(Ottawa) Le pic de l'épidémie de la COVID-19 devrait être atteint à la fin du printemps, et il faudra « être disciplinés » d'ici les prochains mois pour éviter que le scénario du pire ne se produise, indique Justin Trudeau.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« La normalité comme elle était avant ne pourra pas revenir tant qu’il n’y aura pas de vaccin, et ça, ça pourrait être dans un an, un an et demi ; on ne le sait pas exactement », a dit le premier ministre en conférence de presse à la lumière des projections publiées jeudi matin par l'Agence de la santé publique du Canada.

Le « pic » est attendu à la fin du printemps, et la première vague, puissante, devrait se résorber quelque part cet été. «Une fois cette première vague passée, on va pouvoir permettre certaines activités qui ne sont pas permises maintenant. On va pouvoir graduellement reprendre l’activité économique normale », a-t-il ajouté.

La vague sera suivie de plus petites vagues, ce qui fait en sorte qu'on n'aura pas de retour à la normale avant un an ou un an et demi. Et pendant ce temps, « il y a des choses qu’on ne va pas pouvoir faire », a laissé tomber Justin Trudeau, n'allant cependant pas jusqu'à dire que cela voulait dire que les écoles resteront fermées pendant cette période.

« La route qu’on va prendre dépend entièrement de nous tous. Il va falloir être disciplinés pendant les prochains mois, a-t-il plaidé devant sa maison de Rideau Cottage. Pour l’instant, nos systèmes de santé tiennent le coup, mais on est à la croisée des chemins. La route qui va nous mener au meilleur résultat ne va pas être facile. »

Entre 4000 et 44 000 morts, selon les modèles

Dans la modélisation rendue publique jeudi matin, l’Agence de la santé publique du Canada estime qu'il prévoit pourrait y avoir entre 4000 et 44 000 décès, en fonction du pourcentage de personnes infectées (respectivement, 1 % et 10 %).

La patronne de la santé publique, la Dre Theresa Tam, a insisté sur le fait que les projections des conséquences de la pandémie de la COVID-19 étaient précisément des projections, et non pas une «boule de cristal».

La santé publique précise dans son document que l’épidémie au Canada « est à un stade plus précoce » que dans d'autres pays, et que le Canada « figure parmi les pays dont le nombre total de cas augmente plus lentement », et ce, même si le taux de tests par nombre d’habitants est plus élevé que dans la plupart des pays.

À court terme, soit d’ici le 16 avril, on prévoit recenser entre 22 580 à 31 850 cas au total, ce qui pourrait se traduire par environ 500 à 700 décès d’ici jeudi prochain. Il y a présentement près de 20 000 cas et 461 morts au pays.

À plus long terme, avec un taux de 2,5 %, on pourrait avoir 934 000 cas, 73 000 hospitalisations et 11 000 vies perdues. Avec 5 %, on pourrait recenser 1 879 000 cas, 146 000 hospitalisations et 22 000 décès, calcule l’Agence.

Les scénarios modélisés sont tributaires des mesures de santé publique mises en place. Selon le plus optimiste, entre 1 % et 10 % de la population, serait atteint de la maladie à COVID-19, et le pic nous mènerait vers la fin du printemps.

La Dre Tam n'a pas voulu s'aventurer à parler d'un pic, arguant que les projections dépendaient des mesures instaurées dans chaque juridiction, et qu'on ne pouvait établir un pic avant que l'on remarque une pente descendante.

Au Québec, le gouvernement de François Legault a évoqué un pic aux alentours du 18 avril, tandis que du côté de l’Alberta, celui de Jason Kenney a suggéré que cela pourrait survenir à la mi-mai.

« Les chiffres peuvent sembler sombres »

Selon l'Agence de la santé publique du Canada, les mesures de distanciation physique ont permis de réduire le nombre de personnes infectées. Avant de renforcer les mesures de santé publique, chaque personne infectée (cas) au Canada infectait 2,19 personnes en moyenne.

L'objectif est que chaque malade infecte moins d'une personne afin de permettre à l'épidémie de s'estomper. Le sous-administrateur de la santé publique, le Dr Howard Njoo, estime qu'on en a cependant «jusqu'à l'été» avec cette première vague, et que des petites vagues suivront.

« Bien que les chiffres peuvent sembler sombres », le Canada peut juguler la crise en « prenant des mesures qui ont fait leurs preuves » : rester à la maison, se laver les mains, et tousser au creux de son coude, a-t-il plaidé.

« Pour assurer la réussite, il faut suivre le scénario de maîtrise de l’épidémie. Cela signifie que nous visons le taux d’infection le plus bas possible afin de réduire au minimum la maladie et la mortalité, et de raccourcir la période de transmission intense de la maladie au Canada », y lit-on.

« Nous sommes conscients que même si nous réussissons, il faudra continuer de prendre des mesures de santé publique au fil du temps pour gérer les futures vagues », est-il écrit dans le rapport fédéral.

Le Parlement rappelé samedi

Le bras de fer dans lequel étaient engagés les libéraux et les conservateurs en ce qui a trait au rappel d'urgence du Parlement a finalement pris fin jeudi après-midi. Une poignée de députés ira siéger à la Chambre des communes samedi à compter de 12 h 15 avec la mission de se pencher sur le gigantesque plan d'aide financière pour les entreprises et les particuliers.