Héma-Québec va analyser le sang donné par des milliers de résidants de la province pour détecter la présence d’anticorps liés au coronavirus à l’origine de la pandémie de COVID-19 et évaluer avec précision quelle part de la population a été infectée.

MARC THIBODEAU MARC THIBODEAU
La Presse

L’échantillon considéré pour l’analyse, menée à la demande du ministère de la Santé, sera choisi de manière à pouvoir mesurer les variations régionales en accordant une importance particulière à la grande région de Montréal, particulièrement touchée.

Le Dr Marc Germain, vice-président, affaires médicales et innovation, chez Héma-Québec, a indiqué lundi à La Presse que l’organisation testera 7000 dons de sang qui seront reçus à partir de la fin du mois de mai de manière à obtenir un portrait de la situation alors que la première vague de contagion s’estompe.

L’analyse des données, menée avec le soutien de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qui a contribué au protocole de recherche, devrait permettre d’obtenir des résultats au plus tard au milieu de l’été.

Les donneurs d’Héma-Québec, qui ont de 18 à 70 ans, ne reflètent pas la population dans son ensemble ni sa répartition géographique, mais les données obtenues pourront être utilisées pour obtenir des chiffres représentatifs. Elles devraient permettre par ailleurs de mettre en relief le pourcentage de cas asymptomatiques.

Le Dr Germain dit s’attendre, sur la base d’études de séroprévalence déjà menées à l’étranger, à ce qu’un faible pourcentage de la population québécoise, « de 3 à 5 % », ait été contaminé à ce stade.

Le représentant d’Héma-Québec n’exclut pas cependant que des taux plus élevés puissent être enregistrés à certains endroits.

« Le virus nous a réservé beaucoup de surprises depuis le début », relève-t-il.

Moins de 10 %

Le Dr Gaston De Serres, épidémiologiste à l’INSPQ, affirme qu’il serait très surpris que le seuil de 10 % soit dépassé, même dans les régions les plus touchées.

L’organisation a relevé, dans une étude parue la semaine dernière, qu’il faudrait, en l’absence d’un vaccin, que près de 70 % de la population ait été infectée et ait développé des anticorps pour que le nouveau coronavirus ne puisse plus se propager.

Plus l’écart avec ce taux est important, plus le risque d’un rebond d’infections en cas de décloisonnement est élevé, ce qui force les autorités à procéder avec prudence.

Héma-Québec s’attend à ce que les données de séroprévalence servent surtout « à moyen et à long terme » aux autorités pour gérer de nouvelles vagues de contagion en ayant une idée plus précise de la situation immunitaire de la population, y compris sur le plan régional.

Le gouvernement québécois, souligne le Dr Germain, devra continuer à court terme à se baser uniquement sur les tests de dépistage qui permettent de détecter la présence du virus lui-même. Leur nombre doit fortement augmenter cette semaine.

Le délai dans la tenue d’études sérologiques comme celle qui sera bientôt lancée dans la province s’explique en partie par la difficulté d’élaborer un test suffisamment fiable.

Le Dr Andres Finzi, virologue au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) qui collabore avec Héma-Québec à l’élaboration d’un test approprié, note qu’il faut s’assurer qu’il est suffisamment « sensible » pour détecter les anticorps et suffisamment « spécifique » pour ne pas donner un résultat positif si la personne a en fait été exposée à un autre coronavirus.

« Si on a un faux positif ou un faux négatif, ça pose de sérieux problèmes », prévient le spécialiste, qui dit ne rien tenir pour acquis relativement au nouveau coronavirus. « C’est un adversaire redoutable », dit-il.

Aucune garantie

L’expérience passée avec des coronavirus suggère que les personnes infectées disposent, après leur guérison, d’une période d’immunité, mais l’Organisation mondiale de la santé a prévenu récemment que rien ne garantit que ce sera le cas cette fois. Le niveau et la durée de l’immunité procurée par les anticorps réagissant au nouveau coronavirus demeurent par ailleurs méconnus.

La Dre Catherine Hankins, qui fait partie d’un groupe de travail sur l’immunité face à la COVID-19 mis sur pied par le gouvernement fédéral, note que plusieurs provinces planchent actuellement sur des études sérologiques afin de mesurer la propagation du virus dans leur population.

L’initiative québécoise, qui reflète un exercice similaire mené aux Pays-Bas, pourrait inspirer d’autres gouvernements, puisque Héma-Québec a entrepris des échanges « très préliminaires » avec la Société canadienne du sang relativement à l’étude en préparation.

Il aurait été préférable, selon la Dre Hankins, que les autorités aient les résultats de telles études en main avant d’envisager le déconfinement, mais rien n’est parfait.

« On veut faire les choses le plus rapidement possible. […] Ç’aurait été merveilleux si tout avait été disponible hier », souligne-t-elle.

En bref

Les lamas à la rescousse ?

Des chercheurs belges et américains pourraient avoir trouvé une arme contre la COVID-19 dans un drôle d’endroit : le sang des lamas. Ils en ont extrait des anticorps qui, en laboratoire, se lient à la protéine en pic du virus qui lui permet d’infiltrer les cellules. « Il s’agit de l’un des premiers anticorps découverts capables de neutraliser le SARS-CoV-2 », affirme dans un communiqué de presse Jason McLellan, l’un des auteurs de l’étude en voie d’être publiée dans la revue Cell. Les lamas produisent des anticorps comme ceux des humains, mais aussi de plus petits, qui font un quart de la taille des autres et qui pourraient être administrés par un inhalateur. D’autres recherches sont toutefois nécessaires pour vérifier si un traitement peut découler de cette découverte.

– Philippe Mercure, La Presse

Mieux vaut un masque hybride

Les masques mélangeant du coton et un autre type de tissu sont plus efficaces pour filtrer les aérosols. C’est parce que le coton arrête physiquement les aérosols alors que des tissus comme la soie, la mousseline ou la flanelle forment un barrage « électrostatique » et sont presque aussi performants que les masques chirurgicaux, avancent les ingénieurs chimiques de l’Université de Chicago qui ont fait l’expérience et ont publié leurs résultats à la fin d’avril dans la revue ACS Nano. Le coton à haute densité est assez performant pour stopper les grosses gouttelettes lors d’une respiration normale, mais ne fonctionne pas très bien quand les gouttelettes sont expirées avec force – pendant une activité modérée comme la marche rapide, ou alors quand on parle. Par contre, les masques hybrides fonctionnent bien autant avec les petites gouttelettes qu’avec les grosses.

– Mathieu Perreault, La Presse

Une mutation intrigante identifiée sur le virus

Le SARS-CoV-2, virus qui cause la COVID-19, mute constamment. Il est constitué d’une chaîne d’environ 30 000 acides aminés, ou lettres, qui diffèrent légèrement selon les erreurs que le virus fait en se copiant. Or, des chercheurs de l’Université d’État de l’Arizona viennent d’identifier une mutation dans laquelle un bloc de 81 lettres est manquant. Les scientifiques tentent encore de comprendre de quelle façon cela influence le comportement du virus, mais ils soupçonnent que cela pourrait le rendre moins habile à contourner les défenses humaines. Une telle découverte est potentiellement intéressante, puisque lors de l’épidémie de SRAS, en 2003, des mutations similaires qui affaiblissaient le virus avaient contribué à freiner l’épidémie.

– Philippe Mercure, La Presse

Un anticorps prometteur

Un anticorps monoclonal capable en laboratoire de neutraliser le virus SARS-CoV-2, responsable de la COVID-19, a été identifié par une équipe de chercheurs néerlandais. Cet anticorps neutralisant pourrait constituer une piste pour la « prévention et le traitement » de cette maladie, selon l’article des chercheurs publié lundi par la revue scientifique Nature. « Il y a encore beaucoup de chemin avant de savoir si cet anticorps peut être intéressant à des fins thérapeutiques, mais c’est un pas en avant important », a estimé un expert indépendant de l’Université du Sussex, en Angleterre, Tony Carr. Les anticorps monoclonaux sont des copies créées en laboratoire d’un certain type d’anticorps. Ils représentent une forme d’immunothérapie.

– D’après l’Agence France-Presse