Un nouveau virus venu de l’étranger. Une pandémie qui balaie le pays en quelques semaines. Des dizaines de milliers de morts. Ce scénario décrit dans un volumineux rapport de la Santé publique en 2006 rappelle de façon troublante l’actuelle pandémie et met en lumière un certain manque de préparation de la part des autorités.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« Une pandémie peut se produire en tout temps », lancent d’emblée les auteurs de ce rapport de 600 pages produit il y a 14 ans par Santé Canada, l’Agence de la santé publique du Canada et des dizaines d’experts pour aider Ottawa à se préparer à la prochaine pandémie d’influenza.

Le scénario « raisonnable » envisagé au début du rapport comporte d’importantes similarités avec la pandémie de COVID-19. On évoque un prochain virus qui serait présent au Canada dans les « trois mois suivant son émergence ailleurs dans le monde » et qui pourrait ensuite se propager « rapidement partout au Canada ».

« Au Canada, le premier pic de maladie peut se produire dans les deux à quatre mois suivant l’arrivée du virus. On croit que le premier pic de mortalité surviendra environ un mois après ce pic de maladie », indique-t-on dans le rapport coécrit par la Dre Theresa Tam, maintenant administratrice en chef de la santé publique du Canada et figure de proue de la lutte contre la COVID-19.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

La Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada

Toujours selon ce scénario de 2006, le Canada serait balayé par la pandémie en « un ou deux mois », mais celle-ci s’étendrait sur « 12 à 18 mois », suivie possiblement d’une seconde vague. Plus de 70 % de la population seraient infectée, mais seulement 15 à 35 % des gens seraient cliniquement malades. Un vaccin efficace ne serait pas disponible au début de la pandémie, mais seulement lors de la deuxième vague.

Pénurie de matériel

De 2,1 à 5,0 millions de Canadiens auraient besoin de soins ambulatoires, selon ce scénario de pandémie, et de 11 000 à 58 000 personnes mourraient au Canada. Des chiffres qui ne sont pas sans rappeler les projections faites jeudi par les autorités canadiennes, soit de 4000 à 44 000 morts au pays et un pic de l’épidémie à la fin du printemps.

« Il y aura pénurie de matériel et de fournitures durant la période pandémique », prédisaient également les experts. Ainsi, le rapport recommandait aux autorités de s’assurer d’avoir un « approvisionnement constant en fournitures pendant une période de 16 semaines afin de remédier aux interruptions sporadiques des chaînes d’approvisionnement ». Une recommandation qui ne semble pas avoir été suivie, à voir la pénurie actuelle de masques N95.

« L’accès à des chambres d’isolement dans les hôpitaux deviendra rapidement un problème, et il est probable que l’établissement d’étages ou d’installations réservés sera nécessaire à mesure que la pandémie progressera et que les hôpitaux deviendront combles », souligne-t-on dans le rapport.

Pour contenir ce nouveau virus « très contagieux », les experts suggèrent dans le rapport d’isoler les malades et de suivre rapidement la progression des cas au pays afin d’aplatir la courbe épidémique. Une mesure suivie à la lettre par les autorités dans la crise actuelle.

« Nous sommes aujourd’hui mieux préparés que jamais à affronter une pandémie », conclut ce rapport, qui semble être tombé dans l’oubli au fil de la dernière décennie.