(Québec) Après l’Association des pédiatres du Québec, d’autres médecins spécialistes de l’enfance viennent soutenir la décision du gouvernement de rouvrir les écoles et les garderies.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Dans une lettre qui doit être envoyée à tous les médecins omnipraticiens du Québec, quatre directions de départements pédiatriques de CHUS concluent que les enfants « sont peu touchés par le Sars-CoV-2 ».

Cette prise de position survient alors que de plus en plus d’articles scientifiques s’intéressent à la COVID-19 chez les enfants, souvent avec des conclusions divergentes. Cette semaine, une étude chinoise laisse par exemple entendre que les enfants sont beaucoup moins susceptibles d’être infectés lorsqu’en contact avec le virus.

Dans une lettre rédigée dans les derniers jours, les directions des départements de pédiatrie du CHU de Québec, du CHU Sainte-Justine, de l’hôpital de Montréal pour enfants et du CHU de Sherbrooke « accueillent favorablement cette décision », soit celle d’un retour progressif à l’école.

« La littérature reflétant l’état actuel des connaissances montre que les nourrissons, enfants et adolescents sont peu touchés par le Sars-CoV-2 et, lorsqu’atteints de la COVID-19, peu ont des complications et si présentes, ces complications sont en général peu sévères », peut-on lire dans la lettre.

Celle-ci sera envoyée incessamment aux pédiatres de la province ainsi qu’aux médecins omnipraticiens.

« On entendait beaucoup de questionnements et d’inquiétudes. Alors on voulait répondre à certaines questions avec cette lettre et mieux outiller nos collègues médecins et en rassurer certains aussi », explique en entrevue le DMarc-André Dugas, chef du département de pédiatrie au CHU de Québec.

Plusieurs enfants au Québec ont subi des tests positifs au Sars-CoV-2. Mais pour l’instant, ils n’ont pas développé de complications, assure le DDugas.

« Des enfants atteints du virus, on en voit très, très peu, dit-il. Et ce sont des patients qui n’ont même pas été hospitalisés. »

Les quatre pédiatres recommandent toutefois aux médecins la prudence pour les enfants plus à risque, avec des problèmes de santé connus. « Une règle de précaution serait de retarder d’une semaine ou deux le retour à l’école de ces patients, le temps que le milieu scolaire s’organise et reprenne son activité globale », peut-on lire dans la lettre.

Une étude chinoise encourageante

Une étude chinoise publiée mercredi laisse entendre que les enfants sont beaucoup moins susceptibles d’être infectés par le virus. Les auteurs de l’article publié dans la revue Science se sont intéressés à des enquêtes épidémiologiques dans la province de Hunan.

Ces enquêtes étaient très complètes. Si un cas positif se manifestait, alors les autorités chinoises retraçaient tous ses contacts proches, qui étaient aussi soumis à un test. C’est en analysant les dossiers de 7375 individus que les chercheurs ont remarqué que les enfants étaient moins souvent infectés.

« Comme tous les contacts étroits d’un cas ont été testés – symptômes ou pas –, ceci indique bien que les enfants de moins de 14 ans sont moins à risque d’attraper l’infection que les adultes de 15-64 ans », analyse la Dre Caroline Quach-Thanh, pédiatre et microbiologiste-infectiologue à l’Hôpital Sainte-Justine. « Ceci est rassurant. »

Dans les cas analysés, même exposés au virus, les enfants étaient 66 % moins à risque d’attraper le virus.

Mais si les enfants sont possiblement moins à risque d’être infectés, ils pourraient être eux-mêmes aussi contagieux qu’un adulte. C’est ce qu’indique une étude allemande cosignée cette semaine par le virologue Christian Drosten, qui conclut que les enfants infectés auraient la même charge virale qu’un adulte.

« Ce qu’il reste à comprendre c’est si un enfant transmet aussi bien qu’un adulte puisqu’ils sont souvent beaucoup moins symptomatiques », explique la Dre Quach-Thanh.

Les autorités sanitaires québécoises ont d’ailleurs l’intention de mesurer comment le virus se propage avec la réouverture des garderies et des écoles.

« Ça va nous permettre de documenter, en terrain québécois, ladite chose », selon le directeur nationale de la santé publique du Québec, le DHoracio Arruda.

« On va voir qu’est-ce qui va se passer en terme de transmission parce qu’on va faire des tests aussi sur ces populations-là puis on pourra voir quelle est la transmission dans la famille ou autres », a-t-il expliqué mercredi.

Par ailleurs, les médias français ont rapporté jeudi qu’une vingtaine d’enfants et d’adolescents de la région parisienne ont été touchés par une maladie inflammatoire grave et qu’ils avaient tous été en contact avec le nouveau coronavirus. Mais le lien de causalité n’a pas encore été établi. Les jeunes patients ont « évolué favorablement » après trois ou quatre jours en réanimation, précise l’AFP.