Alors que l’industrie aérienne canadienne est en chute libre, Justin Trudeau ne ferme pas la porte à déployer de l’aide supplémentaire aux secteurs de l’économie les plus « durement touchés » par la crise. Les industries touristiques, énergétiques et aériennes sont toutefois encore loin de la coupe aux lèvres, puisque le premier ministre n’envisage pas d’annonces immédiates.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Au bord du gouffre financier, les compagnies aériennes canadiennes prévoient une catastrophe financière si l’État ne leur vient pas en aide rapidement, à l’instar des États-Unis et de la France. Air Canada a d’ailleurs annoncé lundi une perte de plus d’un milliard de dollars au premier trimestre 2020. Le grand patron du transporteur a notamment évoqué l’impact « cataclysmique » de la pandémie sur l’industrie.

« Nous savons qu’on avait une industrie aérienne extrêmement forte et compétitive avant cette pandémie et on va en avoir une après cette pandémie », a assuré Justin Trudeau lundi, lors de son point de presse quotidien à Ottawa.

Sans donner de détails sur la nature de l’aide ou le montant qui pourrait être injecté, le premier ministre a indiqué réfléchir à la façon d’aider « prochainement » de « façon plus spécifique les différentes industries touchées par cette pandémie, comme l’industrie aérienne ». Entre-temps, la subvention salariale donne un coup de pouce important aux employeurs et aux travailleurs, a-t-il rappelé.

Justin Trudeau a également nommé les secteurs de l’énergie, du transport et du tourisme parmi les industries « durement touchées » par la crise. « [Ces] industries importantes auront besoin d’un soutien supplémentaire. Nous allons examiner la situation et nous ferons les annonces au cours des prochains jours et des prochaines semaines. Nous allons réfléchir à des mesures pour nous assurer que nos industries les plus importantes demeurent fortes pendant et après la pandémie », a maintenu le premier ministre.

Alors que son gouvernement n’a toujours pas déposé de budget cette année en raison de la pandémie, Justin Trudeau affirme « n’exclure absolument rien » à ce sujet. « On n’est pas arrivé à déterminer encore la meilleure façon […], soit un budget, soit un énoncé économique, soit d’une autre façon », a-t-il expliqué.

« Un budget, en situation normale, c’est une prévision sur ce qui va se passer dans les années à venir. On est maintenant dans une période d’incertitude extraordinaire sur ce qui pourrait se passer le mois prochain ou dans trois mois », a-t-il ajouté.

Subvention salariale cette semaine

C’est ce jeudi que des dizaines de milliers d’employeurs québécois pourront finalement toucher leur premier versement de la subvention salariale du gouvernement fédéral. En date de dimanche, 96 000 entreprises avaient déposé leur demande auprès de l’Agence du revenu du Canada, a dit lundi le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos.

Ce sont donc 1,7 million de travailleurs canadiens qui profiteront de la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC) pour la première période couverte par Ottawa, soit du 15 mars au 11 avril. S’ajoutent à ceux-ci 7,3 millions de Canadiens qui ont reçu au moins un chèque de la Prestation canadienne d’urgence (PCU).

Un certain nombre de ces travailleurs pourraient d’ailleurs devoir – ou ont déjà dû – rembourser leur chèque de 2000 $ de la PCU, puisque leur salaire sera finalement subventionné rétroactivement par le programme de subvention salariale, a expliqué le ministre Duclos.

Rappelons que le SSUC permet aux employeurs admissibles d’obtenir jusqu’à 847 $ par semaine par employé pendant trois mois. Les entreprises et organismes doivent cependant avoir subi des pertes de revenus allant de 15 à 30 % selon la période. Le programme vise à encourager les entreprises à réembaucher leurs employés, entre autres pour éviter que ceux-ci touchent la PCU.

Questionné sur la possibilité de prolonger le programme au-delà du 6 juin, Justin Trudeau s’est limité à dire qu’il faudra avoir « toutes sortes de réflexions sur les étapes à suivre ».

« On sait qu’éventuellement les gens vont retourner au travail, mais dans quel secteur et dans quelle région et comment on va gérer cette transition entre les appuis qu’on est en train d’envoyer aux gens et le retour au travail vont être des questions extrêmement importantes », a déclaré le premier ministre canadien.

Clause « grand-père »

Après des années d’attente, le gouvernement Trudeau a banni vendredi dernier environ 1500 types d’armes d’assaut par voie de règlement, donc sans vote des députés. Depuis, les propriétaires de ces quelque 90 000 armes à autorisation restreinte, maintenant interdites, ne peuvent plus vendre, prêter ou utiliser ces armes.

Une période d'amnistie de deux ans, jusqu'au 30 avril 2022, a été accordée aux propriétaires qui ont acheté ces armes en toute légalité. D’ici là, les propriétaires devront se départir de leurs armes dans le cadre d’un programme de rachats qui doit être présenté à la Chambre des communes. Ceux-ci pourront toutefois conserver leurs armes, selon des modalités toujours floues.

Interrogé sur cette clause de droit acquis qui a déçu les militants pour le contrôle des armes à feu, Justin Trudeau n’a pas voulu exprimer sa préférence. Il a cependant assuré que le « coût » du programme de rachat d’armes ne serait pas du tout un facteur dans son élaboration. Le premier ministre entend « travailler » avec le Bloc québécois et le Nouveau parti démocratique (NPD) dans le cadre du projet de loi.

« Il y a de prochaines étapes pour voir exactement comment ça va fonctionner. Comment le programme de rachat va être établi? Quelles seront les mesures en place, comme des clauses grand-père et s’il y en aurait. […] On va parler avec les différents partis, on va regarder aussi ce qui est efficace comme système, et ce qui est raisonnable comme système, et ce qui va protéger le plus les citoyens », a déclaré le premier ministre.

850 millions pour la recherche

Justin Trudeau a également annoncé lundi l’injection de plus de 850 millions de dollars dans la lutte mondiale contre la COVID-19. « [Ça] comprend des investissements dans les travaux de recherche menés au Canada et ailleurs dans le monde. Ça comprend aussi la mise au point d’un vaccin par l’intermédiaire de la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies, et le travail de l’OMS [Organisation mondiale de la Santé], qui favorise l’échange de renseignements entre les hôpitaux », a-t-il déclaré.

À l’échelle internationale, la Réponse mondiale au coronavirus vise à recueillir plus de huit milliards de dollars américains pour aider les chercheurs à lutter contre la COVID-19.