Des travailleurs essentiels ignorent ce qu’ils feront de leurs enfants dans une semaine ou deux. Les services de garde d’urgence fermeront, et des garderies en milieu familial ont aussi décidé de mettre la clé sous la porte. Infirmières, enseignantes, policiers… ils se demandent comment ils continueront à travailler si personne ne s’occupe de leurs enfants.

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

Sara Coulombe reprend son emploi d’éducatrice en milieu scolaire ce lundi. Son conjoint, qui travaille en construction, retournera au boulot le 11 mai. Mais le couple ignore ce qu’il adviendra de leur quotidien, puisque leur garderie en milieu familial ferme définitivement en raison de la COVID-19.

« Ça nous place dans une position très difficile », dit Mme Coulombe.

La mère de famille a inscrit ses deux enfants sur le site La Place 0-5, comme le recommande le ministère de la Famille. Elle a appelé dans cinq garderies, mais leurs places étaient toutes comblées en vue de leur réouverture.

Yseult Picker-Laganière vient aussi de perdre son service de garde, qu’elle aimait et qui était situé à un coin de rue de sa maison. La propriétaire de la garderie a reçu un diagnostic de maladie, récemment. La COVID-19 ou tout autre virus risquerait de lui être fatal.

S’il n’y avait pas de pandémie, ça serait gérable, parce qu’on pourrait demander aux grands-parents qui vivent proche de nous aider. Mais dans la situation actuelle, on n’a pas de ressources. On n’a aucun plan B.

Yseult Picker-Laganière, dont le conjoint occupe un emploi prioritaire dans le secteur de l’alimentation

Si le couple ne trouve pas une nouvelle garderie, Mme Picker-Laganière considère la possibilité de prolonger son congé de maternité qui doit prendre fin en août.

Demande trop forte

La Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec confirme que la demande risque d’être plus grande que le nombre de places disponibles en garderie dans les prochaines semaines et les prochains mois. Dans un sondage mené par le syndicat, il y a 10 jours, 43 % des éducatrices disaient ignorer si elles allaient rouvrir leur garderie en milieu familial et 4 % voulaient fermer définitivement leur service.

Aussi, 10 % des éducatrices ne pouvaient pas rouvrir, car un membre de leur famille ou elle présentaient une « vulnérabilité sur le plan de la santé ». À lui seul, ce chiffre représente 9000 enfants qui ne pourront pas retrouver leur service de garde en milieu familial dès la mi-mai.

Le ministère de la Famille confirme qu’il ne sera pas possible d’assurer une place à tous ceux qui en bénéficiaient avant la crise. Le gouvernement ignore combien de garderies en milieu familial ont annoncé qu’elles fermeraient en raison de la COVID-19.

« Les familles et les employeurs sont appelés à être tolérants pendant ces quelques semaines, jusqu’au retour à la capacité normale, actuellement prévue en juin », a indiqué Bryan St-Louis, responsable des relations de presse du ministère de la Famille. Il a renvoyé les parents qui ne réussissent pas à trouver une solution vers le guichet La Place 0-5.

« Vivre dans une bulle de verre »

Stéphanie fait partie de celles qui ont décidé de fermer leur garderie familiale pour de bon. Son fils et elle sont tous les deux asthmatiques. L’éducatrice des Basses-Laurentides doit aussi compter ses deux enfants qui ne retourneront pas à l’école primaire dans son ratio « éducatrice-enfants ». Il ne lui reste donc qu’une seule place disponible.

« Ça ne fait pas un très gros salaire pour tout le surplus de travail que ça va demander et pour le risque de faire entrer la COVID-19 chez moi », dit celle qui a voulu taire son nom de famille, par crainte d’être la cible de critiques.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Karine Laviolette

À l’inverse, Karine Laviolette a décidé d’ouvrir sa garderie à la maison, même si son père de 74 ans vit sous le même toit. L’éducatrice, qui travaille dans le domaine de la petite enfance depuis 12 ans, aurait pu attendre avant de rouvrir sa garderie, mais elle s’inquiétait de ce qui adviendrait des enfants dont elle s’occupe en temps normal.

« On ne peut pas vivre dans une bulle de verre. J’ai l’impression qu’en attendant au 1er septembre, j’aurais repoussé le problème », dit-elle.

Il faut dire que les enfants de sa garderie entrent par une porte sur le côté de la maison. Ils ont accès au sous-sol seulement et à une salle de bains qui leur est réservée. L’éducatrice s’est aussi aménagé un sas, sur un palier entre le sous-sol et le rez-de-chaussée, où elle va changer ses souliers et son sarrau chaque fois qu’elle va devoir monter ou descendre.

« Mais ça reste épeurant. La journée que le nez d’un enfant va se mettre à couler, il va falloir que les parents soient très transparents avec moi, car il y a une personne vulnérable dans ma maison. »