « On va se réinventer », dit-elle. 

N’empêche que sa collègue a vu juste : deux mètres, c’est long.

Une rentrée en plein mois de mai

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

La directrice de l’école, Elisabeth Joyal, discute avec une enseignante.

C’est une nouvelle rentrée que préparent les écoles. Il faudra d’abord enseigner de nouvelles consignes : ne pas faire d’échange de crayon, se laver les mains souvent, ne pas s’approcher des autres, ne pas déposer ses vêtements dans son casier, etc. « On refait le monde cette semaine », résume la directrice, Elizabeth Joyal, qui fait remarquer qu’au moins, l’équipe connaît déjà les élèves. À l’école Saint-Gabriel-Lalemant, 215 élèves sur 477 seront présents lundi matin. Si un enseignant a trop d’élèves présents dans sa classe, certains seront assignés à un autre titulaire. Seuls 4 enseignants sur 27 ne pourront réintégrer leur poste, soit en raison de leur âge, soit en raison de problèmes de santé. « Ça reste un casse-tête. » La directrice a toutefois bon espoir de trouver du personnel à temps pour la rentrée. « Il y a des gens du secondaire qui peuvent être disponibles », signale-t-elle.